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Les magiciens d’O’

Écrit par Pierre Vangilbergen - jeudi, 17 novembre 2016
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Opeth
Ancienne Belgique
Bruxelles
17-11-2016

Alors que la sphère œnologique est actuellement en ébullition, suite à la sortie du Beaujolais nouveau, celle du métal est agitée par la sortie du dernier opus d’Opeth. Rien ne sert de tourner autour du chaudron : « Sorceress », douzième LP de la formation suédoise, est tout simplement magique. L’occasion pour la bande à Mikael Åkerfeldt, leader incontesté du band, de venir présenter ses dernières compositions sur le Vieux Continent. Arrêt à l’Ancienne Belgique, considérée par le groupe (et par tant d’autres artistes), comme une des meilleures salles d’Europe.

S’il doit bien y avoir un défi difficile à relever, c’est de se produire en première partie d’Opeth, tant il est de notoriété publique que les artistes ont l’habitude de placer la barre très haute. Ce défi herculéen, ce sont les Norvégiens de Sahg qui s’y sont collés, en proposant un subtil mélange de Doom et de Stoner. Lente et lourde, l’expression sonore est dominée par une voix claire, telle une fenêtre qui s’ouvre à travers un épais nuage de suie. Un set d’une demi-heure ; huit morceaux qui cherchent à convaincre un auditoire, qui s’est épaissi au fil du concert. Malgré une entrée en matière un peu abrupte, force est de constater que le quatuor est parvenu à insuffler une ambiance suave et envoûtante, tout en emportant le public avec eux. Les applaudissements deviennent de plus en plus nourris. Les traditionnelles cornes ‘métaliennes’ surplombent les têtes. Le public semble charmé. Des morceaux, certes parfois inégaux (mais un « Sanctinomy » particulièrement redoutable et ravageur !), qui ont eu le mérite de préparer dignement le terrain pour les tant attendus Suédois. Pari relevé !

Les roadies s’activent maintenant pour préparer l’espace scénique réservé à Opeth, bien que le band soit volontairement loin de s’encombrer d’artifices en guise de décor, préférant tout au plus jouer avec des effets de lumière. C’est dans cet esprit que sont disposées, de part et d’autre du podium, deux petites colonnes de différents projecteurs. Le fond de la scène n’est pas orné du classique backflag, mais bien de rangées de carrés mobiles, sur lesquels y sont projetés fréquemment des images de la pochette (ou une illustration qu’y s’y rapporte) de l’album interprété par les artistes. La batterie est totalement décentrée vers la droite, la grosse caisse est agrémentée d’un magnifique ‘O’ tout en volutes, symbole de la formation. L’autre partie arrière de la scène est occupée par les synthétiseurs et autres objets de percussion. En avant-plan, deux sobres pieds de micro, armés d’une dizaine de plectres sont prêts à donner de leur plastique pour envoûter les lieux. Bière ou verre de vin à la main, la foule –constituée majoritairement de trentenaires et quadras– qui s’est agglutinée dans la fosse et aux balcons,   sont maintenant prêts à savourer les douces mélodies élaborées par les Scandinaves.

Les lieux baignés d’une lumière rouge pourpre, le silence s’installe. Joakim Svalberg entame au piano les premières notes jazzy de « Sorceress », titre maître du dernier long playing, soutenu par la batterie de Martin Axenrot et la basse fragile de Martin Mendez. Une mise en haleine de plus ou moins une minute, avant que n’apparaissent finalement le patron et son bras droit, Mikael Åkerfeldt et Fredrik Åkesson. Il n’est plus un secret pour personne qu’Opeth est tout simplement l’enfant prodige de Mikael. L’homme aux allures de D’Artagnan (ou de ‘Milou’, selon un fan dans la fosse, qui n’a cessé –et c’est une énigme– de le nommer comme tel) est derrière toutes les manettes : de la composition à la production en passant par le mixage. Une tyrannie soft dont tout un chacun accepte de prendre part et d’y trouver la place qu’il mérite. Cette hiérarchie en découle naturellement sur la présence scénique, où Mikael est projeté en avant-plan, monopolisant la parole pendant les morceaux (à l’exception de certains chœurs entonnés par Åkesson et Svalberg) mais également lors de ces temps morts entre les compositions, au cours desquels le vocaliste s’est taillé la réputation d’un dandy pince-sans-rire. ‘On est tout simplement là pour que vous preniez du bon temps et pour que, quand vous sortiez d’ici, vous vous sentiez bien…’, lance-t-il, avant de poursuivre, sourire aux lèvres et sûr de lui : ‘Mais bon, qui peut douter que ça ne se passe pas comme ça ?’ N’essayez pas de décrocher un mot ou de déceler une quelconque émotion sur le visage de la part des autres musiciens, ces derniers resteront obstinément confinés dans leurs bulles musicales hermétiques. 

Deux heures de show, réparties en onze morceaux, où les Suédois vont faire passer les spectateurs par une foule de sentiments les plus variés : de la hargne à la tristesse, de l’exultation à la mélancolie, du rire à la naissance de larmes. Ces mecs sont des magiciens dont jaillissent de leurs instruments des nappes qui traversent le corps, le cœur, l’âme et l’esprit. Il suffit par exemple de se concentrer sur les réactions du public après l’interprétation de l’envoûtant et tendre « In My Time of Need » pour se rendre compte qu’ils ne suscitent pas qu’une réaction physiologique et pavlovienne de leurs spectateurs, mais bien la catharsis du panel d’émotions provoquées pendant les longues minutes de ce morceau. Certains s’embrassent, d’autres se surprennent à s’enlacer, le tout dans un silence et un respect quasiment religieux. À certains moments, on n’est sûrement pas très loin de l’expérience spirituelle. ‘Ce titre-ci est le morceau Heavy de la set list’, mime Åkerfeldt en roulant des épaules. Il est vrai qu’Opeth a, depuis ses vingt-six ans d’existence, pris quelques tournants abrupts, déstabilisant plus d’une fois ses fans. C’est ainsi que le vocaliste a notamment décidé, depuis 2011, d’abandonner ses growls et de laisser champ libre au vaste panel que peut emprunter sa voix claire. Une décision qui a valu des reproches au band, délaissant son étiquette ‘Death Metal’ pour embrasser une voie dite ‘prog’, aux origines aussi diverses que variées. Il n’empêche que le quintet continue toujours de puiser dans son ancien répertoire, des compos au cours desquelles la voix gutturale de Mikael fait trembler les murs, à l’instar du très sombre et violent « Heir Apparent », de « Demons of the Fall » ou encore de « The Drapery Falls ». Alors que classiquement, le réflexe aurait été de proposer une majorité de compositions issues du dernier elpee, Opeth s’est limité à deux plages, complétant le reste de la set list de pistes issues de ses différentes périodes, ravissant le fan d’hier comme celui d’aujourd’hui. ‘C’est quand même impressionnant que, malgré tous les changements apportés à notre musique, de voir que vous êtes toujours aussi nombreux à nous supporter. Merci à vous !’, s’exclame Åkerfeldt.

Cerise sur le gâteau émotionnel : c’est à l’issue de « Deliverance » (NDR : près de 15’, quand même) qu’Opeth prend congé de son auditoire. Une dernière pirouette de choix, s’il en fallait encore une, afin de convaincre les derniers réticents dans la salle. En prenant un peu de recul, il en résulte –mais avec le sourire !– quelque chose de frustrant : on sait pertinemment bien qu’on va se prendre une claque quand on se rend à un concert du groupe, mais, à chaque fois, on en oublie l’intensité.

Set list : Sorceress, Ghost of Perdition, Demon of the Fall, The Wilde Flowers, Face of Melinda, In My Time of Need, Cusp of Eternity, The Drapery Falls, Heir Apparent, The Grand Conjuration

Rappel : Deliverance

(Organisation : Live Nation + AB)





 

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