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Un rêve éveillé

Écrit par Pierre Vangilbergen - lundi, 20 mars 2017
Image
Gojira
Ancienne Belgique
Bruxelles
20-03-2017

Nul doute que bon nombre de metalheads avaient entouré de rouge ce 20 mars dans leurs agendas. Et pour cause, propulsé par le succès unanimement et internationalement reconnu de son dernier opus, « Magma », paru l’an dernier, Gojira se produisait dans la capitale belge. L’Ancienne Belgique affichait sold out depuis quelques semaines ; autant dire que les artistes issus du Sud-Ouest de la France étaient attendus de pied ferme. Immersion. 

En arrivant un quart d’heure après l’ouverture des portes, un constat s’impose : la majorité des spectateurs qui ne sont pas occupés à griller une cigarette face à l’AB ou à se désaltérer au bar, sont déjà réunis dans la fosse afin de tendre une oreille curieuse à Car Bomb, qui ouvrira le bal. Un bref coup d’œil au merchandising permet de croiser les classiques t-shirts et autres goodies à l’effigie de Gojira. Délestés d’un modeste billet vert de cent euros, vous enlèverez un de ces drumheads customisés pour l’occasion par le batteur, Mario Duplantier. Mais tel le chant des sirènes, le vrombissement de la batterie vous aspire rapidement à l’intérieur.

Les musiciens de Car Bomb sont alignés à l’avant du podium. L’arrière est déjà envahi par le matos des deux autres combos qui leur succèderont. Les trois bands programmés sont passés au Metal 2.0, préférant la projection de leur logo à la place du mythique backflag imprimé sur tissu. Ainsi, les lettres géométriques et blanches de Car Bomb tapissent le fond de la scène. Cheveux crépus et ramassés sur le haut du crâne, Elliot Hoffman martèle ses fûts tel que l’exige le mathcore : dissonant, précis, chirurgical et mécanique. L’incarnation de la géométrie par l’image et par le son. Six projecteurs, disposés de part et d’autres de l’estrade et installés sur des structures métalliques, balaient leurs rayons blancs en direction de la fosse. Et ils sont aveuglants. Michael Dafferner, tapi dans l’obscurité et casquette vissée sur le crâne, s’époumone inlassablement, inondant l’espace de sa voix gutturale et puissante. Pour une première partie, la formation new-yorkaise bénéficie d’un set confortable de huit morceaux ; de quoi laisser l’auditoire découvrir son style totalement déstructuré et, sur la longueur, un tantinet répétitif. Les aficionados qui ont fait le déplacement semblent néanmoins apprécier.

Autre genre, autre groupe. Originaire de Pennsylvanie, Code Orange grimpe sur les planches. Imaginez donc l’ambiance futuriste : le robot a pris le pas sur l’homme, la race humaine est proche de l’extinction, H-2 avant l’apocalypse. Code orange avant que tout ne soit soufflé. L’air est aussi lourd et oppressant que les lignes de guitares, tel un étau de champs magnétiques qui, petit à petit, se referme et broie tout sur son passage. Un style musical indéfinissable, une forme hybride robotico-nihiliste de Hardcore-Punk. Si les compositions sont atypiques, les rôles respectifs de chaque musicien le sont tout autant. Derrière son kit de batterie, Jami Morgan frappe comme une brute tout en assurant la majeure partie du chant, typé Hardcore. A sa gauche, Eric Balderose assume une des deux grattes, tout en assénant des salves gutturales au micro et en enrichissant les compositions de nappes indus’ anxiogènes. Et que dire de Joe Goldman, espèce de colosse sous excitant qui n’a de cesse de martyriser sa basse tout en frappant les airs, piqué par une hargne survitaminée. Le tout, sous l’œil glacial de la gueule d’une panthère stylisée et métallique, projetée en arrière-plan. ‘On vous remercie d’être venus plus tôt, afin d’écouter notre groupe que vous ne connaissez sûrement pas…’, lâche Jami, en s’adressant à la foule. On ne peut pas lui donner tort, mais une chose est sûre : cette formation, absolument singulière, mérite d’être appréciée.

Le caractère sold out de la soirée révèle à présent son plein potentiel : de la fosse aux balcons, l’Ancienne Belgique est pleine comme un œuf. Un public majoritairement trentenaire et plus, typé Metal ou non, en couple, avec des amis ou de la famille ; bref, c’est un parterre particulièrement hétérogène qui accueille, ce soir, le combo français. Et pour cause : en vingt-et-un an d’existence, Gojira n’a cessé de faire exploser les frontières des genres, d’explorer de nouvelles sonorités, de mêler la composition musicale à la recherche spirituelle. La scène est sobre : seule la batterie de Mario Duplantier est surélevée et surplombe la salle, telle un trône. Il est le premier à opérer son entrée, entraînant un flot d’acclamations. Christian Andreu et Jean-Michel Labadie le suivent, respectivement guitare et basse à la main. Le frontman et chanteur, Joe Duplantier, binôme fraternel, déboule le dernier sur l’estrade. La machine infernale se met en marche. Les fûts résonnent et « Only Pain », issu du dernier LP, « Magma », ouvre le set. Des spots ascendants verts et bleus confèrent au décor une ambiance obscure et énigmatique, renforcée à coups de projections en arrière-plan, typiquement ‘gojiriennnes’, où des traits de personnages deviennent tortueux, des silhouettes apparaissent et disparaissent. Les forces de la nature –que ce soit des figurations de la pluie, de la neige, des éclairs ou encore des éruptions terrestres– contribuent à créer cette atmosphère d’entre-deux, réalité fantasmée, une séance de chamanisme qui conduit à l’envoûtement. Un rêve éveillé.

La part belle sera évidemment faite au dernier opus, dont le lourd et épique « Stranded », le planant « The Cell » ou encore l’arabisant « Silvera ». Eruption de vivats dans l’auditoire quand, après avoir été plongée dans le noir, surgissent des entrailles de l’AB des murmures de baleines, suivies par la projection de l’animal en mouvement, nageant dans des eaux troubles et sombres. Les guitares sont fascinantes à souhait, laissant échapper des nappes mélodiques sur lesquelles le public se laisse docilement bercer, naviguant à vue au rythme des blasts et de la voix des magiciens Duplantier. ‘Après vingt ans, on peut dire que ça commence à bien rouler pour nous…’, reconnaît Joe. ‘Je me souviens la première fois qu’on est venu en Belgique, c’était en 2004, au Magasin 4. Un repère à punk un peu dégueulasse, on avait adoré. On était excité d’enfin quitter la France pour jouer dans les pays voisins, c’était notre première tournée internationale…’, ponctue-t-il avec retenue et un brin de fierté (NDR : en effet, à partir de la mi-mai et ce jusqu’à la mi-août, Gojira sillonnera les routes nord américaines en compagnie de Metallica, Volbeat et Avenged Sevenfold. Ils auraient pu rêver pire).

C’est sur l’inquiétant « Pray », très susceptible de rappeler un voyage initiatique au cœur de la terre, sur fond de volcan vomissant ses entrailles en effervescence, que la formation prend congé de son auditoire. De la fosse aux balcons, toutes et tous hurlent le nom du band. Telle une incantation frénétique, une sortie trop abrupte d’une séance d’hypnose. Le frontman reprend possession des lieux et entraîne son public dans un solo ensorcelant, chaud et taciturne. Une introduction parfaite à « Oroborus », issu du quatrième album studio « The Way of All Flesh ». ‘Je vous préviens la Belgique, ici c’est vraiment le dernier morceau’, décrète-t-il, en sueur. Il n’en fallait pas moins pour que les esprits s’embrasent de plus belle, les mouvements de foule propageant leurs ondes au sein d’une bonne partie de la salle. C’est par « Vacuity » que Gojira finira par prendre son dernier envol, sous une belle ovation. Les artistes saluent leur public, ce dernier continue à scander le nom du groupe, l’esprit envoûté. Une évasion spirituelle de près de deux heures, qui ne peut que laisser des traces dans les tréfonds de l’âme. De quoi déclencher une véritable addiction…

Setlist : “Only Pain”, “The Heaviest Matter of the Universe”, “Silvera”, “Stranded”, “Flying Whales”, “The Cell”, “Backbone (Remembrance outro)”, “Terra Inc.”, “L'Enfant Sauvage”, “The Shooting Star”, “Toxic Garbage Island”, “Pray”.

Encore : “Oroborus”, “Vacuity”

(Organisation : AB et Live Nation)

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