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Ardentes 2015 : jeudi 9 juillet

Écrit par Akim Serar - mercredi, 08 juillet 2015
Image
Ardentes
Parc Astrid
Liège
09-07-2015

C’est par un cri de révolte que j’entame ce compte-rendu.
Un avis contestataire répercutant un sentiment d’injustice qui, sans en avoir été la victime, me pousse à agir, à ouvrir ma gueule, généralement poliment cousue par les points de suture d’un consensus mou.
Si sagesse et bon sens appellent parfois à modérer ses ardeurs et trouver l’une ou l’autre bonne raison à l’extorsion de fonds que sont devenus la plupart des festivals de nos jours (et ce n’est pas une généralité, nous y reviendrons peut-être une autre fois), il est des comportements inadmissibles de la part d’une organisation qu’on ne peut garder sous silence.
Ainsi, feignons l’indifférence face à l’explosion des prix et l’invraisemblable arnaque que constituent les bars sur les sites festivaliers.
Omettons de bonne grâce que le budget de quelques jours de festivités surpasse largement toute économie de bon sens, et puisque nous avons tous décidé de jouer le jeu de la consommation (tout ceux présents en tout cas), admettons en chœur qu’il existe des justifications réelles nécessitant l’inflation permanente des prix.
Néanmoins, quand le grotesque d’une situation prend de l’ampleur, il est temps de tirer la sonnette d’alarme.
De quoi s’agit il ?
Nous savons tous qu’il est strictement prohibé d’amener sur le site d’un festival ses propres consommations.
Logique, certes (on ne va pas au restaurant avec ses tartines), car il faut faire vivre le commerce ; et la viabilité d’événements majeurs passe obligatoirement par certains sacrifices.
Mais voilà. Monsieur X n’aime pas la bière.
Donc monsieur X, qui a quand même un peu envie d’être ‘in the mood’, apporte sa petite bouteille de Péquet (alcool du terroir).
Monsieur X ne nuit à personne, et surtout pas au commerce, puisqu’il achète régulièrement un cola qui se diluera dans le blanc de sa bouteille au format minibar d’hôtel.
Certes, le comportement de monsieur X est quelque peu rebelle (rebelle parmi beaucoup d’autres monsieur X), et quand il se fait pincer par le staff sécuritaire, il consent volontiers avoir été pris en flagrant délit et se sent prêt à faire acte de contrition, abandonnant sa chère bouteille.
Or, après quelques heures passées au premier jour d’un festival qui lui aura quand même coûté bonbon, monsieur X se voit expulser manu militari.
Expulsé pour du bon.
Bracelet coupé.
Voilà, fini pour monsieur X les Ardentes 2015.
Elles s’achèvent ici, dans l’incompréhension totale.


Alors, oui, nous allons y venir à la musique.
Au compte-rendu d’une dixième affiche toujours aussi hétéroclite, mêlant succès de masse et goûts pointus.
Oui, je vais encore souligner l’incroyable énergie déployée par l’équipe des Ardentes pour que cette fête soit au final encore une fois une réussite.
Effectivement, cette année encore aura été le témoin de moments forts, de moments drôles, de moments tendres, de moments uniques.
Mais c’est avec un goût amer au fond de la bouche que je vous en rédige le premier rapport.
l’amertume de la disproportion.

Si l’éclectisme est souvent cultivé ici, peut-être plus qu’ailleurs, cette première journée semble quasi à sens unique, brodée au revers de la visière d’une casquette.

Caravane Hip-Hop de passage, posant ses bagages sur les bords de Meuse.

Véhiculant sa cohorte de clichés mais aussi son panel de genres, des riches ultra basses aux enluminures californiennes, des chaînes en or qui brillent aux subtiles incursions jazzy.

Tout un registre qu’il est difficile d’appréhender quand on est resté un néophyte en la matière.

Du coup, plus facile d’emprunter les oreilles et les yeux des autres.

Histoire de se faire une idée.

Qu’en ressort-il ?

La sensation cérébrale du jour sera assurément attribuée à Stuff.

Le combo gantois mise sur un métissage de styles qui lui ouvre non seulement les portes de toutes sortes d’endroits (on les retrouvera aussi bien au Gent Jazz Festival, aux Lokerse Feesten qu’au Pukkelpop, en passant par une grande partie de l’Europe) mais aussi du succès et de la reconnaissance (du public comme de ses pairs).

La recette ?

Un condensé de genres qui à lui seul en crée un neuf à part entière.

Hybride et intriguant, mené par une certaine virtuosité et l’originalité d’un instrument hors norme (le EWI), Stuff brasse avec savoir et maestria un univers foisonnant où les frontières entre Electro, Hip Hop et Jazz s’effondrent avant de marcher avantageusement dans le sillage de Red Snapper (par exemple).

Sinon, épinglons la fraîcheur juvénile du duo Rae Sremmurd, plébiscité par un public à la curiosité attisée par un single gravé en compagnie de Nicki Minaj (entre-temps, les vues Youtubesques auront encore exponentiellement explosé), et aussi la candeur de Flatbush Zombies, au demeurant sympathique et débonnaire.

Enfants du pays, Starflam va faire bonne figure sur une grande plaine baignée de soleil et justifier son étiquette de parrain de la scène Rap noir-jaune-rouge.

Un set sans doute pas mémorable, mais qui justifie son cachet.

Amusant quand on pense aux discours anti-capitalistes du collectif, qu’on ne blâmera du reste pas d’être entré dans la danse.

Sinon, en dehors de ces résonances ‘hip-hopyzantes’, le choix se résume à deux têtes d’affiches se succédant dans le HF6 (le hangar dédié à la seconde scène).

La première va déboucher sur la première grosse déception de cette édition :

Souffrant d’une qualité de son épouvantable (et de problèmes techniques de surcroît), The DØ s’enlise dans une performance mièvre et guère convaincante.

Dommage, car dès l’entame, soit « On My Shoulders », leur hymne porte-étendard d’une Pop à la fois mélancolique et enlevée, semblait augurer une suite de bonne facture.

Las ! Le duo parisien, bouffi par l’envie d’en faire trop, délivre un set d’un étonnant passéisme et articulé autour d’un jeu de lumières, certes fort joli, mais qui ne parvient pas à masquer l’insipidité du contenu.

Une impression renforcée au sortir de l’estrade par une Olivia Merilahti vraisemblablement pressée d’en finir au plus vite.

Béatrice Martin, quant à elle, fidèle à son image, avait fort à cœur (de pirate) de communier avec son public.

Si son répertoire, partagé ce soir entre ses principaux succès ainsi que plages issues de son nouvel album (et même de nouvelles compositions), ne recèle pas en soi de quoi soulever mon enthousiasme, la prestation de la Canadienne procure quand même son lot de plaisir aux fans venus s’agglutiner contre les barrières du HF6.

Un moment sans réelle envergure mais d’où émane un sentiment de complicité entre Cœur de Pirate et son public.

Sentiment renforcé par une séance de selfies au sortir des planches.

Restait à se faire une opinion sur la réputation de Kendrick Lamar.

Pas usurpée, au vu de la prestation de ce soir.

Entourée de véritables musiciens et soutenue par des projections visuelles à mille lieues des clichés du genre, la nouvelle icône du Hip Hop international va mettre tout le monde d’accord, y compris les béotiens du genre comme votre serviteur.

Puissant, efficace, sans temps mort et affichant une maîtrise épatante, le résident de Compton, en Californie, va gagner mon respect, ainsi que celui des mélomanes les plus réticents.

S’il n’écrit peut-être pas une page de la musique contemporaine comme on l’a raconté (faudrait quand même pas exagérer), le rappeur Américain est sans doute le meilleur ambassadeur de ce courant musical, un digne héritier d’une certaine Old School et un précurseur d’un nouveau style.

Ainsi se termine la première journée d’une dixième édition, qui comme les premières des neuf précédentes, aura démarré en mode mineur.

Organisation : Les Ardentes.

(Voir aussi notre section photos ici

 





 

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