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Un come-back pas tout à fait… innocent…

Écrit par Stéphane Reignier - jeudi, 15 décembre 2016
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Les Innocents
Saint-Ursmer
Binche
15-12-2016

La notoriété de la ville de Binche n’est plus à étayer ! Elle dépasse allègrement la sphère belge !
On y célèbre, en effet, chaque année un carnaval qui attire de plus en plus de visiteurs issus des quatre coins de la planète ; et surtout depuis qu’il a été reconnu, en 2003, par l'UNESCO, comme chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité.
Votre serviteur s’y rend ce jeudi 15 décembre. Pas pour y récolter ni ramasser des oranges dans la tronche ou fêter les soumonces ! Non ! Juste assister au concert des Innocents.
Direction donc, la salle Saint-Ursmer. Pas facile à trouver, l’endroit semble un peu miteux ! Mais il est situé à une encablure de la Grand-Place.
Période de Noël oblige, une kyrielle de chalands s’y est installée. Les badauds s’y promènent entre les nombreux stands. On rit, on s’amuse et on ingurgite ici et là des boissons chaudes. Etonnant, quand on sait qu’il y règne une température quasi-printanière. Le climat belge est décidément bien capricieux !

Mais venons-en aux Innocents. En 2000, peu après la sortie du quatrième opus, Sieur Urbain décide de voler de ses propres ailes. La formation implose et l’aventure se termine aussi abruptement qu’elle a commencée…
Il faudra attendre une quinzaine d’années pour que les chevilles ouvrières se croisent à nouveau au détour de l’enregistrement d’une compilation confectionnée sous la forme d’un ‘best of’ et se réunissent sous un line up minimaliste. Il devient alors duo !
Entre-temps, JP s’accorde une parenthèse et entame une carrière solo. La critique salue cette œuvre, mais la défection d’une partie du public lui laissera un goût amer…
Le come-back du tandem n’était donc pas tout à fait innocent…

Le supporting act est assuré par Beautifull Badness. Il s’agit d’un jeune groupe belge. Des trentenaires. Gabriel Sesboué en est la tête pensante.

Si habituellement le band se produit sous la forme d’un quintet ; ce soir, il est également réduit à une paire. Et se résume à un gars et une fille ! Pas étonnant, l’estrade est minuscule et pratiquement impossible d’y mettre plus de monde ou d’instruments.

Le mâle, plutôt beau gosse, arbore sous son veston, un marcel digne d’un ancien belge. Les poils hirsutes grisonnants dépassent allègrement du haut de son torse. Il prend place derrière un clavier. Il assure aussi les vocalises.

La gonzesse, ravissant minois, est vêtue d’une robe noire aussi jolie que sexy et chaussée de souliers brillants de couleur rouge. Elle se charge des cordes électriques et du violon. Accessoirement, elle participe aux chœurs.

D’emblée, les premières notes feutrées subjuguent la salle ! Il plane une atmosphère propice à la douceur. Le jeu de lumières tamisées y est sans doute pour quelque chose.

Les frissons suivent une courbe de Gauss au fur et à mesure de l’avancement du set.

Les yeux deviennent vite embués, les larmes ne tardent pas à couler. Ce spleen envoûtant tient pour beaucoup à la voix éthérée de l’ange Gabriel.

La musicalité est onirique, ouatée et transcendante. Une gamme de notes simples, mais pas simplistes qui s’écoutent paupières fermées. Manque plus que le sofa moelleux, verre de whisky dans une main et joint roulé dans l’autre.

Les compositions sont aussi percutantes que profondes. Les lignes guitares, ‘floydiennes’.

Question émotion, on n’a pas fait mieux depuis "Hallelujah", version Jeff Buckley. La meilleure ! De nombreux couples se rapprochent amoureusement. Des baisers s’échangent ! La musique adoucit les mœurs, paraît-il !

"A Sunny Morning" clôt cette trop courte prestation. Et elle est magistrale. Cocasse, cette version est née d’un précédent concert joué il y a quelque temps dans la tour bétonnée du plan incliné de Ronquières. La caisse de résonance a dicté cette nouvelle lecture en quelque sorte…

Place ensuite au plat consistant ! Les quelques pelés encore attablés au bar, ont rejoint le cœur de la salle chope à la main.

Le parterre est maintenant bien rempli. Un voile brumeux assombrit les sunlights.

On peine à se mouvoir. Les coups de coude sont légion. Mais paradoxalement, l’ambiance est on ne peut plus détendue.

La faune est diverse et variée. La pyramide des âges est bien représentée. On y croise aussi bien une bobonne, cheveux gris et adepte de Parkinson que de jeunes enfants d’à peine sept ou huit ans. Sans oublier les fans insulaires quinquas dégarnis ou les curieux venus pour entendre des tubes. Et puis les autres…

Les groupies piaffent d’impatience. Faut dire que Les Innocents (aujourd’hui recentré sur Jean-Christophe Urbain et Jipé Nataf) a connu les glorieuses entre 1989 et 1999. Un succès couronné de singles platinés, passages radios, tournées à guichets fermés et récompenses aux Victoires de la musique. Les ‘Innos’ ont marqué cette décennie par des standards pop comme « L'autre Finistère », « Fous à lier » ou encore « Colore ».

Il est 21h15. JC est le premier à fouler les planches. Vêtu sobrement, sourire aux lèvres, il salue le parterre, sèche en bandoulière. Nataf, cernes marqués par des nuits blanches supposées et barbe noire mal entretenue, lui emboîte le pas. Il alternera six cordes acoustiques ou électrifiées.

Les titres s’enchaînent à une cadence folle. Finement arrangé et verbe singulier, le scénario musical laisse pas mal de place à l’improvisation.

Sans frime ni préméditation, les gars s’amusent comme des gamins ! Des regards complices s’entrecroisent. Si ces deux-là n’étaient pas de vrais amis dans le passé, la connivence qui les lie aujourd’hui fait plaisir à voir !

La palette du duo est influencée par la pop anglo-saxonne. Mais, le fer de lance de leurs compos reste le français qu’ils utilisent et manient avec dextérité pour ciseler des textes qui dépeignent un univers métaphorique, empreint de vérité et de véracité au potentiel de classiques.

La set list de ce soir explore un passé pas si lointain ! L’angulaire contemporaine dépoussière les poncifs du genre et apporte un raz-de-marée de fraîcheur ! Tout est millimétré et exercé avec beaucoup de souplesse. Un travail d’orfèvre ! Les pédales d’effets sont utilisées à bon escient. L’exercice est suffisamment intéressant pour permettre la découverte ou la redécouverte de morceaux anthologiques qui ont fait les beaux jours du band.

L’enveloppe sonore est en tout cas profondément nostalgique. Elle demeure fortement imprégnée par la patte solitaire du leader !

JP est de très bonne humeur ! Le show est ponctué d’anecdotes ! Il aime rappeler par exemple qu’il a accompli de nombreux voyages entre les loges et le marché tout proche. Il avoue à demi-mot qu’il apprécie nos bons produits du terroir ! Ou encore que le Belge est réputé pour être bon client vis-à-vis des formations issues d’outre-Quiévrain !

La seconde partie du show est transcendée par une hyperactivité soudaine ! A la stupéfaction de tous, JP s’accorde même un pas de danse de Sioux pour le moins contorsionniste ! Un condensé de Twist et de Polka ! Delirium ?

Sympa, mais risqué pour le service trois pièces ; fallait voir l’étroitesse du falzar ! La gente masculine compatira…

A faire le mariole, il se prend une gamelle monumentale, lorsque, debout sur les retours sons, il perd l’équilibre et se termine guibolles en l’air !

Histoire de briser la fine couche de glace qui persiste, les blagues ponctuent ci et là le show. Qu’elles soient rigolotes ou ringardes (façon Carambar), le gars est complètement décomplexé et se fiche totalement de ce que les gens pensent !

Il a bien raison ! Après tout, on est là pour se vider la tête et passer un moment agréable !

Bref, une heure vingt d’un scénario déjanté, tout en couleur et rythmé sur fond de feedback incessant !

Il est temps de se dire au revoir ! Les cris hystériques s’élèvent ! Le rappel est annoncé ! « Jodie » et « Un homme extraordinaire » s’uniront pour le meilleur et pour le pire, coupables d’un amour sans foi ni loi !





 

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