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Un Numan toujours aussi ‘electric’!

Écrit par Philippe Blackmarquis - mercredi, 12 février 2014
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Gary Numan
Het Depot
Louvain
13-02-2014

Dorian Gray, le personnage d'Oscar Wilde, restait éternellement jeune car c'est son portrait, caché dans son grenier, qui vieillissait à sa place. En observant Gary Numan, sur le podium du Depot à Louvain, on le comparerait volontiers à Dorian Gray. A 55 ans, il est fringant comme un jeune homme! Après avoir traversé une période noire, suite à une dépression, il est de retour, plus ‘électrique’ que jamais!

Rappelons à toutes fins utiles que Numan était un des pionniers de la musique new-wave électronique, entre 1979 et 1985. En s'inspirant largement de Kraftwerk ("Man Machine"), David Bowie ("Low") et surtout de l'Ultravox période John Foxx ("Systems of Romance"), il a créé un style musical nouveau basé sur l'utilisation massive de synthés. Un style libérant une énergie postpunk et reflétant une imagerie dystopique, développée autour de son personnage humanoïde. Le tube "Are Friends Electric" et l'elpee "Replicas", publiés sous le patronyme de Tubeway Army, ont rencontré un succès immédiat en 1979 et ont été suivis par deux albums solos considérés comme de purs chefs-d'œuvre : "The Pleasure Principle" et "Telekon". Sa carrière a ensuite connu des hauts et des bas ; surtout des bas, jusqu'à ce que des ‘maîtres’ tels Dave Grohl, Trent Reznor, Prince ou Jack White décident de remettre Numan au goût du jour, début des années 2000, en soulignant son influence majeure sur la musique moderne. Influencé à son tour par ses ‘disciples’, surtout par Trent Reznor, qui est aujourd'hui son ami et voisin à Los Angeles, Numan a ensuite évolué vers une ‘power pop’ aux accents industriels, voire même metal.

C'est la dualité entre ces deux périodes qui constitue la trame majeure des shows de Numan. Au Depot, pour son 9ème concert en Belgique, il va alterner les hits incontournables de sa première période, comme "Cars", "Films" ou "I Die: You Die" ainsi que des plages de son tout dernier opus, "Splinter", dont il puisera non moins de neuf chansons, et quelques pistes extraites de "Pure" et "Dead Son Rising". Sur les planches, il est accompagné par un groupe complet, constitué d'un batteur, un guitariste, un bassiste et un claviériste. Les anciennes compos bénéficient de versions plus 'punchy', comme, par exemple, "Cars" et "Metal", qui sont jouées à la façon Nine Inch Nails, légèrement plus rapides et rehaussées par des guitares cinglantes.

Justement, les références à Nine Inch Nails sont encore plus marquantes dans les titres plus récents de Numan. L'intro de "I Am Dust" rappelle clairement les sons indus du combo américain période année 90. "We're The Unforgiven" évoque quant à lui "Help Me, I'm In Hell" dans les lignes de guitare. Les morceaux plus calmes, comme "The Calling", rappellent le côté ‘ambient’ de Trent Reznor, caractérisé par des mélodies simples au piano et par des vocaux murmurés plus que chantés. Par moments, l'illusion est frappante et on constate avec amusement que Numan s'inspire de Reznor qui, lui-même, s'inspirait de Numan... La boucle est bouclée.

L'attitude de Gary Numan sur les planches est loin d’être celle d'un humanoïde froid. Il se livre à fond, et ses prestations vocales sont irréprochables. Sur certaines compositions, surtout issues du dernier elpee, la formation utilise une bande-son, sur laquelle les musiciens jouent en direct. Qu'on apprécie ou pas ce procédé, il permet de reproduire les arrangements très complexes, les bruitages, les sons triturés voire même les voix féminines (dans "Splinter"). Les anciennes compos sont, quant à elles, exécutées à 100% en 'live'. Parmi les plus récentes, on relève également certaines qui baignent un peu trop, mon humble avis, dans le metal. "Here In The Black" évoque même la lourdeur symphonique de Within Temptation et "When the Sky Bleeds, He Will Come" lorgne généreusement du côté de Rammstein. Mais c'est évidemment une question de goût.

Extraite de "Splinter", "Lost" est une ballade touchante, empreinte d’une grande sensibilité. Numan a déclaré qu’elle avait en quelque sorte sauvé son couple au moment où lui et sa femme Gemma souffraient de dépression. Après un "Love Hurt Bleed" chalereusement applaudi, Numan clôture son set par le très beau "A Prayer for the Unborn", également une chanson qui traite de sa vie de couple et la difficulté d'avoir des enfants. Pendant le rappel, la formation va exécuter une version très énergique de "I Die: You Die" ; et le public, resté dans l'ensemble assez calme, semble enfin se lâcher. Vient enfin le moment tant attendu: "Are Friends Electric", dont Numan fournit une version retravaillée, tout en contrastes et en nuances. Superbe! Regardez la vidéo de ce très beau moment ici. L'artiste prend congé en offrant un dernier titre particulièrement paisible, "My Last Day"...

On l'a compris, on a eu droit à un concert à deux vitesses. De superbes moments sur les anciens titres et un enthousiasme plus retenu sur les plus récents. Ces derniers sont en effet beaucoup plus formatés, plus prévisibles alors que les "Cars", "Down In The Park" et autres "Are Friends Electric" apparaissent comme des fulgurances de génie ; dans ces anciennes compos, Numan transcende les cadres pré-établis (il n'y a pas de structure couplets/refrain) et apporte cette caractéristique unique qui est l'hyper-mélodicité (chaque intervention instrumentale est un 'riff', une ligne mélodique reconnaissable). Dommage que Numan refuse de revenir à la musique de sa période la plus féconde, alors qu'une nouvelle scène très vivace (la 'minimal wave') s'emploie aujourd'hui à donner une nouvelle existence à celle des années '80.

Déplorons aussi le management de l'artiste, qui n'autorise que très peu d'interviews pour les journalistes avant le show, préférant organiser des ‘VIP meet & greets’ à 100 € pour les fans les plus aisés. Enfin, il n'y avait pas de première partie ; c'est dommage car ces 'supporting acts' sont des occasions uniques pour les artistes locaux de se faire connaître. Ainsi, on aurait aimé, par exemple, voir ou revoir les excellents Bruxellois d'ORGANIC sur l’estrade ! Mais ne boudons pas notre plaisir : vivre un concert de Gary Numan dans une forme 'olympique' a été du pur bonheur. La prestation était excellente. Le son était parfait, les lumières irréprochables et l'expérience, dans son ensemble, 'électrisante'!

(Organisation : Het Depot, Louvain)

Setlist :

Resurrection
I Am Dust
Metal
Everything Comes Down to This
Films
Here in the Black
The Fall
The Calling
Down in the Park
Lost
Cars
Pure
Splinter
When the Sky Bleeds, He Will Come
Love Hurt Bleed
A Prayer for the Unborn

Encore:

I Die: You Die
Are 'Friends' Electric?

My Last Day

(Voir aussi notre section photos ici)

 

 





 

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