Garciaphone, mangeur de ręve…

C’est ce 10 novembre que paraît le deuxième ...Lire la suite...

Un spectacle de transformistes, mais pas seulement…

Écrit par Didier Deroissart - jeudi, 12 novembre 2015
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Bianca Casady
Botanique (Orangerie)
Bruxelles
13-11-2015

La moitié féminine et tête pensante du duo infernal américain CocoRosie s'offre une parenthèse en solo lors d’un spectacle original et atypique, mêlant musique et performance scénique dont toute l'attention va se focaliser, tout au long du show, sur un danseur talentueux. Le spectacle est prévu pour 20 heures. Il accuse 15 minutes de retard ; le temps de laisser les retardataires, coincés dans les embouteillages, parvenir à destination. Il a fallu 75 minutes entre Halle et Bruxelles, au lieu des 45 nécessaires en temps normal, pour que votre serviteur atteigne la capitale. Faut dire que le match de football entre les Diables Rouges et l’Italie était également programmé au stade Roi Baudouin. D’ailleurs en début de concert, l’Orangerie est à moitié pleine (NDR : ou vide selon…)

Une immense toile est tirée devant le podium. Elle le dissimule. D’autres –et on ne le verra que plus tard– sont tendues sur cette estrade. Y sont reproduits des clowns d’une autre époque. Tout un décor destiné à entretenir un climat de mystère. Torse nu, un homme vient se planter à l’extrême droite de l’estrade. Il se ventile la tête à l’aide d’une aile d'oiseau. C’est lui le fameux danseur. Son nom ? Biño Sauitzvyi. Il va successivement se transformer en clown, en cheval échappé d'un théâtre Nô japonais, en ballerine déglinguée, en disciple du butō nippon (NDR : une danse avant-gardiste, underground, imaginée par le Japonais Tatsumi Hijikata, dès 1959), en Pierrot néo-romantique (NDR : pensez au « Scary Monsters » de Bowie), en Joker (‘Batman’) ou encore en esprit d’Halloween (NDR : rappelez vous la série d’épouvante, ‘Scary Movie’).

A gauche, un piano à queue a été installé. Il est destiné à Bianca ou à Jean-Marc Ruellan. A côté de cet instru, on remarque la présence de petits amplis vox et de machines. Un matos destiné à passer la voix de Casady au vocodeur. Elle est vêtue d’une chemise de nuit surannée et porte un bonnet, surmonté d’un chapeau melon de couleur noire. Le line up est complété par Michal Skoda (drums), Takuya Nakamura (synthés, trompette, basse) et Doug Wieselman (Antony And The Johnson). Elégant dans son smoking, ce dernier assure les backing vocaux, la guitare, la flûte traversière et les cuivres (clarinette, sax alto, baryton et soprano). Au bout de trois morceaux, l’équipe est rejointe par la choriste, vocaliste et performeuse, Laerke Grontved, accoutrée comme Charlie Chaplin, dans ses films muets. Tout ce petit monde constitue le backing group de Bianca, The C.I.A.

Cocktail subtil de jazz, blues, électro et hard rock, la musique est expérimentale. Elle est hantée à la fois par Berthold Brecht, Tom Waits voire Frank Zappa. Et devrait alimenter les compos de son futur album, dont la sortie est prévue pour 2016.

Bianca chante, slamme ou récite des textes tout en triturant les cordes d’un violon. Elle semble mal à l’aise dans ses frusques. Des images de personnages aux visages blancs défilent sur la tenture, en avant-plan. On dirait qu’elles ont été tournées dans un cimetière. A moins que ce ne soit depuis l’enfer. Le danseur se métamorphose régulièrement ; mais discrètement. Dos au public, il devient une shiva masquée. En remuant les épaules, une déesse. Avant que la toile tombe, il s’est à nouveau transformé. Il grimpe sur un tabouret, puis se jette au sol ; et tel une poupée désarticulée rebondit alors que ses gestes épousent le tempo imprimé par les cuivres, dont une trompette équipée d'une sourdine. On souffre pour lui. Pourtant, malgré ses mouvements apparemment incontrôlés, sa chorégraphie est étudiée. Marlène Dietrich s’est réincarnée en Bianca. A la fois fasciné et stupéfait, j’entre progressivement dans ce ‘cabaret’ surréaliste.

Takuya et Doug sont de fameux musicos ; ils changent d’ailleurs constamment d’instruments, sans la moindre difficulté. La voix de Bianca devient diaphonique, une technique adoptée régulièrement chez les Tibétains. Faut dire qu’elle est fascinée par l’Asie. De temps à autre, elle se plante au milieu du podium, pour permettre à Biño d’opter pour un autre look, tranquillement, dans son coin. On entre alors dans un climat cauchemardesque entretenu par une forme de cacophonie, au cours de laquelle l’expression sonore s’emballe. Bianca s'est à son tour changée. En fait, elle a enlevé sa chemise de nuit, pour laisser apparaître un corps moulé dans un collant noir, sur lequel elle a enfilé un calbute trop large, digne du caricaturiste Reiser. Si elle a conservé le chapeau melon sur le crâne, elle a placé une chaîne à grosses mailles autour de son cou, au bout de laquelle est fixée une corde de chanvre. La musique vire alors à l'électro et au hip hop. Un piano désaccordé, un sax baryton et une trompette soutiennent les évolutions de Biño. Devenu funambule masqué et coiffé d’un haut-de-forme, il garde l’équilibre sur un fil imaginaire, en s’aidant d’un vieux parapluie tout déglingué.

Biño nous invite ensuite à Munich. A la fête de la bière. Mais, malgré ses couettes rousses, il ne va pas pasticher le 'Frida Oum papa' d’Annie Cordy. En fait il ressemble plutôt à un épouvantail, abandonné dans au milieu d'un champ de petits pois. D’une durée de 70 minutes, le show est ininterrompu. Attentif, mais interloqué, le public n'applaudit pas. Il apprécie le show, mais ne veut pas en perdre une goutte. En fin de parcours, Bianca Casady présente sa troupe qui est chaleureusement acclamée.

Franchement, je ne m’attendais pas à un tel spectacle. On a vécu un mix entre musique, cinéma (NDR : muet ou sonore, mais datant du début du XXème siècle), théâtre, comédie musicale et transformisme. Et je dois avouer qu’il m’a franchement subjugué. Après un petit rappel, on peut vider les lieux, des petites étoiles plein les yeux.

Mais en sortant du Bota, c’est la douche froide. On apprend ce qui s’est produit à Paris. Et tout particulièrement au Bataclan, lors du concert accordé par Eagles Of Death Metal. Il y a encore des barbares qui au nom d’une religion, se permettent d’assassiner gratuitement des êtres humains. Et notamment des passionnés de musique sans défense. On se croirait revenu au Moyen-âge…

En rédigeant ce compte-rendu, j’ai aussi voulu ne pas oublier les familles éprouvées par ces drames. Je leur adresse donc une pensée émue…

(Organisation : Botanique)





 

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