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De plus en plus proche des limbes…

Écrit par Pierre Vangilbergen - samedi, 06 février 2016
Image
Behemoth
Trix
Anvers
07-02-2016

Dimanche soir, la ville portuaire d’Anvers baigne dans une atmosphère sombre. Non seulement à cause des conditions climatiques maussades, mais surtout suite au débarquement de quatre grands noms de la scène extrême. Embarqués dans une croisade blasphématoire de quinze dates au cœur du Vieux Continent, les mercenaires d’Inquisition, Entombed A.D., Abbath et Behemoth sont venus déverser dans le Nord du pays leur flot de hargne, de haine et de versets inspirés par le Malin. Les grenouilles de bénitier n’ont qu’à bien se tenir.

L’avis de tempête ne rebute visiblement pas les amateurs du genre. Le Trix affiche sold out, et ses alentours sont rapidement envahis par une marée de voitures. Plus une place de libre, il faut jouer de la carrosserie pour pouvoir garer son engin parmi les 1 100 metalheads du jour. Quelques courageux tentent d’allumer leur cigarette devant les portes de la salle de concert ; d’autres, beaucoup plus nombreux, préfèrent jouer l’ambiance aquarium en s’entassant dans une salle vitrée servant d’intermédiaire entre le monde extérieur et l’arène du jour. Mais vu le monde déjà présent à l’intérieur, il ne fait aucun doute que la majorité des badauds ne veut pas manquer une miette des méfaits du jour. Et on ne peut leur donner tort.

Alors qu’il ne s’agit que du premier concert de la soirée, c’est néanmoins une fosse déjà bien dense qui accueille les Américano-colombiens d’Inquisition. Loin d’être des inconnus dans le milieu, (mal)traitant le riff depuis maintenant vingt-huit ans, le duo pratique un Black Metal brut de décoffrage que les puristes pourraient qualifier de Raw. Visage grimé du classique ‘corpse-paint’ blanc et noir, Dagon, fondateur et guitariste/chanteur (NDR : sa voix est particulièrement nasillarde), arpente les planches d’un pied de micro à l’autre. Pas toujours facile d’occuper l’espace quand on est seul aux avant-postes. Le style lent et répétitif ne manque néanmoins pas sa cible et parvient assez rapidement à captiver l’auditoire. Les headbangings sont timides, mais le public reste compact tout le long du set. Si les sept titres dispensés sont issus des cinq derniers LP du combo, la part belle est néanmoins faite à son dernier, « Obscure verses for the Multiverse ». Bien que finalement un peu linéaire, et frappé malheureusement de quelques problèmes posés par le système sans fil de la guitare, Inquisition va néanmoins laisser une bonne impression et offrir une belle entrée en matière sous des auspices mystiques.

Le Trix a beau être comble, l’endroit est respirable et on ne se marche pas dessus dès qu’on bouge le petit orteil. Par contre, retenez-vous de tout besoin pressant ou d’une envie soudaine de vous procurer des tickets de boissons, au risque de vous retrouver coincé pour un bout de temps. Le stand merchandising est visiblement également victime de son succès : seules les tailles de guêpe parviennent à faire le choix dans le panel des t-shirts, hoodies et autres gilets frappés aux effigies des groupes à l’affiche. Le succès de la tournée était peut-être sous-estimé…

Quoi qu’il en soit, les Suédois d’Entombed A.D. s’apprêtent à monter sur l’estrade. Deux structures sont disposées de part et d’autre du podium, laissant apparaître un double motif de tête de corbeau sur fond noir. Eux non plus ne sont pas des novices en la matière, les artistes proférant un Death Metal old-school, depuis 1987. Définitivement une affiche de talents confirmés. Les membres débarquent tour à tour sur les planches, l’impressionnant bassiste Victor Brandt imposant sa stature de viking. L’ambiance est décontractée, les membres prennent plaisir à partager leur Death Metal bien gras avec la fosse. Malgré sa position en bas de l’affiche, les Scandinaves sont néanmoins autorisés, pour le plus grand plaisir de toutes et tous, de livrer un set de dix morceaux. Telle une vieille marionnette de clown échevelée, Lars-Göran Petrov reprend des forces en s’abreuvant de houblon Made in Belgium, entre chaque morceau ; mais c’est surtout sa voix gutturale qui impressionne. Un show tout en puissance, caractérisé par quelques envolées consistantes de Nico Elgstrand à la gratte. Une prestation qui va encore davantage ancrer leur notoriété au pays des growls.

Place à présent à la première tête d’affiche de la soirée. Abbath est en effet annoncé comme ‘co-headliner’ dans la programmation. Ancien guitariste et vocaliste du mythique Immortal, un des premiers combos de Black Metal, Abbath avait signifié, au cours de l’année 2015, qu’il comptait revenir sur le circuit au sein d’un groupe dont le patronyme serait le sien. Et qui impliquerait notamment l’ex-Gorgoroth et God Seed à la basse. On n’est pas loin du super groupe. Ici non plus, pas de fioriture, tous comme les deux bands qui les ont précédés. Les artistes se contentent d’un backflag frappé de leur logo, en arrière-plan. Creature –c’est le pseudo du batteur Gabe Seeber– opère son entrée. Il est coiffé d’un inquiétant masque aux allures diaboliques. Et est suivi par le nouveau gratteur de la formation, Ole André Farstad, le visage peint de blanc, hormis une fine ligne barrant de bas en haut son œil gauche et sa bouche. Arrive ensuite l’inquiétant et mystérieux King, au regard froid et perçant, précédant l’icône Abbath en personne. Longue chevelure noire, deux grands triangles de la même couleur couvrant ses yeux –contrastant avec le reste de son visage peint en blanc– il a le corps recouvert d’une armure en cuir rigide de couleur noire. Malgré son apparence de guerrier des ténèbres, l’artiste est également connu pour son autodérision vis-à-vis de son personnage et de ses postures ultra stéréotypées, auxquelles le public ne va évidemment pas échapper ce soir. Une heure de prestation, pendant laquelle la formation va exécuter, pour le plaisir de la fosse, aussi bien des nouveaux morceaux issus du nouvel opus (NDR : c’est le premier et il est éponyme) que des compositions nées au cours des grandes heures de gloire d’Immortal, telles que « One by One », « Tyrants » ou encore « All Shall Fall ». Les titres s’enchaînent, conférant au show cette impression de rouleau compresseur. Outre ses mimiques habituelles, Abbath balance maladroitement un ‘Hello Netherlands’ à mourir de rire. A contrario du bassiste, qui prend la poudre d’escampette dès la fin du set, Abbath décroche, à la demande d’un fan une des setlists scotchée sur un retour, et la lui remet, en affichant un grand sourire. Le geste en était presque touchant.

Les esprits ont bien été soignés aux petits oignons (ognons ?), et sont fins prêts à se prendre de plein fouet les morceaux autant possédés qu’envoûtants (envoutants) de Behemoth. Les Polonais sont réputés pour leur précision autant que leur esthétisme, tant pour leur musique que leurs prestations ‘live’. Ils se sont créés un univers qui, pour l’occasion, se traduit par une scénographie impressionnante. Trois pieds de micro sont plantés sur l’estrade. Tous en fer forgé, de couleur gris foncé et au design incurvé, ils sont surmontés par des têtes de serpents enroulés autour de pentagrammes inversés. Ils tiennent la fosse en joue. Placée au centre, la batterie est surélevée. Elle est entourée de deux écrans, au bas desquels sont posées des marches métalliques afin que les musiciens puissent y grimper. Un énorme backflag est hissé en fond de scène, non pas frappé du logo du band, mais bien d’une symbolisation d’un feu, le tout entouré d’un triangle irradiant. Ce même symbole figure également sur le pied de micro réservé à Nergal, chanteur/guitariste de la formation. Les techniciens s’affairent autour des pieds de micro, veillant à régler pilepoil les dispositifs pyrotechniques. Cerise sur le gâteau : deux bâtons d’encens sont accrochés dans le bas de la structure métallique du frontman. Il est 22h30 précise, la messe noire peut commencer.

La salle est plongée dans l’obscurité. La foule hurle, mêlant sa voix à celles de psalmodiassions féminines et plaintives, similaires à des cris de chamanes envoûtées. Les senteurs de l’encens commencent à se propager, des fragrances propices à la stimulation de ces parties de l’imaginaire collectif induisant une séance d’exorcisme. Deux grosses flammes tournoient autour de la batterie. Seth et Orion, respectivement guitariste et bassiste de la formation, sont plantés en haut des marches, devant les écrans. Nergal, quant à lui, rejoint petit à petit son micro et débute le lent et puissant « Blow Your Trumpets Gabriel ». Le combo va interpréter, en première partie, les neuf morceaux de leur dernier album, « The Satanist », dans un climat glauque, sombre et froid. Des projections brutes et crasseuses en noir et blanc de rituels, de désenvoûtements et autres services mystiques couvrent le spectacle d’une chape ténébreuse. Sans compter l’attitude délibérément distante, glaciale et possédée des artistes qui ne ce cessent de fixer leurs fans dans la fosse. Vêtus de guenilles en cuir –garnies de clou– ils paraissent fraîchement sortis des abysses diaboliques afin de célébrer leur liturgie satanique. Une mise en scène mûrement réfléchie, qui laisse apparaître, entre deux morceaux, tantôt une femme vêtue comme une sorcière africaine, balançant son encensoir en direction de la foule, tantôt Nergal lui-même, profitant de cette obscurité dans laquelle la salle est plongée, afin de débouler vers la fosse, calice à la main, pour distribuer des hosties frappées du logo du groupe. La fosse se bouscule, se presse vers l’avant afin de recevoir la divine manne du chanteur. Un ensorcellement généralisé où toute âme a fini, à un moment ou à un autre, par être contaminée.

Les lumières s’éteignent, changement d’ambiance, le venin est désormais diffusé dans les corps. Les Polonais reviennent afin de s’assurer qu’ils sont parvenus à mettre à genoux les derniers survivants, en interprétant tout d’abord « Pure Evil and Hate », opérant ainsi un bond de vingt-deux années en arrière, avant de poursuivre par les surpuissants « Antichrist Phenomenon » et « Conquer All ». Seth est au bord du podium quand il lance les premières notes de « Chant for Eschaton 2000 ». Du sang commence à couler sur le coin de ses lèvres, et se transforme en écume rougeâtre. Il respire un grand coup et finit par cracher le contenu de sa bouche sur les premiers rangs, définitivement souillés par les artistes. Ces derniers achèvent d’interpréter le morceau et quittent définitivement le lieux, aussi froidement qu’ils étaient arrivés.

Behemoth a une fois de plus démontré qu’il est devenu une valeur sûre de la musique extrême, tant musicalement que visuellement. En vingt-cinq années de carrière, Behemoth est passé du Black au Death Metal pour finalement, depuis quelques long playings, parvenir à transcender une synthèse de ces deux styles. Il crée, innove et, au risque de se casser les dents, ose franchir des lignes pourtant peu accessibles. Plus le temps passe, plus il prend de l’altitude en s’exposant par le riff et l’image. Ce qui lui permettra de traverser encore, dans le futur, bien des frontières qui le séparent des limbes, où nul ne s’est plus aventuré depuis des siècles et des siècles…

(Organisation : Biebob/Rocklive)





 

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