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Festival Les Inrocks 2003 : samedi 8 novembre

Écrit par Bernard Dagnies - samedi, 08 novembre 2003
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Inrocks
Aéronef
Lille
08-11-2003

Ayant déclaré forfait à la dernière minute, les Black Keys ont été remplacés par les Domestics, une formation issue de la région lilloise qui jouit d'une certaine réputation sur la scène locale. Un emploi du temps trop chargé ne m'a pas permis d'assister à leur set. Mais d'après les échos recueillis, ils se sont plutôt bien débrouillés. A voir ou à revoir donc…

Les Bellrays s'étaient produits à l'Aéronef en février dernier. Une prestation dévastatrice qui m'avait agréablement surpris. Depuis le quatuor californien a changé de drummer et commis un nouvel album (« Grand Fury »). Mais en prenant soin de ne rien changer à sa musique. On y retrouve toujours l'urgence et la fulgurance de leur soul punk. Un cocktail aussi étonnant que détonnant, fruit d'un croisement hypothétique entre MC5 et Tina Turner. Parce que les Bellrays possèdent une chanteuse noire au timbre vocal exceptionnel : Lisa Kekaula. Un timbre qui évoque tour à tour Janis Joplin, Aretha Franklin et bien sûr Annie Mae Bullock. Elle est un peu plus enveloppée, mais son jeu de scène est aussi sauvage, félin, sensuel et instinctif. Derrière le trio de blancs déverse sa lave de rock'n'roll basique, lorsqu'il ne manifeste pas des accès de blues tribal, venimeux. Lisa en profite alors pour agiter son tambourin, un peu comme si elle voulait reproduire le sifflement du serpent à sonnettes… 

Pour accomplir leur tournée, les Raveonettes ont engagé un second guitariste et un drummer. Si le premier s'est beaucoup déhanché tout au long du set, le second a surtout brillé par son efficacité. Pas seulement parce qu'il conserve constamment un casque sur les oreilles. Mais parce que son drumming robotique (NDR : et son look kraftwerkien !), irréprochable, correspond parfaitement au style pratiqué par le duo danois. Un style fondamentalement noisy, hypnotique (NDR : les mauvaises langues diront répétitif), glacé (NDR : …glacial), monocorde (NDR : … monotone), ténébreux (NDR : … nébuleux) qui doit autant à Jesus & Mary Chain que My Bloody Valentine. A cause de cette électricité constamment distordue, trempée dans le feedback, angulaire. Puis de ces harmonies vocales atonales, échangées entre Sune Rose Wagner et Sharin Foo. Enfin de ce fil mélodique attaché viscéralement au si bémol. Parce que l'attitude est totalement différente, visiblement inspirée de films de série B tournés au cours des fifties et des sixties… Enfin, c'est le message que les Raveonettes essaient de faire passer. Et la reprise du « C'mon everybody » d'Eddie Cochran en est la plus belle démonstration. Mais l'attention du public (NDR : masculin, bien sûr !) est surtout focalisée sur Foo. Elle est très belle. Comme on colle aux affiches ! Aussi belle que Debbie Harry aux débuts de Blondie. C'est peu dire. Bon et le concert alors ? Ben, je confesse avoir partagé une même polarisation que le public… masculin, bien sûr !…

Il appartenait à Hot Hot Heat de clôturer le festival des Inrocks, édition 2003. Un quatuor canadien. De Victoria, très exactement. Un groupe qui a commis son premier album cette année (« Make up the breakdown »), mais dont le succès procède essentiellement de son hit single : « Bandages ». Et la formation a eu le bon goût de ne l'interpréter qu'en fin de concert. Histoire de démontrer que son répertoire ne se limite pas à un single. Steve Bays, le frontman, est un personnage assez pittoresque. Très mince et pourtant à l'étroit dans ses jeans trop serrés, la chevelure abondante et bouclée, il se réserve à la fois le chant et les claviers. Le plus souvent il en joue de la main droite en tenant son micro de la gauche. Parfois il se balance au-dessus de son instrument, lorsqu'il ne se cache pas derrière. Mais lorsqu'il n'en joue pas, il arpente la scène de long en large en haranguant le public, pour l'inviter à danser. Ou à frapper des mains Parfois aussi, tous ses membres tremblent, un peu comme le Prince du début des eighties. Et en chantant ou plus exactement en opérant ses arabesques vocales, il lui arrive de tirer la langue. Un peu comme dans les marionnettes du Muppets Show. Pendant ce temps, les trois autres musiciens assurent leur rôle. Très sobrement, mais surtout très efficacement. Dans un style new wave/power pop contagieux, convulsif réminiscent d'XTC, même si parfois les mélodies ne sont pas sans rappeler Dexy's Midnight Runners. Alternant morceaux issus du dernier opus et de leur précédent EP, Hot Hot Heat accordera même un rappel, au plus grand bonheur du public définitivement conquis par leur prestation.    





 

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