Garciaphone, mangeur de rêve…

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‘Fuzzion’ sonique et propagation énergétique…

Écrit par Akim Serar - lundi, 25 mai 2015
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Thee Oh Sees
Reflektor
Liège
26-05-2015

Que faire pour se réinventer?
C'est sans doute la question lancinante qui doit hanter les nuits de John Dwyer, génie excentrique qui se cache derrière le patronyme de Thee Oh Sees.
Ou peut-être pas?
Car on l’imagine fort bien faire fi de tout avis extérieur et n'en faire qu'à sa tête.
Adoubé chevalier sonique par le public, autant que par ses pairs, le natif de Providence trace, depuis le milieu des années 90, un chemin ascensionnel qui tente de s'écarter de toute évidence, mais en maintenant le cap d'une certaine cohérence (certes propre à lui-même).
Saignant de son nom l'histoire du Rock, paraphant de sa patte un pacte secrètement tenu avec le diable.
Pas étonnant dès lors de le retrouver ce soir dans la cité ardente.
Date unique sur le sol belge oblige, une fort contingent de fans néerlandophones comme francophones avaient décidé de venir découvrir ou redécouvrir l'énergie brute de cet électron libre gravitant autour de la sphère Garage.
Plus que ravi de cette opportunité, je m'apprête à accomplir personnellement l'expérience, et pour la première fois, d'un live de Thee Oh Sees, que beaucoup m'annoncent à l'entame de cette nuit, comme un must absolu.
Déjà, l'électricité, palpable dans l'air, s'attache à mes atomes (crochus) et fouette ma curiosité.
Hosanna, Hosanna, et en route pour la joie!

Les premières grappes de spectateurs s'éparpillent à l'intérieur du Reflektor où un tapis de sol usé jonche le milieu du parterre.

Plongé dans l'obscurité, il va devenir en quelques instants le théâtre d'une projection nerveuse d'accords triturés et de martèlements sauvages sous amphétamines.

Une collision sonore orchestrée par Yonatan Gat et ses deux compères.

Certes, loin d'être évidente, voire même retors à certains moments, la musique du trio évolue constamment entre divers genres au sein d'un même morceau.

Chaque intervention instrumentale est annoncée par une lampe qui s'allume ou s'éteint, donnant le signal aux autres membres.

Cette interaction est le fil de l'improvisation qui donne lieu à une débauche d'énergie au plus près d'un public intrigué.

Dès lors, ce qui de prime abord ressemble un jet incontrôlé de testostérone s'avère en fait un subtil mélange abrasif savamment dirigé.

Entre free jazz et déambulations salsa schizophréniques, entre assauts bruitistes et mélopées acides, Yonatan Gat ne choisit pas.

Secouant frénétiquement un shaker explosif, il virevolte sur lui-même, esquisse un pas de danse, s'avance au milieu des sceptiques, s'amuse avec le public, se couche à même le sol pour se gargariser plus que pour chanter.

Le batteur, lui, incapable de tenir en place, semble condamné à rester en mouvement perpétuel.

S'exécutant sur ses fûts comme si sa vie en dépendait.

À l'image de la pochette de "Director" qui représente une route sinueuse posée de façon bancale au travers d'un paysage boisé, la musique des ces hurluberlus à la tignasse indomptable ne se laisse pas apprivoiser.

C'est elle qui tente de vous apprivoiser.

Au bout d'une petite demie heure, le set s'achève par des remerciements polis à l'adresse d'applaudissements hésitants, bien qu'enthousiastes.

Suivant ce souffle de folie, l'entrée en scène de John Dwyer sert d'intronisation à toutes sortes de spéculations.

Dans une nouvelle formule, bardée de deux batteries mais sans clavier attitré, quel sera le visage de la bête Thee Oh Sees, ce soir?

Avenant et souriant, cinglé d'un marcel marin rouge et blanc et moulé dans son short, l'ami Dwyer donne ses consignes, puis, une fois prêt, intime gentiment au préposé aux lumières que le show peut commencer.

Pied au plancher, évidemment.

Extrait de "Floating Coffin", "I Come From The Mountain" s'engouffre dans la brèche  et allume la première mèche.

Le signal ainsi donné, les pogos peuvent commencer.

Débauche incandescente d'une énergie brute, les premiers titres s'enfilent les uns après les autres sans temps mort, offrant à la foule ce qu'elle est venue chercher.

Dans cette excitation suintante, je m'étonne néanmoins de la maîtrise redondante d'un groupe qu'on m'annonçait tellement excitant mais qui s'avère certes ô combien efficace, mais pas non plus monstrueusement original.

Tel un monolithe (ou un diamant, au choix) taillé au fur et à mesure, le set gagne en intensité dès "Tidal Wave" et surtout l'irrésistible "Whitered Hand" (extrait du dernier opus).

À défaut de justifier la présence de deux drummers jouant en mode simultané, cette succession frénétique de riffs endiablés permet d'apprécier leur parfaite synchronisation.

Quand le leader annonce les quatre derniers morceaux, il semble que le temps s'est arrêté un moment pour reprendre son souffle ; ce dont manifestement le groupe n'a nullement besoin.

Enrayée par un problème technique mineur, la machine doit hélas mettre fin à son déballage de furie un titre prématurément.

Qu'à cela ne tienne, personne ne pensera à lui en tenir rigueur.

Si l'incroyable efficacité de Thee O Sees a été démontrée, je m'attendais à davantage de surprises.

Plus d'excentricité. Plus de folie. Plus d'improvisation.

Il reste néanmoins que ce moment passé en leur compagnie était très galvanisant.

(Organisation : Reflektor)

 

 

 





 
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