Un goűt de gris pour Flox…

Alias Flox, Florian Gratton a publié son nouvel album, ...Lire la suite...

Une perfusion de bonne humeur

Écrit par Pierre Vangilbergen - mercredi, 14 décembre 2016
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Clutch
Ancienne Belgique
Bruxelles
14-12-2016

Alors que les festivités de fin d’année ne sont plus qu’à un jet de Manneken Pis, les rues et les vitrines de Bruxelles se sont parées de lumières et de guirlandes ; et ce décor rappelle que l’année 2016 est prête à tourner la page. Mais pour les amateurs de rock/stoner/metal/blues, c’est tout simplement Noël avant l’heure. Et pour cause, les Américains de Clutch débarquent dans la capitale !

La soirée s’ouvre pourtant dans une ambiance un peu insolite. Et se terminera également dans le même climat ; mais nous y reviendrons. En fait, il est un peu plus de 19 heures, mais le hall d’entrée de l’Ancienne Belgique est désertique. Résultat des courses, il n’y a pas lieu de faire la file pour commander une bière ou déposer ses affaires au vestiaire (NDR : ça rime !) Cependant, on est en droit de se poser des questions sur l’assistance censée assister au spectacle, ce soir. Bah, la foule est sans doute déjà à l’intérieur. Ce qui pourrait s’expliquer, vu que le supporting act a déjà entamé sa prestation depuis quelques minutes. Après avoir passé la double porte qui mène à la salle, on est quand même surpris de constater que le parterre est tout aussi clairsemé. De longs draps noirs recouvrent les balcons. Bref, la soirée ne sera pas sold out. Mais qu’importe…

C’est donc devant un maigre public que Lionize entame les hostilités. Un combo yankee, issu du Maryland. T-shirt et short ornés de motifs psychédéliques azurés, Nate Bergman donne de la voix. Armé de sa guitare, il cherche à fustiger le maigre auditoire en dispensant un rock aux tendances heavy. En une demi-heure, la formation va pondre six morceaux. Et ils suffisent pour faire le tour de ce qu’elle propose. Bref, le set est sympa, mais dans le genre, c’est du déjà vu et entendu…

Si Lionize souffre d’une carence en originalité, Valient Thorr n’en manque certainement pas. De véritables combattants issus de la Caroline du Nord. En arrière-plan, son backflag, illustré par le logo du groupe et son nom en lettres capitales italiques dont les extrémités se profilent en éclairs, évoquent les premiers combos de Thrash. Quoique plus contemporain, on imagine que Valient Thorr aura à cœur de proposer une expression sonore plutôt old school. Dès qu’il entame son set, la réaction est instantanée : mais qu’est-ce que ce beau bordel ? Un boxon causé par un mélange de Stoner, Heavy et Hardcore, sur lequel vient planer la voix de Valient Himself (NDR : pas de jeu de mots, c’est le pseudo qu’il a choisi). La voix de ce grand blond à l’allure archétypale du redneck oscille constamment du Punk au Heavy. Mais au fil du show, les morceaux deviennent de plus en lisibles, libérant toute leur puissance et leur énergie… paranormale. En effet, il ne faut pas oublier que les musicos prétendent venir de la planète Vénus, s’être crashés sur Terre en 2000 et avoir accordé plus de 1 500 concerts. Vous comprenez mieux à présent ? Et c’est finalement sur les notes joyeuses d’un ‘Happy Birthday’ adressé au guitariste Voiden Thorr, que le quintet prend congé de l’auditoire.

Les opportunités bibitives du marché de Noël ont peut-être retardé les plus assoiffés des mélomanes ; mais quoi qu’il en soit, la fosse est à présent bien remplie. Difficile quand même d’imaginer qu’une formation comme Clutch (NDR : également originaire du Maryland) se produise devant un parterre vide, à l’AB. Ce ne sera donc pas le cas. Cependant, le public est multigénérationnel. On y croise autant d’ados que de tempes grises. De mecs que de filles. Il y a des métalleux et des rockers, of course. Mais aussi des monsieur et madame Tout le Monde, visiblement touchés par l’incroyable alchimie imaginée par Clutch qui est parvenu à agréger Rock, Metal, Hardcore, Blues et Folk.

Les derniers réglages des instruments terminés, les lumières s’éteignent et du blues s’échappe des haut-parleurs. Les spectateurs dansent, se trémoussent ; certains scandent le nom du groupe. Il plane une ambiance de fête. Les artistes montent enfin sur l’estrade ; le chanteur Neil Fallon en tête. Râblé et pas très grand, il arbore une barbe noire, particulièrement dense. Il est vêtu d’un t-shirt noir à l’effigie de ‘Weathermaker Music’, le label de Clutch. Il est suivi du batteur Jean-Paul Gaster, du bassiste Dan Maines et du guitariste Tim Sult. Ces trois derniers sont sobrement vêtus. Leur look est même plutôt classique. D’ailleurs, si vous les croisiez en rue, vous ne détourneriez même pas le regard. Le décor est épuré. L’arrière-plan est tapissé par la pochette du dernier LP, « Psychic Warfare » : épée à la main sur laquelle est forgée « Wonder », une énigmatique soldate ailée est entourée de deux énormes canons. Le message est clair : pas besoin de fioritures superflues, on se concentre sur la musique. Seuls les amplis à lampes, de la célèbre marque « Orange », servent de cadre.

Tous les fans de Clutch sont au courant : rien ne sert de glaner au préalable sur Internet des informations relatives aux concerts précédents ; la setlist est différente, à chaque représentation. Le principe est simple : chacun leur tour, les membres la confectionnent le soir même. Et pour le coup, c’est aujourd’hui Neil qui est aux manettes. « Cyborg Bette », issu de « Earth Rocker », elpee qui a décuplé la réputation du band, entame les offensives rock’n’rollesques. Le concert va d’ailleurs privilégier les titres de cet elpee, mais également de « Psychic Warfare », au sein duquel seront extraits le titre éponyme, ainsi que le groovy « Crucial Velocity ». Bien que le répertoire soit préétabli, il ne néglige pas pour autant les incontournable. A l’instar du très entraînant « The Mob Goes Wild » (« Blast Tyrant ») ainsi que du tube incontesté, « Electric Worry », joué en rappel. Plus surprenant, « 10001110101 » est également interprété. Il l’est pourtant rarement, car il nécessite le concours d’un synthé. Mais c’est Chris Brooks de Lionize, qui s’y colle.

Dès les premiers morceaux, on comprend que les musiciens ne sont pas venus pour épater la galerie. Peu communicatifs, le guitariste, le bassiste et le batteur sont particulièrement concentrés sur leurs instruments. Une attitude particulièrement marquée chez le gratteur Tim Sult. Visage fermé, il ne relèvera guère la tête, au cours du show. Mais ne vous y méprenez pas, les musicos ne font part d’aucune condescendance ; ils donnent même plutôt l’impression de s’immerger profondément au cœur de leurs compos. Ils sont d’ailleurs enchaînés les uns après les autres. Jugez plutôt : 17 titres en une heure et demie. Pas trop le temps de se perdre en bavardages inutiles. Neil Fallon, quant à lui, arpente la scène de long en large ou se plante face au public, cambre les jambes et harangue le public en amplifiant les mouvements de ses bras. Et puis très souvent, de ses yeux bleus profonds, il fixe des individus dans la foule, comme s’il était habité par les titres qu’il interprète. Enfin, à plus d’une reprise, il accompagnera également Tim Sult à la guitare, pour notre plus grand plaisir.

Assister à un concert de Clutch, c’est bénéficier le temps d’une heure et demie d’un creux dans l’espace-temps où il fait bon vivre, où les soucis et tracas du quotidien s’estompent et se noient dans des effluves enivrantes de rock’n’roll aux relents Blues ; des fragrances sentant bon la chaleur du Sud. Une perfusion de bonne humeur en toute simplicité, offrant parfois l’impression de se retrouver immergé dans l’agréable ambiance d’un groupe d’amis lors d’une répétition, profitant de l’espace alloué pour prendre du bon temps et le partageant avec celles et ceux qui les entourent.

Le concert touche à sa fin, Neil s’approche du bord de la scène et offre son onglet à un adolescent, planté aux premiers rangs. Les artistes regagnent calmement les coulisses, les lumières se rallument et… les baffles commencent à cracher « Ace of Spades » de Motörhead. La magie du Rock se réincarne au moment même. Alors que plus personne n’est sur le podium, les pogos reprennent de plus belle dans la fosse et tous s’époumonent sur le refrain de ce morceau devenu mythique. Une communion improvisée à la mémoire de ce groupe qui aura marqué et marquera encore certainement de nombreuses générations. La mort sépare, mais la mémoire se perpétue. Clutch ou Motörhead, même combat : un style de musique qui restera encore vivant de nombreuses années.

Set-list : “Cyborg Bette”, “Decapitation Blues”, “Crucial Velocity”, “Firebirds!”, “Gravel Road”, “The Mob Goes Wild”, “Struck Down”, “Earth Rocker”, “Sucker for the Witch”, “A Quick Death in Texas”, “10001110101”, “50,000 Unstoppable Watts”, “The Face”, “The Yeti”, “X-Ray Visions” 

Rappel : “The Wolf Man Kindly Requests...”, “Electric Worry / One Eye Dollar”

(Organisation : Ancienne Belgique & Weathermaker Records)





 

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