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Texas
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Dans la Cour du Roi Wilson

Écrit par Philippe Blackmarquis - dimanche, 13 mai 2012
Image
Steven Wilson
ABBox
Bruxelles
13-05-2012

Leader de Porcupine Tree, Steven Wilson a développé un projet solo afin de pouvoir donner libre cours à sa boulimie créatrice, mais aussi pour pouvoir toucher à des styles de musique qui ne s’inscrivent pas dans la lignée de son groupe progressif emblématique (jazz-rock, trip-hop, indus, drone, ...) En 2008, cette démarche a débouché sur un album très personnel et éclectique à souhait : "Insurgentes". Récemment, Wilson a poussé la logique plus loin. Il a réuni une équipe de virtuoses issus du milieu jazz-prog afin de concrétiser ce concept dans le cadre d'un nouvel opus, "Grace For Drowning", et d'une tournée complète sous son propre nom.

C'est donc avec grande curiosité que nous attendions ce concert, accordé dans la salle de l'Ancienne Belgique en configuration ‘AB Box’ (sans les gradins et sans les balcons). Beaucoup ont sans doute été surpris par l’accueil opéré sous la forme d’un fond musical de Bass Communion, encore un autre projet, ambient/drone celui-là, de ce diable de Wilson. Un voile presque transparent sépare le public de la scène et les images de Lasse Hoile projetées sur ce voile contribuent déjà à créer une atmosphère sombre et mystérieuse.

Lorsque les lumières s'éteignent, c'est le batteur, l'Allemand Marco Minnemann, qui entame seul les premières mesures de "No Twilight Within the Courts of the Sun". Il est vite rejoint par l'ex-bassiste de Kajagoogoo Nick Beggs, le guitariste Aziz Abrahim, le claviériste Adam Holzman et le flûtiste/saxophoniste/clarinettiste Theo Travis. D'emblée, les sonorités sont carrément jazz-prog et on se trouve plongés 40 ans en arrière, à l'époque des King Crimson, Yes et autre Van der Graaf Generator. Steven Wilson apparaît enfin au milieu de son nouveau super-groupe et grâce à son jeu de guitare et à sa voix trafiquée, le morceau acquiert une modernité évoquant Nine Inch Nails (époque « Fragile ») et Rush, avant de s'éteindre dans une sarabande d'harmonies que ne renieraient ni Happy The Man, ni le Genesis de la période Gabriel.

Notons qu'à ce moment, le voile entre la scène et le public est toujours présent (il le restera pendant 4 morceaux) mais on peut voir les musiciens au travers des projections. Une voix de vocodeur très grave introduit ensuite le morceau suivant: "Good evening, welcome to the concert. I am a collector", avant de céder le relais à "Index", une chanson du dernier elpee, consacrée à un collectionneur. Fidèle à son habitude, Steven Wilson évolue pieds nus sur l’estrade. Vêtu de façon très simple (t-shirt et pantalon) il porte une barbe de quelques jours. Par rapport aux concerts de Porcupine Tree, il joue beaucoup moins de ses instruments. Il se comporte plus comme un chef d'orchestre, soulignant les impulsions majeures et stimulant les musiciens. Sur "Deform to Form a Star", les nappes de mellotron évoquent à nouveau King Crimson et Genesis. Le band embraie par "Sectarian", un instrumental au cours duquel on se retrouve dans des rythmes syncopés à la Rush ("YYZ") ; et vers la fin du morceau, au moment le plus 'dramatique', le voile tombe soudain en une fois, provoquant une jolie clameur dans la foule.

Wilson impose ensuite une pause en abordant le très calme "Postcard" ; mais c'est un interlude de courte durée car la setlist a prévu ensuite "Remainder the Black Dog", un tour de force de neuf minutes au cours duquel tous les avatars du prog-rock sont revisités par la patte du maître. L'intro hypnotique au piano rappelle "Carousel" du groupe injustement inconnu Happy The Man et la suite est une claire évocation du "Voyage of The Acolyte" de Steve Hackett, lequel joue d'ailleurs sur l'enregistrement studio du morceau.

Aux premières notes de "Harmony Korine", le public manifeste son enthousiasme, et non sans raison. Il s'agit de la chanson la plus aboutie, la plus abordable aussi que Wilson ait composée depuis longtemps. Une intro à la guitare façon U2 et une mélodie digne d’"Exit Music For A Film" de Radiohead : il n'en faut pas plus pour déclencher cet engouement ! C'est clairement un des moments forts du concert.

Après "Abandoner" et ses accents trip-hop, et "Insurgentes", la douce plage titulaire du premier elpee, Wilson annonce ensuite une chanson inédite: "Luminol". Un nouveau tour de force musical qui nous emmène en voyage dans les univers de Yes, Utopia, UK et Rush ; mais le meilleur reste à venir. Wilson explique ensuite le thème de sa chanson suivante. En fait, elle reflète la fascination qui le ronge pour les tueurs en série. Il demande s'il existe des tueurs en série célèbres en Belgique. Lorsqu'un fan crie ‘Dutroux!’, Wilson confie ne jamais avoir entendu parler de lui : étonnant! Après avoir imposé le silence total (particulièrement à deux fans très bruyants), Wilson entame le chef d'œuvre "Raider II", dédié au tueur américain Dennis Lynn Rader (BTK pour "Bind Torture Kill"). Quelques notes très basses au piano, des bruits inquiétants diffusés en quadriphonie dans la salle, l'ambiance est terrifiante et on entend les mouches voler... Un grand moment ! Ensuite, le morceau se déploie pendant 20 minutes en une succession d'ambiances jazz, heavy metal, prog, drone, voire doom, pour finir en une explosion bruitiste ahurissante. Les musiciens quittent ensuite un à un la scène sous les acclamations d'un public réellement conquis.

Au cours du rappel, nous aurons droit à un excellent "Get All You Deserve". Le début est très calme, mais quand Wilson disparaît pour revenir affublé d'un inquiétant masque à gaz, on imagine une suite encore plus ‘dark’ que "Raider II". Et en effet, les guitares saturées ainsi qu’un Minnemann déchaîné sur ses fûts conduisent à un final apocalyptique.

Au moment de tirer les conclusions, force est de constater que Wilson a formé autour de lui un nouveau groupe très soudé et d'une virtuosité extrême. On est en droit de se poser des questions sur l'avenir de Porcupine Tree, d'autant que le prochain elpee de Wilson devrait être enregistré à nouveau en compagnie de la formation du projet ‘solo’.

Pour paraphraser King Crimson, un des groupes référence de Wilson (dont il vient de remasteriser les premiers albums), il vaut mieux être ‘In the Court of the Crimson King’ ou, dans ce cas-ci, ‘In The Court of the Wilson King’! (Merci à Bruno pour ce trait d'esprit)...

Organisation : AB

 





 
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