Butterscotch Hawaiian reste dans les parages

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D’étroits liens noués à jamais…

Écrit par Eric Ferrante et Akim Serar - lundi, 06 octobre 2014
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Détroit
Ancienne Belgique
Bruxelles
07-10-2014

En préambule à la messe de ce soir, première des deux soirées dévouées au culte d’un homme devenu à la fois ange et démon, se déroule à l’étage une séance d’écoute de l’album « Tostaky ».
Ici, loin du brouhaha médiatique, nous demeurons presque solennellement assis dans une nef, face à un autel où trône une platine.
Comme une chapelle ardente dont le chœur vibre d’une même voix.
Celle de la musique.
Car ici, il n’est question que de ça.
Loin de tout parti pris, nous nous retrouvons dans cette pièce pour la meilleure des raisons qui soit.
Tout à la dévotion d’une œuvre, plutôt qu’à un homme, tout dieu soit-il.
Le son rêche des cordes qui s’extirpent de la masse. « Here It Comes Slowly ».
C’était en 1992.
L’album n’a rien perdu de sa superbe.
Hors du temps, hors contexte.
Frondeur et saillant sous tous les angles.
Là, sous la voûte, un ange passe.

Revenus comme autant d’Ulysse, sombres héros de l’amer, de cette salvatrice immersion, prêts à pénétrer serein le détroit qui sépare les mers de l’oubli, nous voici plongés à présent dans la fosse, emportant comme seul bagage notre foi sacrée en l’immortalité de nos cœurs jouvenceaux.

Imprégnés d’une aura électrique, scintillants d’excitation.

Tout autour, se répand l’effervescence d’un public impatient.

C’est une de ces nuits mémorable qui s’avance à grands pas !

Puis pénétrant la lumière, le groupe s’installe sur scène.

Pratiquement tous les yeux sont alors braqués sur un seul homme.

Celui qui a appris à vivre avec ces regards, et les autres aussi.

Celui qui a appris à vivre avec lui-même, aussi.

Puis, presque timidement, le groupe avance et se faufile dans chaque interstice.

« Ma Muse » en éclaireur, défrichant doucement le nouvel « Horizon ».

Peu à peu, l’atmosphère échange ses ions de chagrin et glane ici et là quelques électrons libres sous haute tension.

Le ciel se déchire, mais se refuse à pleurer.

« Ernestine » est le premier titre de Noir Désir interprété ce soir.

Passent les nuits.

Le chant des cimes est accessible ou pas.

Mais impossible de résister à l’appel de cette voix, charriant d’indicibles douleurs et d’éternels combats.

S’enchaînent les titres d’hier et ceux d’aujourd’hui, effaçant la frontière invisible que dessine la cicatrice du temps. Juste l’espace d’un instant. Mais un instant renouvelé chaque soir, comme un baume  contre le mauvais souvenir, tel un remède opiacé où se réfugier.

Comme une attelle aidant Bertrand Cantat à progresser, à se relever, à se révéler à nouveau.

Car il ne fait aucun doute que cette étincelle de vie retrouvée, cette joie réelle de partager, de se trouver là, sur scène, parmi les siens, devant nous, il la doit à cette muse qu’on nomme création et qui s’exécute docilement sous ses doigts, se glissant dans sa voix.

Sans elle, Cantat ne serait plus. Et depuis longtemps déjà.

Mais cette force, elle est belle et bien présente.

Tangiblement ancrée comme des fers à ses poignets.

Sensiblement nouée au creux de sa gorge.

La première partie touche à sa fin. On croit approcher l’apothéose.

Mais celle-ci s’offre généreusement pendant près d’une heure.

Une heure de rappels !

Détroit bouscule l’organisation sans faille de l’AB.

Ses organisateurs sentent le moment historique, ce moment où décidément, il se passe quelque chose qu’on n’est pas en passe de revivre avant longtemps.

Et dont on parlera encore longtemps.

Bertrand Cantat inflige une gifle, musicale et magistrale, oublie ses détracteurs, oublie même d’oublier, car il n’est plus qu’un magnifique Icare qui tutoie le soleil et plonge droit sur lui.

Ce trou béant de lumière au milieu du noir et du désir.

De ce mariage improbable naît un Phoenix qui, en pleine renaissance, entre en communion presque charnelle avec la foule, cette foule, sa foule.

Cette masse compacte de chair et d’os, de larmes et de sueur qui s’agite ici bas.

Détroit n’est pas pour autant un simple faire-valoir.

C’est une entité à part entière.

Plus que la suite de Noir Désir, c’est une des ramifications de Noir Désir.

On croyait l’arbre mort, et soudain surgit le mystère.

Puis, le bourgeon a éclos, jusqu’à devenir fleur.

Et quelle fleur !

Fragile, et couverte d’épines.

Les nouveaux arrangements de « Un Jour En France » ou de « Tostaky » peuvent sembler gonflés à l’hélium, ils n’en restent pas moins des fers de lance incontournables.

Relecture audacieuse d’un répertoire non figé, qui lui aussi peut encore évoluer.

Symphonie syncopée d’une certaine histoire de la révolution made in Rock.

Échos de la rage contenue, flagellant la désolation, fustigeant la réaction.

Enfin, au second rappel, vient l’heure de l’union sacrée entre le public et le band.

Où l’émotion prend la place qui depuis le début, lui est octroyée.

Et quand se termine « Comme Elle Vient », comme la vague irrésolue, les paroles du refrain, reprises par l’assistance, viennent s’échouer sur le devant de la scène, emplissent l’espace et gonflent le cœur de Bertrand Cantat, encore et encore.

Comme en mai dernier, comme chaque soir peut-être, mais toujours avec autant de foi et d’amour fusionnel entre cet artiste qu’on dit poète maudit, et son public.

Un public, qui l’a compris, vient de passer un moment unique.

C’est simplement beau et grand, et il y a des lustres que nous n’avions pas vu pareille ovation.

Et si aujourd’hui n’a sans doute pas la force d’effacer hier, dans chaque instant, infiniment présent, il dessine les contours de demain.

(Organisation : Live Nation)

(Voir aussi notre section photos ici)

 





 

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