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Pas encore pręt ŕ signer son testament

Écrit par Pierre Vangilbergen - dimanche, 12 novembre 2017
Image
Testament
Trix
Anvers
12-11-2017

Les ami·e·s de la veste patchées se sont donné rendez-vous ce dimanche au Trix. Et pour cause, la salle anversoise a programmé trois pointures du Thrash : Testament, Annihilator et Death Angel. Des formations trahissant déjà plus de trois décennies au compteur. Et pas vraiment une bande de petits rigolos. Une affiche très riche, au line up certes discutable, mais qui va offrir à la foule en présence, un spectacle tout en puissance, truffé de riffs dévastateurs et doublé de blasts écrasants. Une leçon en la matière !

S’il fallait un bel exemple d’une journée d’automne en Belgique, ce 12 novembre en est la plus parfaite incarnation : des averses en rafales, un ciel aussi plombé que menaçant et quelques grêles offensives. Donc, une pénombre à perpète. Autant dès lors retourner la situation : quoi de mieux que d’affronter les forces de la nature afin de se préparer à cette soirée qui s’annonce d’ores et déjà épique ? Preuve en est, les metalheads sont nombreux dès le début des hostilités.

Y assister ou ici l’écrire demeure encore maintenant un paradoxe : Death Angel entame cette nuit. Sur les planches depuis 82 (NDR : en tenant compte, certes, du break de dix ans entre 91 et 2001), ces Californiens servent de fers de lance au Thrash de la Bay Area (au même titre qu’Exodus ou Metallica, pour ne citer que les plus notoires), depuis trente-cinq années. Et pourtant, c’est bien à eux que revient la tâche de tirer le premier coup de fusil. Et quel coup ! En toute simplicité, la bande à Oseguada débarque sur les planches et déverse un set intense et carré, sans breaks. Mais il sera court, bien trop court ! Trente-cinq minutes (alors qu’elle aurait pu en réserver quarante, soit un morceau de plus), c’est décidément trop peu pour l’aura dont bénéficie la formation. Quoi qu’il en soit, les six morceaux vont se focaliser principalement sur la partie la plus récente de sa carrière. « Father of Lies » et « The Moth », issus de son dernier elpee, ouvrent et clôturent le set. Mais les fans de la première heure ne seront pas pour autant négligés, bénéficiant des premiers riffs d’un « The Ultra Violence » (remontant à 87, cette plage atteint plus de dix minutes…) enchaîné au vitaminé « Thrown To The Wolves » (2004) avant de revenir, back in the years, à « Mistress of Pain ». La puissance vocale de Mark Oseguada est toujours aussi impressionnante. Son éternelle bouteille de Blue Bombay –à la main– est cependant aujourd’hui davantage entamée que lors de l’Alcatraz, en août dernier. Et on n’en oubliera pas pour autant ses musiciens, dont la bonne humeur est communicative. Bref, le band aurait pu, sans aucun problème, doubler la durée de sa prestation. (Voir les photos ici)

Autre set, autre pointure : l’espace est aménagé pour les Anglo-canadiens d’Annihilator. Deux structures entourent de part et d’autre la batterie, flanquées d’une représentation plutôt pileuse d’une gargouille démoniaque à trois yeux. Cette interprétation est issue de leur dernier opus, « For The Demented », paru il y a un peu moins de dix jours. Trois pieds de micro sont disposés sur l’estrade, dont un au milieu, réservé au chanteur/guitariste, mais également leader, Jeff Waters, reconnaissable à sa bonnette rouge (le pied de micro, pas Jeff hein !) et sa ribambelle de plectres accrochés (qu’il ne distribuera d’ailleurs pas). Le combo va bénéficier d’un temps de set un peu plus conséquent, soit dix minutes de plus, mais n’en tirera pas profit, se perdant même de temps à autre dans des breaks tirés en longueur, entre deux morceaux. Responsable de seize albums studio (!) à ce jour, il va étaler ses différentes couleurs musicales : un Thrash tantôt classique (« Phantasmagoria »), tantôt plus heavy (le ‘kingdiamondien’ « Alison Hell », au cours duquel le vocaliste n’assure pas les parties aiguës, invitant plutôt le public à le suppléer) ou qui lorgne carrément sur le Death (un « Twisted Lobotomy » sous stéroïdes). Des approches musicales variées, mais parfois déroutantes, privant dès lors le set de tout fil rouge. En outre, Jeff Waters éprouve désormais des difficultés pour assurer le chant en solo, depuis le départ de Dave Padden, en 2014. Malgré une présence scénique très charismatique (parfois un peu trop), il ne convainc pas encore entièrement, derrière le micro. Il n’empêche que les mélomanes, principalement massés aux premiers rangs, s’en sont donné à cœur joie et n’ont pas hésité à donner de la voix tout au long du show. Les nombreux t-shirts frappés à l’effigie du band confirment qu’une bonne partie de l’auditoire avait effectué le déplacement pour eux. Quant à la place réservée à Annihilator et Death Angel sur l’affiche, le débat reste ouvert. Certains affirmeront qu’Annihilator a publié un nombre de long playings bien plus important… Mais reste à savoir si la notoriété d’un combo dépend de son imposante discographie, surtout quand la qualité est sacrifiée sur l’autel de la production. Le débat ‘métallien’ se poursuit autour d’une mousse, avant de rejoindre la fosse pour applaudir les héros du jour. (Voir les photos )

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Testament va en imposer. Tout d’abord visuellement : le groupe occupe tout le podium. Un immense backdrop couvre l’arrière de la ‘stage’. Au milieu de cette toile figure la représentation d’un cobra beige à trois têtes, gueules grandes ouvertes et tous crochets dehors. À la base de cette effigie animale trône le set de batterie de Gene Houglan, tout en métal argenté. De part et d’autre est disposée une plate-forme, accessible par deux escaliers posés à gauche et à droite de la batterie, le tout recouvert de drapés enrichis de hiéroglyphes. Les extrémités de la plateforme sont flanquées de deux disques, au milieu desquels s’inscrit un pentagramme sur la pointe et doté d’un crâne animal, la langue pendante. La tonalité est donnée : la fosse risque de s’en prendre plein les dents.

Les projecteurs diffusent une lumière rouge. Des jets de fumée s’échappent à l’avant du podium. Et le batteur opère une entrée triomphale, baguettes croisées en guise de salut à son public. Il est rapidement suivi par le reste de la troupe. Soudain, la voix gutturale et grondante de Chuck Billy transperce les ténèbres et clame : ‘Are you ready Belgium?’ La machine s’emballe, les enfers ouvrent leurs portes pour laisser s’échapper le surpuissant « Brotherhood of the Snake », le titre éponyme du dernier LP. Et tout aussi survolté, « Rise Up » embraie. Un véritable mur de son s’abat sur le Trix. Chuck a enfilé un t-shirt parodiant, au nom de son groupe, la typographie du whisky ‘Jack Daniels’, recouvert d’une veste noire, sans manches, de type motard. Et il domine littéralement la foule. L’éclairage s’échappant du bas de la scène ne fait qu’amplifier son imposante stature de natif américain de la communauté pomo. À ses côtés, pied de micro relevé plus haut que la tête, à la manière de feu Lemmy Kilmister, le leader de Motörhead, l’impressionnant bassiste Steve DiGiorgio toise ironiquement la foule, derrière un sourire effacé et énigmatique.

La part belle du set va privilégier les titres du dernier long playing, dont « Stronghold », au cours duquel le vocaliste indiquera toute l’importance de cette compo, ne manquant pas de rappeler ses origines indiennes. ‘Il y a maintenant un petit temps que nous tournons avec les mêmes morceaux… On a décidé de vous faire une surprise, c’est la première fois que nous le jouons en Europe…’, confie Chuck, avant d’entamer l’éponyme « Low » (1994). Rompu aux grands espaces, Testament propose en salle un set différent. Comme tête d’affiche, il bénéficie du double de temps généralement imparti lors d’un festival ; l’occasion de gratifier la fosse de solos exécutés par chacun des musiciens. Mais autant celui d’Eric Peterson, guitariste rythmique, apparaît plutôt plat, autant ceux du bassiste Steve DiGiorgio, du batteur Gene Hoglan et du guitariste solo Alex Skolnick (ah quel bonheur, d’entendre ces influences puisées dans le jazz) vont se révéler de véritables prouesses artistiques. Des envolées destinées à faire exploser les barrières du Thrash. Ces trois ponctuations suspendues dans le temps ont offert, non seulement un moment de respiration appréciable, mais permis de toucher du bout des doigts, le temps de quelques minutes, l’étendue et le génie artistique de ces musiciens.

Les fans de la dernière heure seront généreusement arrosés de nouvelles compositions, mais les têtes grises ne seront pour autant pas oubliées grâce, entre autres, à un « Into the Pit », datant de 88, célébrant toute l’attitude gestuelle rituelle pour ce type de concert. Un hymne au Metal qui ne manque évidemment pas de mettre le feu à la fosse. Les métalleux se bousculent. Leurs épaules s’entrechoquent. Quelques courageuses et courageux passent en slam au-dessus des têtes. Petit bémol quand même, pour la forme : Chuck Billy ne connaît pas tous ses lyrics par cœur et doit recourir à un prompteur, habilement dissimulé dans le décor.

En une heure et demie de concert, les Américains ont assuré une prestation digne du rang qu’on leur confère. Alors que leurs apparitions estivales laissent souvent les festivalier·ère·s sur leur faim, les titans du Thrash ont ici eu le temps et l’opportunité de déployer tout leur savoir-faire. D’autant plus qu’à l’instar de bon nombre de groupes contemporains, Testament ne se repose pas sur son passé. Il ne survit pas accroché à ses golden years. Au contraire, Testament ne cesse de se bonifier, d’année en année, d’album en album. Une perpétuelle remise en question, une graduelle montée en puissance, une ascension permanente. Parvenir à prendre du galon, après trente-quatre années sur les routes ; seuls les plus grands peuvent y arriver. Pas encore prêt à signer son propre testament... (Voir les photos ici)

Setlist : Brotherhood of the Snake - Rise Up - The Pale King - Centuries of Suffering - Electric Crown - Into the Pit - Low - Stronghold - Throne of Thorns - Eyes of Wrath - First Strike Is Deadly - Urotsukidôji - Souls of Black - The New Order // Rappel : Practice What You Preach - Over the Wall

(Organisation: Biebob/Rocklive)

Merci à Nuclear Blast


 

 





 

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