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Retour aux racines maliennes…

Écrit par Didier Deroissart - vendredi, 15 janvier 2016
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Inna Modja
AB Club
Bruxelles
16-01-2016

Inna Modja se produisait le vendredi 15 janvier à l'Alhambra de Mons et le lendemain à l’AB. Votre serviteur a assisté au set du samedi. En langage peul, Inna Modja signifie ‘Inna la Mauvaise’ ; c’est le surnom que lui a attribué sa mère. D’origine malienne, Inna est le sixième enfant d’une famille qui en compte sept. A l'âge de 6 ans, ses parents l’inscrivent dans une chorale. Son père l’incite à écouter la musique qu'il aime (Ray Charles, Ella Fitzgerald, Otis Redding et Sarah Vaughan). Si elle est naturellement influencée par la musique traditionnelle de son pays, elle s’intéresse ensuite également à celles de l’Occident. Aussi bien le punk, le trash, le rap, le hardcore, le heavy métal, que le blues, la soul ou le disco. Véritable éponge, elle les assimile toutes facilement. Rebelle, elle va frapper à la porte de son voisin, Salif Keita, qui l'envoie faire ses premières armes auprès du Railband de Bamako, des papys qui pratiquent le jazz et la bossa nova.

Inna est une militante féministe très active. Elle milite pour la lutte contre la violence faite aux femmes et tout particulièrement l’abolition de l’excision. Faut dire qu’elle-même a été excisée au cours de son enfance. Très jolie, Inna est également mannequin et actrice. A ses moments perdus… Elle vient de publier son troisième elpee, « Motel Bamako », qui la replonge au cœur de ses racines maliennes.

J’imaginais, comme la veille, retrouver la diaspora africaine. Les Africains ont bien débarqué en nombre ; mais pas de trace des toilettes chamarrées. Ce qui ne va pas les empêcher de mettre une ambiance de dieu le père.

La première partie est assurée par un duo répondant au patronyme de J-Yves. Chapeau mou sur la tête, Shana Mpunga se consacre aux percus africaines (djembé et congas) et Jean-Sébastien Nemayechi à la guitare. Ils se partagent les vocaux. Le second est originaire du Pays des Collines, au Burundi, mais vit à Waremme. Anecdote, il a joué dans un épisode de la série ‘Camping Paradis’.

La musique de J-Yves oscille entre soul, funk, pop et world africaine. Les percus sont le plus souvent tribales. Les vocaux sont partagés entre harmonies et cris sauvages. Et pourtant, tout au long de « Wonderful », la foule reprend le refrain en chœur. « Tick Tick Song » est certainement la compo la plus contagieuse ; et c’est dans ce registre que la voix soul Jean-Sébastien se révèle la plus sucrée. Un set plutôt bref mais consistant qui s’achève par « To Get Lost ». A suivre de très près. (Pour les photos c’est ici)

Setlist : « When You Set Me Free » / « Street Lights » / « The Mojo » / « Wonderful » / « Tick Tick Song » / « To Get Lost ».

Deux écrans ont été installés au-dessus des portes d'entrée de la salle. Y défilent des slogans qui proclament : ‘Motel Bamako’, ‘Welcome’ et ‘Inna Modja’. Et c’est le même topo pour la toile qui tapisse l’arrière-scène. Comme pour enfoncer le clou, en attendant le début du spectacle. Inna est soutenue par un bidouilleur (synthés, ordinateur, etc.) et un gratteur. Coiffé d’un superbe chapeau, il est vêtu d’un costume traditionnel. Sa guitare est singulière, puisqu’elle compte 3 cordes en nylon et 3 en métal. Inna récite un texte avant d'attaquer « Outlaw », le morceau electro-tribal qui ouvre le nouvel elpee, un titre qui s’étale sur plus de 6 minutes. Nonobstant la présence d’un sixcordiste, la plupart des sonorités émane des machines, dont Inna se sert également. Elle porte un ensemble de couleur noire –laissant apparaître son ventre et ses avant-bras à travers des treillis ajourés– sur lequel elle a endossé une chemise colorée. Inna se déhanche sensuellement et brasse l’air de ses mains lorsqu’elle ne triture pas son instrument.  

Elle interprète « Sambè » en bambara (langue officielle du Mali), en chantant ou en déclamant, sur des motifs sonores arabisants. Fascinant ! Des images défilent sur l’écran. Interprété en anglais, « Water » évoque le désarroi de la population malienne et issue des pays subsahariens confrontée à la difficulté de trouver de l'eau. Un blues du désert qu’entretiennent les tonalités de la guitare. Une halte s’impose à « Tombouctou », 'la ville aux 333 saints', également baptisée 'la perle du désert '. Balodji –dont le pays natal souffre également de la guerre–coécrit « My People ». Inna pleure ces conflits qui entraînent malheurs, famines et pousse les autochtones à s’expatrier. Le guitariste a alors troqué son instrument contre un tamani, un petit tambourin dont se servent les griots, qu'il frappe avec conviction.

« French Cancan (Monsieur Sainte Nitouche) » invite l’auditoire à investir le dancefloor. La foule reprend le refrain en chœur de ce tube qui a permis à cette artiste de se faire connaître. « Caroline » est une cover bien personnelle et surprenante de Mc Solar. Un bien bel exercice de style ! Le rappeur hexagonal Oxmo Puccino (NDR : également originaire du Mali) signe « Speeches ». Un titre engagé politiquement. Tout comme « Boat People », qui raconte l'histoire des migrants qui cherchent une meilleure existence, en fuyant la guerre, pour atteindre l’eldorado européen. « Going Home » clôt le set, une chanson qui parle de son retour au pays pour rendre visite à sa famille.

Elle revient cependant rapidement sur les planches, et accorde un très émouvant « Diaraby », dans un autre blues des sables chauds. Après la cover du « Buffalo Stance » de Neneh Cherry, le concert s’achève par la ballade « Kana Ta (Don't Go) », au cours de laquelle Inna Modja va s’autoriser un bain de foule. Et après avoir remonté sur l’estrade, elle nous dit simplement : 'A bientôt ! '. (Pour les photos, c’est )

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

 

 

 

 





 
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