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Peut-ętre pas connu, mais certainement reconnu…

Écrit par Pierre Vangilbergen - dimanche, 08 mai 2016
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Crowbar
Muziekodroom
Hasselt
08-05-2016

Après avoir pris ses distances avec le supergroupe Down, en 2013, Kirk Windstein a depuis lors eu tout le temps de se consacrer entièrement à Crowbar, band qui fête, cette année-ci, le 20ème anniversaire de sortie de « Broken Glass », son deuxième elpee. L’occasion parfaite pour les Louisianais de sillonner l’Europe en seize dates, et tout particulièrement la ville d’Hasselt. Une soirée frappée du sceau du Sludge, du Doom et du Heavy, qu’illustre les différents supporting acts assurés par Black Swarm et Hedonist, sans oublier le très attendu Trouble.

Il y a maintenant quelques jours que le soleil inonde la Belgique. Grand ciel bleu, pas une once de nuage à l’horizon. On se croirait presque en vacances. En longeant le canal Albert, un labyrinthe de rues rectilignes, tracé à travers le zoning commercial, nous conduit devant une façade peinte en rouge, mais dont les grosses lettres blanches –en capitales– couvrent sa moitié : c’est celle du Muziekodroom. Pas moyen de se tromper ! Les portes d’entrée s’ouvrent ; place à une plongée dans l’obscurité d’une salle où, paradoxalement, l’air est encore respirable, malgré la hausse de température enregistrée en ce début du mois de mai.

Seuls une bonne vingtaine de badauds se sont déplacés pour accueillir Black Swarm, une formation anversoise qui pratique du Metalcore. Vu la chaleur, il serait malvenu de se plaindre de ne pas être, dès le début, collés les uns aux autres. Intense, violent, le set finit très vite par souffrir de la linéarité de ses morceaux. Dans un anglais parfois approximatif, Same De Roeck –visiblement accablé par l’atmosphère, il laisse rapidement tomber le t-shirt, laissant apparaître un ‘Samuel Paul’ en lettres gothiques surmontées d’une croix renversée– hurle à pleins poumons. Une technique bien mieux contrôlée que le chant clair. Heureusement pour les tympans, fort peu utilisée durant les morceaux. Force est de constater également que ceux interprétés dans la langue de Vondel sont nettement plus intéressants et riches. Un choix peut-être freiné par la barrière de l’idiome ?

Quoi qu’il en soit, cette mise en bouche ‘testostéronée’ n’est qu’une première étincelle annonçant une succession de claques. Tout d’abord grâce à Hedonist, originaire de Genk, dont le Sludge/Stoner rond et lourd s’avère particulièrement efficace. Une homologie entre le t-shirt porté par le chanteur, frappé d’un ‘RUN COC’ (en référence à Corrosion of Conformity), et la musique du trio est instantanément palpable. Des compositions nourries au Heavy qui ont très vite raison des nuques des metalheads, les incitant à headbanger au rythme des titres un peu crados. Le public s’est certainement implicitement passé le mot, car une horde non négligeable de trentenaires (à la grosse louche) envahissent à présent les lieux. Y règne une ambiance sereine, cordiale voire confortable ; une pause dans l’espace-temps où se sont donné rendez-vous des amateurs de bon son. Faites comme chez vous : les pantoufles sont disponibles à l’entrée.

Trouble grimpe ensuite sur l’estrade. Ce groupe appartient à une catégorie qui a marqué plusieurs générations mais n’est jamais parvenu à percer, malgré un indéniable talent. Interviewé avant le show, Kirk Windstein, leader emblématique de Crowbar, tête d’affiche du jour, avoue à ce propos être un peu gêné de se produire après Trouble. ‘Ces gars font tout simplement partie de ces groupes qui ont m’ont profondément influencé’, confiera-t-il. Depuis ses débuts, le combo yankee a régulièrement changé de style. Ce soir, il va nous proposer un Heavy sous perfusion de Thrash et Doom. Ecumant les planches depuis 1979 (même s’il a vécu quelques passages à vide illustrés par une absence de gravures), Trouble envoie directement la sauce ; et la conjugaison entre la voix puissante de Kyle Thomas (ex-Exhorder) et les riffs endiablés de Rick Wartell crée un cocktail explosif de sonorités old school. Vu l’accueil reçu, il est fort à parier qu’une majorité des spectateurs avaient fait également le déplacement pour les anciens de l’Illinois. ‘On a eu de la chance ce soir, c’était un très bon concert. C’est comme ça avec Trouble : soit leur son est nickel, comme aujourd’hui, soit c’est un mur de grésillements car il joue trop fort’, explique un fan à l’issue du show.

L’atmosphère est maintenant à point pour accueillir le quatuor issu de la Nouvelle-Orléans. Pas d’entrée fracassante ni même de drapeau frappé du logo du band à l’arrière du podium. A l’ancienne, les musiciens débarquent un à un afin d’effectuer leurs derniers réglages. Matt Brunson, le premier. Il est vêtu d’un gilet sans manches en cuir, de type motard, entièrement customisé à l’arrière ; une grande fleur de Lys (symbole de leur ville d’origine) est surplombée d’un ‘Crowbar’. Le tout a été peint à la main, dans les tons rouges, jaunes et vert, par… Max Cavalera, le leader de Soulfly (excusez du peu !), à l’occasion de son anniversaire alors que les deux teams participaient à une même tournée, fin de l’année dernière. Kirk Windstein prend bien soin de lubrifier ses cordes pendant que Jeff Golden finit d’accorder sa basse et Tommy Buckley s’échauffe en manipulant ses drumsticks. Les quatre musiciens se réunissent finalement face à la batterie, se lancent un regard, approuvent de la tête et font retentir leurs instruments. Les guitares montent dans les aigus, la batterie entre dans la danse et le puissant « Conquerring » peut ouvrir le bal, un titre issu du quatrième elpee studio « Broken Glass », auquel cette tournée fera la part belle dans le cadre de ses vingt ans d’existence. L’artillerie est en marche : le son lourd et expressément lent des maîtres du Sludge envahit la salle limbourgeoise.

La fosse, conquise d’avance, exulte à la fin du morceau. Kirk Windstein revient face à la batterie, où sont disposées ses deux pédales de guitare, voisine de cinq cannettes de Stella Artois prêtes à étancher la soif du vocaliste. La salle est à présent bien remplie et la chaleur ambiante assèche les gosiers. Celui de Kirk est étanché par une demi canette, avalée d’un seul trait. Les autres munitions suivront tout au long du show. Il revient ensuite vers la fosse, se plante au bord de la scène et débute les premières notes de « High Rate Extinction », issu du second LP, l’éponyme. Petit et râblé, arborant une barbe grise courant jusqu’à la moitié de son torse, tel un cousin éloigné de Gimli (NDR : un personnage de la saga ‘Le Seigneur des Anneaux’), Kirk Windstein incarne à lui seul toute la puissance et la force de la musique de Crowbar. Les notes traversent chaque centimètre carré de sa peau et son visage marqué se tord au son de ses riffs. Situé à une trentaine de centimètres à peine de son public, le leader du band offre, à de multiples reprises, de jouissives leçons de guitares. Un instrument, tel une prolongation de ses membres, dont il prend le plus grand soin tout au long du set. En témoigne ce spectateur, quelque peu éméché, qui tentera tant bien que mal de toucher les cordes mais très vite repoussé par l’artiste. On peut être sympa mais faut pas déconner non plus !

En un peu plus d’une heure, les hommes forts de NOLA vont parcourir leurs vingt-sept années de carrière, de « Burn Your World » (NDR : qui remonte quand même à 1993) au relativement récent « Walk With Knowledge Wisely », issu de leur dernier album « Symmetry in Black », paru il y a deux ans. Les plus grands tubes du band ne sont évidemment pas négligés, à l’instar du survitaminé « All I Had (I Gave) », de la ballade virile « Planets Collide » ou encore de l’exutoire « Existence is Punishment », en rappel. Sans oublier « The Cemetary Angels », composition emblématique de « Sever The Wicked Hand », caractérisée par cet incroyable moment qui survient aux deux tiers du parcours, lorsque Kirk Windstein s’époumone, et tel un ordre dicté à ses musiciens clame : ‘BRING IT LOUD !’. S’ensuivent ces riffs typiques, extrêmement lourds, écrasants même et tellement spécifiques, rappelant l’héritage musical laissé par Crowbar dans le monde musical. ‘Crowbar n’est peut-être pas connu, mais est définitivement reconnu dans le milieu’, signale très judicieusement un fan juste avant le show des Américains. Et c’est bien là un des paradoxes magiques de ce band bientôt trentenaire : autant ils ne provoquent par des déplacements massifs de foule, autant la trace qu’ils laisseront dans le Metal est gravée profondément dans le roc pour les décennies à venir. Que ce soit dans le Sludge, le Stoner, le Hardcore ou le Rock bien-gras-un-peu-cras, rares sont ceux qui ne reconnaissent pas en Crowbar une source d’inspiration.

Après treize morceaux, les quatre artistes prennent congé de l’auditoire. Face une demande soutenue, Kirk Windstein –surnommé à juste titre The Riff Lord– va puiser dans son barda un petit sac contenant des médiateurs, afin de les distribuer à quelques metalheads, soucieux de garder une trace physique de ce moment de Rock épais, entre amateurs de musique qui fait du bien par où elle passe.

Setlist : Conquering - High Rate Extinction - The Lasting Dose - New Dawn - Burn Your World - To Build a Mountain - The Cemetery Angels - Walk With Knowledge Wisely - No Quarter - All I Had (I Gave) - Planets Collide - Like Broken Glass // Encore: Existence Is Punishment

(Organisation : HeartBreakTunes)

 





 

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