Garciaphone, mangeur de rêve…

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Ronquières 2017 : samedi 5 août

Écrit par Stéphane Reignier - samedi, 05 août 2017
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Ronquières Festival
Plan Incliné
Ronquières
05-08-2017

Cette sixième édition du festival Ronquières a drainé la foule, puisque pas moins de 36 000 personnes se sont déplacées pour une affiche aussi populaire qu’éclectique. Il y en a vraiment pour tous les goûts : du hip-hop au folk, en passant par le rap et le rock ! Sans oublier ce qui fait le fleuron contemporain de la musique électro, PFR ou encore Kid Noize…

La pyramide des âges y est très large ! On y croise de jeunes enfants accompagnant leur(s) parent(s), mais également des personnes plus âgées déambulant canne à la main et chapeau de paille sur un crâne… trop tôt dégarni…

Bref, les organisateurs ont, une nouvelle fois, fait fort ! Un jeune festival qui a tout d’un grand.

Tout y est pensé aussi. A l’entrée, un stand permet d’accueillir les petits bouts afin de leur procurer une foule d’activités : grimage, coloriage, pâte à modeler, escalade, etc. Bref, de quoi rassurer les parents qui ne souhaitent pas avoir les bambins dans les pattes, durant les spectacles…

Aucun gros souci à pointer, si ce n’est un fléchage quelque peu sibyllin. De l’aveu même des bénévoles présents, les prochaines éditions devraient impérativement s’améliorer dans ce domaine.

Signe des temps qui changent, les nombreux militaires et les chicanes de l’année dernière ont tout bonnement disparu. Est-ce pour autant plus sécurisant ? Pas sûr, d’autant qu’hormis une rapide fouille de sacs, aucun autre contrôle digne de ce nom n’est réalisé…

Autre nouveauté, il est possible de recharger une carte électronique aux bornes prévues à cet effet ou à l’aide de son smartphone. Idée sympa surtout lorsqu’il s’agit de désengorger les bars.

Cette année, les festivaliers avaient le choix de leur entrée dans le site : ‘Bâbord’ ou ‘Tribord’. Exit donc les longues files d’attente…

Un site un peu plus grand, donc supposé jouir d’un maximum de confort. Il y a même, ça et là un espace détente, histoire de reposer ses guiboles…

La météo de ce samedi a de quoi décourager plus d’un festivalier. Les longues averses entrecoupées de brèves éclaircies ont jeté comme un froid. Le ciel d’un bleu foncé pouvait laisser présager le pire pour cette première journée qui s’annonçait pourtant belle. Et pourtant, il en fallait plus pour faire fuir tous ces mélomanes...

Faut dire que le site permet de s’abriter sous les structures du plan incliné, en cas de pluie (NDR : heureusement car les parapluies sont interdits !) ; mais au détriment d’une écoute attentive. Car il est difficile de prêter l’oreille à un concert, lorsqu’on est coincé comme une sardine entre plusieurs milliers de personnes… à l’endroit même où se situe le bar le plus important.

Il est 15 heures lorsque Noa Moon ouvre les hostilités sur la scène Tribord.

‘Bienvenue sous la drache’, clame t-elle joyeusement, en affichant un sourire éclatant. Son belgicisme souligne ses origines. Quelques personnes venues du Nord de la France se regardent interrogatifs.

Elle est venue défendre les couleurs d’« Azurite », un opus qui tire un trait que l’on espère définitif sur les mélodies trop mielleuses de son premier elpee, « Let Them Talk ».

Sèche à la main, Manon De Carvalho, de son vrai nom, s’excuse presque d’avoir ressenti le besoin de se réaffirmer, de prouver qu’elle était capable d’écrire…

Ce n’est pas la première fois que votre serviteur assiste à sa prestation. Aussi, il craignait qu’elle soit encore mièvre et morne.

Les premières gammes s’échappent. Mais au fil du temps, la surprise est de taille. La belle ne manque pas de peps et nous réserve des morceaux aux envolées délicates et sautillantes.

Riches, intenses à souhait et dansantes, les compositions véhiculent de jolis accents électro/folk, presque intimistes, et soulignent une certaine modernité dans le son.

A quand la prochaine fois ?

A bâbord toute pour une des valeurs sûres du hip-hop ‘made in Belgium’, en l’occurrence Romeo Elvis et Le Motel, aka Fabian Leclercq. Artisan du beat, ce duo cultive l’autodérision.

Pas vraiment ma tasse de thé, mais il en faut pour tous les goûts. On s’efforce donc de rester statique et fait mine d’apprécier, pour se fondre dans le moule. En outre, de source sûre, le tandem fait carton plein à chacune de ses prestations. La curiosité guette et pousse à prêter une oreille. On verra pour l’autre …

La fosse est bien remplie. Déjà les premiers beats –et il prolifèrent– une poignée de jeunes gens, palette de casquette tournée vers la droite, accompagnent le chanteur par des gestes saccadés du poignet, rappelant combien les poncifs du genre sont malheureusement bien réels. Il y a mieux comme chorégraphie quand même, les gars…

La popularité dont jouit Elvis est grande. Faut dire que fruit d’une union entre Laurence Bibot et Marka, le jeune homme de 24 ans a tout récemment fait le buzz sur la stratosphère internet grâce à « Bruxelles arrive ». Morceau étrangement créé de manière anecdotique puisqu’au départ, l’idée était d’écrire une chanson consacrée à la capitale… française…

Devenu un véritable hymne, le titre affiche près de deux millions de vues sur YouTube ; ce qui permet au mec de s’imposer rapidement auprès de ses pairs.

Encensé par la presse, le second Ep, « Motel 2 », permet au duo de s’affranchir un peu plus en francophonie.

Entre rap énervé et chant, les deux rappeurs inspirés par le hip-hop américain débitent leur flow enivrant sur fond de textes ravageurs et incisifs, mixant les codes du rap classique avec des sonorités électroniques.

Aucun doute, c’est en ‘live’ que le combo atteint pleinement sa maturité et affiche ses forces.

Quinze minutes plus tard, House Of Pain prend le relais à droite. La foule est tellement dense qu’il est difficile de s’y frayer un passage sans être bousculé… et insulté…

Il est donc préférable de faire l’impasse, d’autant plus que le style musical proposé est très opposé à ma culture musicale. Un moment opportun pour tester le cashless et se ressourcer en boissons fraîches, subversivement alcoolisées.

Les choses sérieuses commencent dès Soldout. L’histoire d’une rencontre ! Le hasard fait bien les choses, comme le veut l’adage.

Charlotte Maison, chanteuse et musicienne du groupe, reçoit une éducation musicale plutôt classique et fréquente le milieu du jazz. David Baboulis travaille de son côté sur des projets mêlant musique électronique expérimentale et psychédélique.

Une aventure qui prolonge bien au-delà de cette sphère musicale, puisque ces deux-là sont  unis sur scène, comme à la ville.

Elle s’occupe de la communication, du management, du chant et de l’écriture des textes. Lui, de tout ce qui est son, production et arrangements.

Si on doit reconnaître une qualité à Soldout, c'est la persévérance. Vivement critiqué à ses débuts, en 2004, il est parvenu à maintenir le cap et se réinventer sans cesse...

Après avoir publié cinq long playings et accordé une foule de concerts à travers le monde entier, le couple est resté fidèle à lui-même, contrecarrant les effets de mode en dématérialisant le son pour en concoctant un produit structuré, mais fragile. Quitte à déplaire aux détracteurs !

Son dernier opus, « Forever », creuse encore un peu plus le sillon d’une pop-électro langoureuse et glacée. Une conduite qui a forgé les beaux jours du band.

Tour à tour dansant, solaire ou métallique, le band va livrer un show dans l’air du temps, finement calibré pour les festivals d’été, en imprimant à ses compos, un rythme hypnotique et enivrant.

Un savant mélange de pop et d’électro, entre analogique, organique et synthétique. Un concert plein de contrastes, où se mêlent sensualité, énergie et agressivité…

Les nombreux fastfood invitent les spectateurs à s’y arrêter. Matmatah se prépare à droite. Tant pis, je fais l’impasse ! Des choix drastiques doivent s’opérer dans ce genre de manifestation !

Depuis qu’il est juré dans l’émission ‘The Voice Belgique’, Marc Pinilla a vu sa popularité –et a fortiori celle des cousins malgaches ‘Njava’– monter en flèche.

C’est probablement le moment attendu par toutes les jeunes filles présentes sur le site. Faut dire que le physique du leader du groupe, Suarez, est plutôt généreux. Il le sait et en joue énormément. D’ailleurs, son sourire enjôleur et ses clins d’œil répétés finissent par énerver la galerie...

Elles se sont toutes agglutinées aux premiers rangs, langue pendue aux chevilles. Comme un essaim d’abeilles autour d’un pot de miel ! Certaines ont fait le pied de grue pendant des heures. Les cris fusent de toute part. L’excitation est à son comble. Incroyable et à peine compréhensible ! On se croirait revenu à la bonne vieille époque de Bruel lorsque toutes les gonzesses écervelées scandaient dans une folie imparable ‘Patriiiicccckkkkkkk’.

Soulagé par autant de sollicitation (son ego est rassuré), le bellâtre ne tardera d’ailleurs pas à les inviter à monter sur l’estrade pour un titre endiablé. Le tout dans une bonne humeur communicative !

Sublimés par une présence scénique hors du commun, Marc et de ses acolytes ont tablé sur un set mélodique qui fait mouche, balayant au passage des titre phares des albums précédents tels que « Qu’est-ce que j’aime ça » ou encore « Souffle de Délire », sans oublier le petit dernier « Sans rancœur ni regret », beaucoup plus (trop ?) accessibles que ses petits frères.

Une constatation : l’insouciance et la fougue des débuts ont laissé place à une plus grande maturité. Un concert très carré qui a finalement laissé trop peu de place à l’improvisation. Mais quand même, un joli moment d’émotion entre souvenirs refoulés et moments de bonheur.

La véritable surprise du jour viendra de Big Flo et Oli ! La plaine est bondée à craquer.

Ceux deux là ont acquis une certaine célébrité bien malgré eux en devenant également jurés dans une célèbre émission de télé crochet sur la chaîne nationale.

Ils sont heureux de venir en Belgique, même si –suivant leurs déclarations– la formule est ‘un peu cliché’. C’est chez nous qu’ils ont commencé leur carrière, à Liège, devant seulement une petite trentaine de personnes. Comme quoi, le public belge a le don de flairer le potentiel.

Originaire de Toulouse, ce groupe de rap est mené tambour battant par Florian ‘Bigflo’ et Olivio ‘Oli’ Ordonez.

Le premier disque des frangins, « La Cour des grands », gravé en 2015, est certifié disque d'or moins de quatre mois après sa sortie, puis de platine en France. Le second format « La Vraie Vie », tombé dans les bacs depuis juin de cette année, devient disque d’Or après seulement trois semaines d’existence...

Bien que les goûts musicaux de votre serviteur soient à mille lieues de ce que propose le duo, il faut admettre qu’il va livrer le meilleur concert de la journée. A bien des égards !

D’abord, le rap qu’il prodigue est authentique, loin des clichés du genre, même si leur accoutrement, lui, suit la tendance…

Le concert débute par le titre éponyme du dernier bébé. Les artistes s’y livrent sans ménagement. Ils y racontent leur enfance, leurs expérience récentes et abordent le sujet de leur renommée nouvelle. Sans oublier de tackler gentiment au passage Orelsan. Les textes fédèrent, en tout cas…

La paire ne fragilise pas les faits sociétaux, mais les renforce par un positivisme élancé. Elle ne cherche ni à provoquer, ni à critiquer. La verve est plutôt à considérer comme une diction philosophique vue à travers le prisme du quotidien.

De la famille, il en sera beaucoup question. « Papa » rend un hommage vibrant au padré. L’amour fraternel n’est pas en reste ; et notamment tout au long d’« Olivio ». L’amitié reste une valeur sûre peur eux ! Celui qui a accompli ses premiers pas en leur compagnie est systématiquement invité pour y assurer le rôle de beat box. Un rôle aussi surprenant qu’époustouflant !

L’humour aussi alimente le show. Ainsi, lorsque le duo prétend que Jean Dujardin s’est déplacé jusqu’ici, le public y croit dur comme fer. Le temps s’arrête même durant quelques secondes, le souffle coupé, haletant… avant que les deux lascars n’avouent qu’il aurait bien voulu venir, mais n’a pas pu. Info ou intox ?

Quoiqu’il en soit, Big Flo et Oli ont livré un set d’une ferveur inimaginable ! Pourtant ce n’était pas gagné d’avance ! En effet, l’avion qui devait les conduire dans le plat pays a été annulé. Ils ont pu en prendre un autre… de justesse.

Une sacrée jolie surprise !

Direction bâbord maintenant. Archive s’y produit. 

Fondé par Darius Keeler et Danny Griffiths, en 1994, le groupe vient y présenter « The False Foundation », un elpee qui exige davantage de maturité en terme d’écoute que les précédents.

Comment va donc réagir les festivaliers qui se pressent par milliers ? S’agit-t-il de connaisseurs avertis ? Ou de simples mélomanes lambda ? Ronquières est un festival à la programmation particulièrement éclectique ; dès lors, pas certain que le grand public s’y retrouve. Faut dire que l’expression sonore touche à la fois au trip hop, à l’électro, au prog, au rock et à l'ambient.

Les premières notes de « Blue Faces » résonnent et s’étendent sur des centaines de mètres à la ronde. C’est très ‘floydien’. En tout cas dans l’esprit ! L’atmosphère est vaporeuse. Les envolées des lignes mélodiques sont soulignées par les gammes synthétiques de Keeler et Griffiths

Même les puristes s’y perdent un peu. Non pas que l’ADN du groupe ait disparu (longs crescendos rythmiques enténébrés et complaintes entêtantes), mais la musique est particulièrement expérimentale, difficilement abordable et… peu digeste.

Pourtant, malgré un light show plutôt sobre, ce set a emporté les suffrages des aficionados, en les plongeant au sein d’un univers féerique et planant, les transportant même au cœur d’une absolue rêverie d’imageries abyssales. Les autres se sont littéralement emmerdés !

Si la part belle a été réservée aux nouvelles compos, le band nous a également réservé des morceaux plus anciens, comme « Fuck U » (NDR : il est paru en 2004, sur l’album « Noise »), titre éloquent qui résume à lui seul la carrière du groupe…

On regrettera cependant, et amèrement, l’absence de compos comme « Again » et « Ligths », dans la setlist. Deux titres prennent véritablement une autre dimension, en ‘live’ !

Dernier concert pour ce soir : Air. Considérée comme une grosse pointure dans le milieu, la formation ne recueille pourtant pas guère d’intérêt auprès des festivaliers, ce soir. Encore une fois, l’éclectisme est un pari risqué !

Le parterre est clairsemé. L’essentiel de la foule s’est déjà agglutinée aux premiers rangs de l’autre podium pour y assister à la prestation de Kid Noize. Faut dire que le gars au faciès de singe en jette lorsqu’il est aux commandes de ses machines !

Bref, vêtus d’un costume blanc étoilé, les deux Français ne semblent pas franchement des plus motivés. Plus léthargiques qu’énergiques donc !

C’est dommage parce Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin sont plutôt du genre à bouder les ‘live’. Votre serviteur, lui, n’en rate pas une miette !

Associé au mouvement musical électronique, Air tisse des mélodies cosmiques au sein desquelles de nombreux riffs de guitare soutiennent des sons électroniques et des voix vocodées. C’est sa singularité !

Le band est venu y présenter un florilège de tubes, car son actualité discographique récente, se limite à une compilation balayant vingt années de carrière, sous la forme d’un « Twentyears ».

À la frontière de l'électronique, de la pop et du rock psychédélique, on aura donc droit à un concert sous forme de ‘best of’ au cours duquel le maigre public encore présent (ré)entendra des compos aux jolies belles mélodies comme « Cherry Blossom Girl », « Sexy Boy », « How Does You Make Me Feel » ou encore « Playground Love ».

Il est plus de minuit lorsque cette bande originale douce et vaporeuse s’achève. Mieux vaut laisser le peu d’énergie qu’il me reste pour le lendemain…

(Organisation : Ronquières Festival)

Voir aussi notre section photos ici

 

 





 
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