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Personne ne vient défier un Roi, au risque d’en perdre la tête…

Écrit par Pierre Vangilbergen - mardi, 13 juin 2017
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Slayer
Ancienne Belgique
Bruxelles
13-06-2017

‘Vous n’auriez pas une place à revendre ?’ Face à l’Ancienne Belgique, la question se répète inlassablement. Des négligents et des malchanceux cherchent à se procurer quelques chers sésames pour le show de ce soir. Et pour cause, la mythique salle de concert bruxelloise affiche sold out depuis quelques mois déjà. Il faut dire que programmer Slayer n’était guère risqué. Malgré trente-six années de présence sur scène, les pionniers du Thrash Metal attirent toujours autant les foules, celles d’hier et même d’aujourd’hui.

L’été approche à grandes enjambées. Les gosiers ont besoin d’être désaltérés. Le bar de l’AB est en coulée continue. De houblon ! Ça discute, ça parle, ça rigole. Quelques grosses voix beuglent : ‘Slaayyyeeerr’. Un cri de ralliement, nourri à la testostérone et à la virilité. Slayer, c’est pas pour les rigolos ! Une troupe s’affaire autour du stand de merchandising et agite des billets de dix et vingt euros pour ramener un précieux souvenir de guerre qui s’annonce. Bien que… quelle que soit la renommée du groupe ou l’importance de la bataille, débourser trente euros pour une casquette ou vingt euros pour un bracelet/éponge peut très vite faire mal à l’arrière-train. Business is business, messieurs, dames ! Mais direction l’arène, où le spectacle va bientôt commencer…

Il faut manifester une belle dose de confiance en soi –ou d’inconscience !– pour ouvrir la soirée des vétérans du Thrash. Un défi héroïque relevé par The Charm The Fury, un combo batave pratiquant un Groove Metal à la sauce Metalcore. La fosse est encore clairsemée, seul-e-s les plus curieuses et les plus curieux sont proches de l’estrade. Caroline Westendorp a enfilé un t-shirt noir moulant et transparent ainsi qu’un jeans troué de rigueur (un dress code du band apparemment). Elle se débat comme une belle diablesse et alterne habilement chant clair et hurlé. Le groove des morceaux ainsi que certains breaks provoquent quelques hochements de tête, d’abord timides puis progressivement assumés. Rolf Perdok attaque une reprise de Metallica à la gratte. Les autres musicos embraient. Ce qui agite quelque peu les esprits. Il n’empêche que face aux monstres qui s’apprêtent à leur succéder… le set, s’avère finalement, inoffensif. La vocaliste laisse même parfois l’impression de s’excuser d’être là, incitant plus d’une fois la fosse à crier en l’honneur de Slayer. Il aurait peut-être été plus judicieux de dénicher un supporting act davantage caustique, afin d’astiquer, comme il se doit, les metalheads avides de blasts et riffs endiablés.

Il reste à présent vingt minutes. Le temps nécessaire pour permettre au band orange de remballer son matos et l’équipe technique de Slayer, de dresser le théâtre des opérations. Du moins… les armes létales de chaque artiste ; le reste de l’espace scénique se limitant à un large backflag frappé en son centre d’une représentation christique et implorante de la cover de son dernier elpee, « Repentless ». Un Dieu terrorisé, au regard niché dans le plafond qui n’ose pas braver ses détracteurs sur scène. Les guitares sont accordées au poil. Surélevée, la batterie trône au milieu de la scène. J-2 minutes, un dernier coup de chiffon est appliqué un peu maladroitement sur le micro. Les haut-parleurs crachent quelques morceaux du répertoire d’AC/DC. De quoi tuer le temps. Les minutes s’égrènent. Les esprits s’échauffent. Quelques t-shirts commencent à tomber. Immersion dans l’obscurité. Des spots bleus blafards éclairent l’arrière-plan apocalyptique. La guitare ronde et délicieusement ironique de « Delusions of Saviour », morceau d’introduction du dernier LP, prélude l’arrivée des artistes sur le podium. Tapie dans l’obscurité, la silhouette imposante du vocaliste Tom Araya commence, petit à petit, à se dessiner. Épaisse chevelure sombre, barbe grise généreusement fournie. Il se plante devant son micro, visage empreint d’un sourire énigmatique. Son rictus figé entre la possession maligne et l’ironie légèrement présomptueuse. Il est sobrement fringué d’un t-shirt et d’un pantalon en cuir noirs. À sa gauche, Kerry King, armé de sa B.C. Rich conçue spécialement pour lui, détonne par davantage d’extravagance : crâne fraîchement rasé et tatoué à l’arrière, épaisse barbe réunie par plusieurs élastiques, singlet à l’effigie du band laissant apercevoir ses imposants tatouages, pantalon de cuir noir surmonté d’une grosse chaîne ramassée sur elle-même. Les deux survivors du line up originel. À la droite du Père Araya, Gary Holt, successeur du regretté Jeff Hanneman, visage mangé par d’importants favoris, cou de taureau dopé au headbanging forcené, t-shirt frappé d’un grand pentagramme, veste à patchs et jean noir. Le musicien ne manque d’ailleurs pas de rappeler –que ce soit par un des bracelets éponge qu’il porte ou par un des patchs cousus à l’arrière de sa veste– qu’il est également toujours le maître à bord d’Exodus, autre combo yankee de Thrash des premiers jours. Le batteur Paul Bostaph, quant à lui, est entièrement dissimulé derrière son kit de batterie. Seules quelques mèches de cheveux flottantes confirment qu’il existe, en arrière-plan, une trace de vie.

Le show démarre sur les chapeaux de roue par « Repentless ». Constatation immédiate : le son est particulièrement net et puissant. Pourtant, en festival, Slayer traîne la mauvaise réputation d’être plutôt brouillon. La soirée s’annonce vraiment très bonne. L’enchaînement des morceaux donne également le ton : les maîtres du Thrash ne sont pas venus pour se la couler douce, mais bien pour botter le cul de 3 000 personnes qui garnissent la salle. En plus de trente ans de carrière, ce n’est évidemment pas le choix des morceaux qui manquent. Bien que leur dernier opus soit en toute logique mis en exergue –à l’instar du dévastateur « Take Control », mais aussi du plus paisible, mais tellement malsain « When The Stillness Come »– le combo est allé repêcher des compositions plus anciennes, dont « The Antichrist » datant de 83 ou « Postmortem », de 86. La fosse est littéralement survoltée, et dès les premières notes, c’est le remue-ménage. Les grands classiques, tels que « Disciple », « Seasons in the Abyss » ou encore « South of Heaven » vont remettre une couche de déséquilibre. L’ambiance ne connaît pas de haut ni de bas : elle est en constante progression. Force est de constater que bon nombre de fans de la première heure ont fait le déplacement et eux aussi veulent en découdre. L’antre de l’Ancienne Belgique devient un défouloir collectif, où les gros bras se bousculent. Un vrai combat de coqs où les torses imbibés de sueur s’entrechoquent et s’envoient en l’air à coups de stage diving. L’adage selon lequel ‘je faisais ça quand j’étais jeune, mais plus maintenant’ ne tient pas la route. Slayer, catalyseur de violence depuis 1981, n’a rien perdu de son pouvoir.

Sur les planches la hargne est beaucoup plus canalisée et jaillit dans la précision et la qualité d’exécution. Telle une huître bodybuildée, Kerry King est renfermé sur lui-même, plié sur son instrument. Aucun contact avec le public, si ce n’est un rare échange visuel de temps à autre. Garry Holt, partage davantage avec la fosse, grimaçant au gré de ses riffs ciselés. Mais le plus impressionnant reste néanmoins Tom Araya, du haut de sa stature impassible, fermant les yeux pour concentrer son énergie à travers son instrument et hurlant tel un gorille possédé. Il existe quelque chose de malsain en lui ; et impossible de différencier dans son regard, l’humour de la saine folie. Lors d’un break, il prend un malin plaisir à, lentement, parcourir du regard les premiers rangs, avant de remonter sur les deux étages de balcons. Comme si le mâle alpha tenait à dominer, un par un, les metalheads qui le bravent. La batterie retentit trois coups. Les musiciens font face à la batterie. Seconde semonce de trois coups, accompagnée d’une giclée de larsens. Le public le sait, la tension monte de façon exponentielle : dans quelques minutes, tout va exploser. Troisième semonce, les musiciens tirent le suspense en longueur, jusqu’à ce que le riff diabolique de Raining Blood n’envahisse l’espace. Le drumming démarre. Le feu est mis aux poudres. L’onde de choc se répand de long en large. Ça cogne sec et dur. Mais ils n’en n’ont pas encore fini et tiennent l’audience par la carotide. Un « Chemical Warfare » vient se planter dans les côtes, avant de profiter d’une envolée céleste grâce à « Angel of Death ». Pas de rappel, le credo a été récité. Pas de doute : les Californiens connaissent leur statut. Ils savent qu’ils sont connus et reconnus, et ne s’en privent pas de s’en servir. Ce soir, sur scène, ils ont été les Rois. Et personne ne vient défier un Roi, au risque d’en perdre la tête.

À moins qu’on ne l’ait déjà toutes et tous perdue.

(Organisation : Live Nation – Nuclear Blast)

Setlist : “Repentless”, “The Antichrist”, “Disciple”, “Mandatory Suicide”, “Hallowed Point”, “War Ensemble”, “When the Stillness Comes”, “You Against You”, “Postmortem”, “Born of Fire”, “Dead Skin Mask”, “Hate Worldwide”, “Pride in Prejudice”, “Take Control”, “Seasons in the Abyss”, “Spirit in Black”, “South of Heaven”, “Raining Blood”, “Chemical Warfare”, “Angel of Death”





 

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