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Festival des Inrockuptibles : dEUS + Graham Coxon + 22-20's + Joanna Newsom

Écrit par Grégory Escouflaire - jeudi, 04 novembre 2004
Image
Inrockuptibles
Aéronef
Lille
04-11-2004

Le magazine le plus branché de la sphère parigo-cultureuse organise chaque année son festival itinérant, l'occasion pour une foule postmoderne en délire de faire la fête à la bonne musique, pour autant qu'elle allie élégance et sophistication. La preuve par Joanna Newsom, première invitée de cette soirée, qui cache mal derrière sa harpe une certaine dose de timidité tout à fait… excitante. S'agrippant à son mât cordé telle une naufragée de l'amour, l'Américaine (frusquée comme une gitane de 'La Petite Maison dans la Prairie') fît chez les spectateurs un effet bœuf. Mais quelle est cette mormone harpiste chantant comme une scie musicale ? Cette naine à l'air louche ferait-elle l'amour avec son instrument ? Le résidu de ses amygdales aurait-il servi à remplacer une corde cassée ? Toujours est-il qu'auprès du bar, la foule indifférente se bouscule, encore trop dissipée pour se préoccuper du mirage visuel et sonore qui vient d'apparaître sur scène. Coupée en deux par sa harpe géante qu'elle peine à caler entre ses jolies hanches, Joanna Newsom chante ses berceuses épurées de cette voix si espiègle et enfantine qu'il faut se frotter les oreilles pour en croire ses yeux (ou vice versa). C'est beau, même si tout le monde s'emmerde. La preuve que cette bouffée d'air régressive (jusqu'au fœtus, comme dans « 2001 ») demande du courage et de la volonté : pour apprécier ce folk de petite anorexique, il vaut mieux être psychologiquement préparé (surtout entre deux gorgées d'Heineken). La harpe, c'est le monolithe noir qui se dresse entre notre fantasme de pucelle et sa matérialisation. Tel le doigt de Dieu pointant nos péchés inassouvis, elle entrave notre envie soudaine de sauter sur la robe de sa maîtresse et de crier 'Maman !', dans un grand éclat de rire. Un rêve fœtal, donc, celui de l'éternel retour, d'une quête métaphysique, celle de la femme abstraite, telle que l'a vue Nietzsche comme pont et non comme but, comme une « corde tendue entre la bête et le surhumain, une corde sur l'abîme ».

(soupir)

'Oh Mama', chante Nick Cave sur la chanson-titre de « Lyre of Orpheus », mais Orphée s'est retournée au bar chercher une bière et a croisé le regard de Desdémone, résultat : il est resté quatre heures coincé devant le zinc, ou plutôt pétrifié comme un lamentable caillou de la carrière de Quenast. C'est qu'il fallait pas mal d'adresse et de patience pour attraper une pinte au vol, d'où cette chronique du concert de 22-20's atrophiée d'au moins 10 lignes (traduction : 25 minutes). Sous les effluves du houblon macérées de sueur masculine, l'oreille s'embue mais croit capter au loin du rock'n'roll. Tout ce qu'il y a de plus conventionnel. Un truc plutôt burné, aux relents blues du bayou, un peu comme quand on garde son slip trois jours d'affilée et qu'il reste collé à l'épiderme. Pas du blues de l'Abattoir (pour en revenir à Nick Cave), parce qu'en Angleterre les vaches ont beau être folles, elles ne jouent pas de la guitare et n'écoutent pas Skip James. Non, elles broutent de l'herbe, comme plein de types dans cette salle, sauf qu'eux ils la fument et qu'ils ont l'air vachement défoncés. Parce que le rock des 22-20's vous tanne tellement sur le cortex que même au bar, vous avez piqué deux gobelets déposés sur une table pour vous recouvrir les oreilles (et vous avez l'air con). C'est sans doute la faute au volume, plus lourd qu'un sac d'enclumes. Les pieds traînent, mais il est temps de regagner l'arène pour voir le plus mauvais chanteur ex-guitariste de Blur du monde.

(soupir)

Il chante comme une casserole, Graham Coxon (et ça rime presque). Il a de bonnes chansons, mais dès qu'il l'ouvre c'est le carnage, d'autant que le volume, lui, n'a pas lâché l'affaire. D'où cette impression d'avoir été piégé dans une sombre histoire de recyclage de tympans : un type aurait volontairement foutu les V.U. dans le rouge pour nous exploser le petit marteau dans notre tête. Maintenant il n'a plus rien sur quoi taper, même si dans la salle tombent toujours des enclumes, par les enceintes, la porte, les escaliers, partout. Dommage qu'aucune n'ait dévalée par surprise (et par derrière) sur Graham Coxon trucidant sa guitare, on aurait eu la paix. Damon, fais quelque chose.

(soupir)

Mais ce soir, c'était surtout la soirée de Barman. Celui qui chante dans dEUS, mais aussi celui qui prend trois-quarts d'heure pour servir deux cocas, à moins que ce ne soit son collègue. Quand on est une star, on boit des verres gratis : c'est là tout l'intérêt de faire de la musique en société, parce qu'au moins t'es pas tout seul à te murger. Y a plein de monde avec toi, et en plus tout le monde applaudit comme après un concours d'à-fonds pirouette. Enchaînement facile : la pirouette de ce concert, c'est évidemment la présence de Mauro au sein du groupe, en remplacement définitif de Craig Ward. Ils restent amis, puisqu'ils jouent ensemble dans The Love Substitute, en compagnie de Rudy Trouvé. Décidément, la famille dEUS a beau connaître des tensions, elle finit toujours par se réunir autour d'une dinde, de Noël par exemple. Sans doute fourrée à la cocaïne, à voir le sourire éclatant de Barman, celui qui fait fondre les filles, surtout si entre la maxillaire et l'incisive se cache un bouquet de roses, comme dans la chanson. Jouée ici à fond les ballons, comme tous les nouveaux titres, plus rock'n'roll et noisy, mais aussi plus pelants. 1h15 : pas bien long pour une soi-disant apothéose, le climax d'une soirée gâchée par des histoires d'enclumes, si encombrantes qu'elles auront fini par nous plonger dans un sommeil profond.

(long soupir)

‘Alors c'était bien hier ?’

(bruit d'acouphènes)

 





 

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