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L’esprit hardcore de l’underground new-yorkais au Reflektor…

Écrit par Pierre Vangilbergen - mercredi, 21 juin 2017
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Agnostic Front
Reflektor
Liège
18-06-2017

Alors qu’il se produisait la veille, face à plusieurs milliers de personnes, Agnostic Front a aujourd’hui rendez-vous devant un parterre nettement plus réduit –environ 400 personnes– mais néanmoins gonflé à bloc. Un moment musclé mais convivial en compagnie des légendes du Hardcore Punk. Ce détour par la Belgique est devenu une habitude pour cette formation yankee qui laisse toujours derrière elle un souvenir indélébile. Et puis… ce n’est ni plus ni moins qu’une tournée d’anniversaire : trente-cinq années de planches à célébrer vigoureusement dans le pit !

Dimanche fin d’après-midi, un soleil de plomb prend Liège en otage. Les rues sont calmes, le centre-ville est plutôt désert… à l’exception d’un petit attroupement qui s’est formé aux abords du Reflektor. Et pour cause : face à la salle de concert trône fièrement une magnifique Chevy datant de 1953. La bête a été amenée par le chapitre français du Rumblers Car Club, un collectif de passionnés dont le credo est de réparer, reconstruire et faire rouler d’anciennes voitures américaines. Autre détail intéressant : le responsable de cette association, née à New-York en ’96, n’est autre que… Roger Miret, le leader d’Agnostic Front. Il était donc naturel que le vocaliste, flanqué du reste du band, vienne inspecter le bolide. Accolades viriles, moments photos, échanges de compliments, la soirée s’annonce plutôt bien.

La fosse est plutôt clairsemée, si pas quasi-vide, lorsque les Liégeois de Surge of Fury entament leur set. ‘Allez les gars, on se rapproche… Que chacun fasse deux pas en avant, je veux pouvoir vous sentir’, lâche Tito à l’auditoire qui se densifie petit à petit. Les coreux comptent vingt années d’expérience acquise en ‘live’ ; ils connaissent donc bien les ficelles afin de bouter le feu au public. ‘Montrez vos culs…’, ose un spectateur. ‘En tout cas, nous, on se le bouge…’, lui rétorque de suite, le vocaliste. Il n’en faut pas moins pour que quelques esprits commencent à s’échauffer, les poussant à marteler le sol à coups de pieds et à mouliner les bras dans les airs. En une demi-heure de show, malgré un public relativement calme encore à cette heure anticipée de la soirée, Surge of Fury a offert un show carré et sans concessions. N’ayant jamais sa langue en poche, Tito remerciera Chris (vocaliste du groupe Do or Die et, pour l’occasion, organisateur de la soirée) mais également, un peu amer, tous les participants ‘qui ont été prêts à dépenser un tel prix, exorbitant pour ce style de musique…’ (NDR : le sésame s’élevait à un peu moins de trente euros).

Un espace contigu, des températures estivales : le cocktail idéal pour assoiffer les gosiers. La Chevy est mise en sécurité dans un parking proche de la salle de concert. C’est désormais une horde en t-shirts noirs et treillis de rigueur qui occupent la Place Neujean. Le temps de s’en jeter une ou deux, les martellements de la batterie de Wendy’s Surrender sifflent la fin de la récré. Originaires de Besançon, les Français ont entraîné leur fan club (vous vous rappelez, les fans de vieilles voitures US ?) Sous la bannière ‘East Side Hardcore’, les artistes bénéficient d’un quart d’heure de plus que le band précédent (même s’ils écourteront quelque peu leur prestation). La sauce a un peu de mal à prendre lors des premiers morceaux. D’ailleurs le public est assez statique. Wendy’s Surrender finit néanmoins par imposer son style typiquement old school mais agrémenté d’un petit côté groovy des plus appréciables. La fin du show approche et Cyril, le vocaliste, remercie Chris pour l’accueil. Jean Rem se lève derrière ses fûts, plante une baguette dans le flan du chanteur et lui montre l’arrière du podium. Cyril se retourne et se reprend illico : ‘… et on remercie également Roger d’Agnostic Front. On lui dédie d’ailleurs ce morceau !’ En toute simplicité, Roger Miret et son bassiste Mike Gallo s’étaient en effet glissés en coulisses afin de profiter de la prestation des Français. Au vu des hochements de tête approbateurs et des applaudissements, les artistes ont eu plutôt l’air de passer un bon moment. Une impression également partagée par la fosse, acclamant généreusement le groupe à la fin du concert.

Plus l’heure passe, plus l’air ambiant devient humide. Le temps de sortir d’un état proche de l’apnée, de se faire apostropher par la garde (‘on ne sort plus devant l’établissement avec des boissons après 10h !’), de se rafraîchir autant la gorge que les poumons, et il est déjà venu le moment de regagner le théâtre des opérations. Le décor est planté : le fond de la scène est tapissé par un drapé à l’effigie du dernier album d’Agnostic Front, « The American Dream Died », représentant la charmante statue de la liberté au visage squelettique. Tout le beau monde réuni pour l’occasion occupe à présent la salle, les plus motivé-e-s sont collé-e-s à l’estrade. Il faut dire qu’au Reflektor, il existe une grande proximité entre le groupe (ou l’artiste) et la foule, une simple petite barrière séparant le pit du podium.

Obscurité, cris, spots rouges projetés à la face du public, la B.O. du film ‘Le Bon, la Brute et le Truand’ (NDR : ça y est, vous l’avez aussi en tête à présent ?) est diffusée dans les haut-parleurs. Fidèle à sa réputation de mascotte, Vinnie Stigma entre triomphalement sur les planches, tout en torse bombé, vêtu d’un maillot du Standard et brandissant sa guitare retournée, au dos de laquelle sont inscrites en capitales les lettres STIGMA. Craig Silverman et Mike Gallo, respectivement guitariste et bassiste du band, prennent position derrière leur micro de part et d’autre du podium. Toujours très sobre et discret, Pokey s’assied derrière sa batterie, suivi finalement de Roger Miret, éternel bandana sur le crâne descendu jusqu’au niveau des yeux, et vêtu d’une ample chemise noire et short de la même couleur. Tous les poings sont levés. « The Eliminator », tiré de l’album « Cause for Alarm » de ’86, claque, tel un coup de fusil, le début du round. La contiguïté des lieux décuple la puissance des bousculades viriles dans la fosse. Les torses s’entrechoquent, certains tombent mais sont de suite relevés. Hardcore spirit.

L’ambiance est empreinte d’une franche camaraderie, le combo a l’habitude du plat pays et son public lui est fidèle. Un lien manifestement palpable. Les esprits s’échauffent, les plus hardis se font porter au-dessus de la foule pour finalement atterrir sur l’estrade, taper une accolade à un des musicos pour finalement se relancer de plus belle dans le pit. Certes, l’alcool aidant, certains abusent de cette ascension sur la stage ; ce qui finira par sensiblement énerver Roger Miret et Mike Gallo. Mais bon, ce rituel fait partie du jeu. Les morceaux s’enchainent pendant une heure, pour un set plein et condensé. Un ‘We love you Agnostic’ émane d’un des spectateurs adossé à la barrière et vient interrompre le vocaliste, alors qu’il était occupé à remercier le public de sa présence en ce dimanche soir. Ni une, ni deux, Roger Miret dédicace alors « For My Family » à ce fan visiblement heureux d’être là. En guise de remerciement, la formation invitera également (encore !) Chris de Do or Die à les rejoindre pour attaquer « Peace », avant de, quelques morceaux plus tard, relancer l’invitation cette fois-ci au vocaliste de Wendy’s Surrender, pour s’époumoner ensemble sur « A Mi Manera ». Un juste retour d’ascenseur.

Même si la moyenne d’âge tendait plutôt vers les trentenaires et les quadras, le public recensait quand même quelques jeunes pousses. ‘Vous êtes la nouvelle génération’, signifie Roger Miret à de jeunes enfants proches des barrières, avant de les inviter à monter sur l’estrade pour le dernier morceau du set, l’incontournable reprise des Ramones, « Blitzkrieg Pop ». Pendant que l’un s’accapare le micro de Craig Silverman afin d’entonner le refrain, un autre, plus jeune, cheveux longs et casque insonorisé sur la tête, pousse la chansonnette auprès du vocaliste, avant de se lancer dans la fosse, sous le regard médusé mais amusé des musiciens. ‘Vous savez, c’est aujourd’hui la Fête des Pères aux Etats-Unis… Mike est papa, Craig est papa, je le suis aussi… Vinnie lui est déjà grand-père (NDR : ce qui déclenche des rires de la salle). Et Pokey… lui c’est notre adopté, il est notre gamin à tous (accentuant cette hilarité). On est une grande famille…’, avait lancé Roger un peu plus tôt. Après avoir passé de bras en bras dans la fosse, le petit garçon revient sur les planches. Le chanteur le hisse sur ses épaules et clôture le set. Tout le monde est hors d’haleine. Les sourires parlent d’eux-mêmes : les légendes new-yorkaises du Hardcore-Punk ont une nouvelle fois mis le feu, en toute modestie, en tout simplicité, leur expérience et leur vécu transparaissant naturellement dans leur jeu de scène. Un esprit de fraternité, d’échange sincère avec leur public –peu importe le nombre qu’il soit– qui ne naissent et ne se déploient que dans ce type de concert. Longue vie au Front !

Organisation : Reflektor & Nuclear Blast





 
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