Garciaphone, mangeur de rêve…

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A bout pourtant !

Écrit par Pierre Vangilbergen - dimanche, 25 septembre 2016
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Napalm Death
Magasin 4
Bruxelles
25-09-2016

C’est au Magasin 4 que les amateurs de musique sauvage et impitoyable s’étaient rendez-vous, ce dimanche 25 septembre. Et pour cause, les fondateurs du Grindcore s’y produisaient, motivés à démontrer, une fois de plus, qu’ils n’avaient rien perdu de leur réputation de brûleurs de planches. Napalm Death ou une leçon de violence donnée par les maîtres du genre. Sensibles des oreilles, s’abstenir.

L’automne en est à ses premières timides offensives : la température accuse une poignée de degrés en moins et quelques flaques de pluie parsèment les trottoirs, non loin du canal de Bruxelles. Plus on s’approche du théâtre des opérations, plus on croise de métalleux. Pour la plupart, ils arborent des t-shirts à l’effigie de groupes dont les sonorités sont assimilées, par un public non averti, à un dérivé du bruit. En effet, en accueillant Napalm Death en ses lieux pour le moins alternatifs (et quel bonheur que de tels endroits puissent encore exister !), le Magasin 4 plonge la capitale sous les auspices virulents et bruts de décoffrage du Grindcore, cette branche incisive et féroce du Metal incarnant à elle seule un mix dévastateur immergé dans ce qu’il y a de plus violent au sein du Punk et du Hardcore. Alors que bon nombre d’individus siphonnent des bières et grillent des clopes, adossés au bâtiment, les plus intéressé(es) s’infiltrent néanmoins dans les brumes nicotinées de la salle de concert afin de jouir des premières déflagrations de la soirée. Mais avant tout, passage obligatoire par le stand merchandising, peut-être pour s’offrir un t-shirt emblématique du band vedette, mais surtout se procurer une sérigraphie de l’affiche de la soirée, une fois de plus réalisé de main de maître par Fabrice Lavollay (voir ici).

Il revient à Silence Means Death d’appuyer le premier sur la gâchette. Ce trio belge crache un crust-n-roll efficace qui n’est pas sans rappeler les premières heures de Motörhead. Rik, le chanteur, ne manque d’ailleurs pas d’ajuster son micro en hauteur, à la manière du toujours aussi regretté Lemmy Killmister. Une bonne dose d’une vingtaine de minutes de speed rock, crasseux comme il le faut, établissant les bases de ce que sera cette soirée : du vif, du rapide et sans la moindre fioriture.

Ce n’est pas de l’huile, mais bien un jerrycan d’essence qui est balancé dans le feu, dès l’arrivée du sextuor gantois, élégamment baptisé Matrak Attakk. Il faut connaître un peu l’espace scénique du Magasin 4 pour se rendre compte que concentrer six musiciens sur un espace aussi réduit relève de la prouesse ; du moins si ces derniers tiennent à ne pas se marcher dessus. Mais peu importe, l’exiguïté ne semble pas les déranger et le duo de vocalistes s’époumonent comme de beaux diables : Moshrat, torse nu, vocifère dans un registre de growls tandis que Crustina, tempes rasées, robe noire et soutien-gorge léopard, éructe sa hargne dans des tonalités particulièrement aiguës. La fosse commence sérieusement à s’énerver. On se bouscule. Quelques bières volent. Une proche du groupe passera même tout le set… topless. Ambiance ! Fidèle au Grindcore, les morceaux sont aussi ultra-violents qu’ultra-courts… tant et si bien que la formation ne consommera que vingt des quarante minutes prévues. Le set vient à peine de se terminer que le batteur escalade ses fûts par l’avant, atterrit sur le podium et se jette dans la fosse. Mais l’auditoire semble un peu pris de court ; si bien que le drummer n’est accueilli que par un sol maculé de bière. Un léger goût de trop peu et d’amertume...

Les musiciens de Napalm Death ont beau compter trente-cinq années d’expérience, ils réalisent eux-mêmes les derniers réglages de leurs instruments. Oubliez les entrées triomphantes et glorieuses, et même un quelconque backdrop, on est dans l’‘old school’ et on se la joue relax. Alors que beaucoup de combos se seraient contentés de respecter l’horaire imparti, les pères du Grindcore ne souhaitent pas faire attendre inutilement leur public et investissent l’estrade. L’impressionnant Shane Embury, t-shirt Kylesa et short Sick of It All de rigueur, agrippe sa basse et se plante derrière son pied de micro. Danny Herrera, quant à lui, plonge ses mains sur les côtés de la batterie, en ressort une paire de baguettes et commence à échauffer ses poignets. Derrière ses dreadlocks, le guitariste John Cooke, qui remplace Mitch Harris depuis 2015, opère les derniers réglages sur ses pédales d’effets. L’intro gutturale et mystique de « Apex Predator – Easy Meat », titre maître du dernier elpee, retentit à travers la salle. Shane Embury fait à son tour claquer ses cordes de basse et Barney Greenway, frontman charismatique du band, vêtu d’un t-shirt défendant la cause animale, débarque sur les planches, micro en main. « Instinct of Survival » embraie et la déclaration de guerre est prononcée. Les Anglais brouillent à nouveau les pistes en entamant leur set par ce morceau… issu de leur premier LP, qui remonte à 1987 ! Barney incarne directement son personnage, balançant frénétiquement les bras de droite à gauche, coudes fléchis et tournant en rond au milieu de la scène. Ses jambes s’envolent également de temps à autre, frappant des obstacles uniquement présents dans sa transe grindienne. Il se prend la tête en mains, agrippant fermement ses cheveux, comme transpercé de part en part par les rafales de blasts millimétrés, tirés par Danny Herrera. Barney hurle dans son micro comme un possédé, le corps tordu afin d’en extirper le plus de puissance possible. Son âme et sa voix ne font plus qu’un, expulsant sans aucune retenue toute sa hargne intérieure.

La salle est pleine et la température ne cesse d’augmenter. Les guerriers de la fosse se jettent virilement les uns sur les autres, les torses nus partageant généreusement leur transpiration en bousculant tout corps sur leur passage. Napalm Death enchaîne les morceaux les uns après les autres, allant piocher dans pas moins de dix albums de sa discographie. Un voyage dans les terres calcinées de la violence brute de décoffrage, où chacun des 23 morceaux interprétés ce soir était comparables à des décharges de chevrotine tirées à bout pourtant. « Scum », « Life ? », « You Suffer » (qui ne dure que… 5 secondes !) –issus de leur premier long playing « Scum »– ou encore « Suffer the Children », « On the Brink of Extinction » ainsi que « Greed Killing », alimentent la setlist. Alors que la chaleur ambiante tend déjà à pousser la foule dans un état second, « How the Years Condemn », issu du dernier opus, sans oublier la reprise des Dead Kennedys, « Nazi Punks Fuck Off », viennent brûler vives les dernières traces d’énergie qui subsistaient dans les corps. Plus le show progresse, plus l’ivresse des spectateurs devient intense et nombreux sont ceux qui prennent le risque de monter sur le podium pour directement se relancer dans le flot des metalheads, en espérant qu’une bonne âme vienne amortir leur chute.

Cette hystérie contribue à la canicule suffocante ambiante, ressentie jusque sur scène. ‘Excusez-nous les gars, mais on doit vraiment faire un break de quelques minutes et nous rafraîchir un peu’, explique Barney d’un accent ‘so british’, entre deux rafales. Le frontman n’a d’ailleurs pas manqué de s’adresser à la foule à de nombreuses reprises, rappelant des valeurs humanistes d’égalité, de justice sociale et de lutte contre les inégalités qui lui sont chères. Désormais rafraîchi (mais tout est relatif), le band aligne ses derniers morceaux, achevant les plus vaillants après une heure d’ébullition sans cesse sous tension. C’est sur « Smear Campaign » que Napalm Death lâche finalement son emprise sur son public, John Cooke manipulant les effets de sa pédale de distorsion afin de faire hurler sa gratte à l’agonie, se retournant ensuite vers les amplis à l’arrière, avant d’être rejoint par les autres musicos. Ils clôturent ensemble, côte à côte, ce périple au pays des marges. Si les Britanniques terminent leur spectacle trempés jusqu’aux os, ils nous ont carrément lessivés. Après plus de trois décennies passées à faire déferler sur les planches une énergie sans limite, les gars de Meriden ont démontré ce soir qu’ils étaient loin d’être essoufflés. Pire : du souffle, ils semblent en avoir encore une bonne dose en réserve.

(Organisation : Magasin 4)





 
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