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Hallucinations collectives

Écrit par Laurent Deger - vendredi, 06 décembre 2013
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Wooden Shjips
Place Rogier
Bruxelles
06-12-2013

C'est une salle Rogier pleine à craquer et surchauffée qui attendait Cosmic Dead et surtout Wooden Shjips. Des conditions plutôt limites pour apprécier pleinement deux concerts qui ont pourtant fait l'unanimité. Collé contre le mur du fond dans une posture pour le moins inconfortable, votre serviteur a essayé de faire abstraction de cette atmosphère viciée et éprouvante et de se concentrer tant bien que mal sur les prestations des deux groupes. Première constatation, ce genre de rock psychédélique n'attire pas les jeunes générations. La salle est peuplée majoritairement de quadragénaires pas vraiment remuants. Il est vrai qu'il n'y a guère de place pour remuer.

Le son, lui, est plutôt convenable et heureusement car le tourbillon noise des Cosmic Dead aurait bien du mal à passer sur du matériel de fortune.

Les Ecossais démarrent leur set par une lente progression noise. On est directement noyé sous les effets psyché. Ceux qui pensent que la musique est aussi faite de silences peuvent s'en aller. Il n'y aura pas un instant de répit. Hypnotiques et grinçantes, les couches sonores s'empilent. Après cet amuse-gueule d'une dizaine de minutes, Cosmic Dead entame un deuxième et... dernier morceau qui va durer plus de 20 minutes. Trop court me direz-vous. Pas vraiment. Il n'aurait pas fallu que la performance se prolonge tant elle est violente, voire harassante. C'est d'ailleurs l'avis général à l'issue du concert : une grosse claque qui aurait sans doute lassé si elle s’était prolongée. Car au cours de la deuxième partie les citoyens de Glasgow vont durcir le ton. La batterie est plus présente, les sonorités du synthé plus agressives et les musiciens rentrent dans une transe spectaculaire balançant leurs têtes chevelues comme des damnés. Au milieu de ce magma sonore on se régale de rencontrer une partie plus space-rock tribale qui ressemble de loin à Ozric Tentacles (en bien plus noise quand même). On pense aussi aux moments les plus paroxystiques de Can même si le groupe joue plus sur l'énergie que sur la technicité. Les Cosmic Dead ne sont en effet pas des virtuoses. Il y a même deux, trois moments où l'un ou l'autre membre perd un peu le fil conducteur, mais sans conséquence, puisque tout est dans l'excès. Le concert se clôture par une suspension des guitares aux armatures métalliques des lumières, ultime hommage au Dieu noise.

Un concert des Cosmic Dead est une expérience. Si ces atmosphères étouffantes mais stimulantes vous chatouillent l'occiput, sachez qu'ils reviendront dans notre pays le 19 décembre à l'Escalier de Liège en compagnie des excellents Naam.

Après une pause clope face au vent glacial qui contraste assez violemment avec la fournaise de la salle, il est temps de retrouver nos hippies de l'espace.

La posture des Wooden Shjips contraste avec leurs prédécesseurs. Autant les Cosmic Dead se contorsionnent sur les planches, autant les Californiens économisent leurs mouvements. La différence d'âge peut-être, une philosophie plus ‘peace’ certainement. Car si Omar Ahsanuddin se déchaîne sur sa batterie, les trois autres font l'apologie du statisme. Seul Ripley Johnson se balance de temps en temps lorsqu'il se fend d'un solo. Dusty Jermier, sorte de dandy hippie, tient sa basse de manière raffinée, le manche levé comme un gitan alors que Nash Whalen semble planté au milieu du podium, le regard dans le vague. Economie de geste mais pas d'énergie. Le groupe propose une version musclée de son nouvel et excellent album "Back To Land". Les morceaux les plus rythmés comme "Other Stars", "In The Roses" ou "Ghouls" sont parfaitement taillés pour la scène. Nous sommes à bord d'une diligence lancée à toute vitesse sur les plaines de l'Ouest. Une cavalcade où se chevauchent guitares aériennes, batterie métronomique et orgue lunaire. De quoi regretter de ne pas avoir plus d'espace pour se dandiner. On apprécie aussi beaucoup la basse caoutchouteuse de "Ruins". Et le groupe n'oublie pas de se replonger dans le précédent et déjà culte elpee "West", épinglant notamment les formidables "Lazy Bones" et "Flight". Le tout est soutenu de visuels fatalement psychédéliques qui se baladent sur les murs ; et ces formes ondulatoires participent parfaitement à l'hypnose qui s'installe progressivement. Alternance d'envolées électriques et de passages plus méditatifs (peut-être un rien trop longs vu les conditions), ce set a réussi à nous emporter dans une sorte d'hallucination collective. Bien moins kraut que Moon Duo, l'autre projet de Ripley Johnson, moins mélodique aussi, les Wooden Shjips nous ont prouvé qu'ils incarnaient bien les tauliers du psychédélisme des années 2010. Et si l'interaction entre le public et le band était quasi nulle durant le concert, ce dernier semblant totalement absorbé par sa musique, comme sur une autre planète, il n'en a pas été de même après le concert. Souriants et décontractés, les chamans californiens resteront en effet de longues minutes à taper la causette en compagnie de leurs fans.

On espère qu'ils ne mettront pas trop de temps à revenir dans nos contrées et si possible, dans une salle un peu plus confortable.

Autumn Falls

(Organisation Toutpartout + Heartbreak Tunes)

 





 
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