Un goűt de gris pour Flox…

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Pukkelpop 2014 : vendredi 15 aoűt

Écrit par Akim Serar - jeudi, 14 aoűt 2014
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Pukkelpop
Plaine de Kiewit
Hasselt
15-08-2014

Le marathon reprend de plus belle. Deuxième journée de festivités qui démarre de façon timide. Le public semble reprendre lentement son souffle, le site se remplit doucement de ses silhouettes caractéristiques.
Les premiers concerts de la journée se déroulent devant des parterres clairsemés.
Mais les bonnes surprises, elles, n’attendent pas.

A première vue, Lonely The Brave ne semble pas avoir une carrure suffisante pour revendiquer une programmation plus tardive sur un quelconque podium du festival.

Leur Rock conventionnel n’est, en outre, pas servi par l’attitude nonchalante du chanteur qui manifestement ne différencie pas le ‘live’ de son local de répète.

En fait, c’est sous le toit du Club que ça se passe.

Il est à peine onze heures vingt et quatre jeunes gens sont déjà occupés de foutre le feu à la baraque.

Exotique, leur patronyme ne définit pas vraiment leur style musical ; et pourtant, The Bohicas constituera la première sensation de la journée.

Hébergés sous le label Domino, le groupe originaire de l’Essex gagne facilement la sympathie d’un public d’abord amorphe, mais bientôt secoué de soubresauts précoces pour cette heure de la journée.

Des guitares bien saignantes et une basse bien ronde entretiennent un climat sonore au charme immédiat et hautement jouissif.

Des qualités dont ne peuvent se targuer les jeunes gens de Young Buffalo qui soulèvent à peine un sourcil ou deux devant une Main Stage ressemblant à ce moment du jour à une rizière dévastée.

Les New-yorkaises de Lucius (aperçues auprès de Nagui un soir de zapping) proposent une Electro Pop de facture on ne peut plus anodine.

Un face à face de blondes platinées au devant d’un band bien propre sur lui, pour un résultat certes pas désagréable, mais manquant néanmoins de piment.

Pendant ce temps, Nick Mulvey prend le soin de donner corps à ses chansons chaloupées (NDR : il a étudié la musique à Cuba) de manière un peu systématique mais du reste efficace ; commencées en mode mineur, sous les caresses de ses doigts parcourant les six cordes de sa guitare (et de fort habile manière), les chansons enflent à mesure d’une progression narrative assez captivante qui inévitablement, laisse en suspens quand le morceau se termine, amorçant l’attente du suivant.

Une recette qui a le don de plaire au public qui commence à enfler au sein du Marquee.

Après coup, la Pop plus évidente de My Little Cheap Dictaphone s’avère être encore plus rafraîchissante que d’accoutumée.

Un peu timoré au début, le groupe se lâche progressivement, gagnant l’attention d’un auditoire curieux de découvrir ces valeureux Liégeois.

Et s’il ne s’agit pas de leur meilleur set, il récolte néanmoins, sont lot de louanges.

Au sortit du Wablief ?, une Delorean m’attend et me conduit illico au Marquee où Fonzy et toute la bande de Happy Days font la bringue devant Nick Waterhouse.

C’est que notre homme, sorte de Buddy Holly ressuscité sait y faire dans un registre comme on ne fait plus que rarement et certainement pas comme lui le fait, c’est à dire de manière si authentique.

Erudit musical et grand consommateur culturel, il revisite la Soul, le Rock, le Jazz avec brio et talent.

Son show a tôt fait de conquérir une foule totalement absorbée par une magie rétro distillée par un band composé de musiciens hors pair.

Une violente averse disperse les festivaliers qui se réfugient partout où l’on peut s’abriter ; mais il devient difficile de se faufiler d’un côté ou d’un autre.

Hésitant entre Sharon Van Etten et Other Lives, c’est finalement auprès de ces derniers que j’échoue.

L’impact n’est pas immédiat mais les cascades d’harmonies qui émanent de la scène, là-bas, au loin, retentissent comme des sirènes ; et j’ignore par quelle sorcellerie, mais elles finissent par m’attirer.

La barbe hirsute qui mange le visage émacié du leader ne peut retenir le flot céleste qui s’écoule de sa bouche, et l’instrumentation élégante se charge d’amplifier l’aura d’une musique qui charme mes sens.

Si seulement il n’avait pas autant plu, alors, j’aurais pu m’approcher davantage de cet instant de grâce.

Un état dans lequel je resterais volontiers, mais qui n’est pas vraiment l’apanage de Cage The Elephant. Il mise plutôt sur l’énergie débridée de son charismatique chanteur. Celui-ci s’amuse fort bien, se jette régulièrement dans la foule et décroche l’effet fédérateur escompté. Personnellement, une certaine torpeur commence à m’envahir…

J’ai besoin d’une bonne dose de sauvagerie décousue.

Ça tombe plutôt bien, puisque en retournant dans le Castello, je suis accueilli par un uppercut crapuleux, salement assené par une bande de jeunes gens pas très fréquentables.

Bestial à souhait, The Amazing Snakeheads, le groupe glaswégien sait jouer des coudes et balancer son Rock cradingue comme une morve salvatrice dans un paysage gris et triste (l’Ecosse, les boulots de merde, la pluie, etc.)

C’est pervers comme du Cramps sous ‘amphètes’ (NDR : l’elpee est judicieusement intitulé « Amphetamine Ballads »), retors comme du James Chance, et hargneux comme du Birthday Party.

Le bassiste se voûte sur son instrument comme le diable sur une vierge, et le vocaliste impressionne par son physique patibulaire tout comme son regard habité.

Une sacrée trique parfaitement placée sur la grille horaire.

Une grille horaire où on se bouscule au portillon.

Tellement, qu’il en devient difficile de savoir où donner de la tête et où laisser traîner ses guiboles.

Balthazar étale sa classe au soleil, Kurt Vile sous le chapiteau du Club, Blaudzun au Marquee et Neneh Cherry rappelle quelle grande dame elle est dans le Castello.

Mais au demeurant, c’est Thurston Moore et son nouveau super band qui va ravir tous les suffrages du jour.

Doté d’une classe intrinsèque, l’ex-Sonic Youth possède toujours le culot de visiter le Rock sous ses coutures les moins apparentes et de restituer son âme par la magie de son jeu de guitare unique.

Aidé par le fidèle Steve Shelley, mais aussi Debbie Googe (My Bloody Valentine) et James Sedwards, Thurston n’a rien perdu de son talent, au point de ne pas nous faire regretter le moins du monde la fin de son groupe mythique qui impliquait Kim Gordon.

Le light show et la musique sont en parfaite harmonie avec le propos musical proposé, mais  le set semble bien trop court et donne envie de plonger tête baissée dans ce nouvel album aux relents de souffre.

De quoi aussi donner le tournis à The National qui fort heureusement pour eux, n’a pu assister à ce concert.

Propulsé sur la grande scène, c’est sans conviction que le groupe se contente de dispenser un concert mou du genou.

Pour leur quatrième apparition sur le sol de Kiewit, la messe a des relents de déception pour beaucoup, à commencer par votre narrateur.

Si le succès sans cesse grandissant du band les emmène vers des sommets toujours plus hauts, il serait grand temps qu’ils songent à se reposer, tant Matt Berninger, cheveux gras et dos courbé, semble au bout du rouleau.

Pas étonnant, vu l’incroyable série de dates accumulées sur deux ans, outre l’enregistrement d’un opus qui n’avait aucune chance de rivaliser avec le précédent.

Une âme qui s’effiloche, mais aussi des conditions peu favorables, même si The National est appelé à jouer plus souvent dans des structures gigantesques qu’à l’arrière de sombres sales où leurs chansons trouveraient certainement mieux leur place.

Tentant de gommer cette vilaine impression, je rejoins le Club, où The War On Drugs déploie la majesté de son dernier opus, au nom évocateur de « Lost In The Dream ».

Classieux et sans esbroufe, le combo de Philadelphie retrace le lien intangible que lui seul peut tendre entre Fleetwood Mac et Springsteen.

Neuf titres et un rappel pour définitivement convaincre les sceptiques de leur fantastique potentiel.

La nuit étend ses ailes, et je m’évade dans mes rêves, quittant la plaine pour mieux y revenir demain.

(Organisation : Pukkelpop)

 





 

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