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Sinner's Day 2016 : dimanche 20 novembre

Écrit par Philippe Blackmarquis - dimanche, 20 novembre 2016
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Sinner's Day
Ethias Arena
Hasselt
20-11-2016

Après une pause de 5 ans, le Sinner’s Day, grand messe dark, est de retour. Fondé en 2009, ce festival réunit, à Hasselt, la fine fleur de la musique new-wave/post-punk 'old school'. Indoor, il se déroule au sein de l'Ethias Arena. C’est l’organisation limbourgeoise Star Events qui en a repris le concept. Et l’édition, cette année, est très alléchante. Confirmation, plus de 7 000 fans ont fait le déplacement, bien décidés à enclencher la machine à nostalgie et à se remémorer cette période lumineuse de la musique sombre : les années 80.

En lever de rideau : The Cassandra Complex. Il s’agit du projet créé à Leeds, par Rodney Orpheus, en 1980. Nous n'avons pas pu assister à sa prestation, mais on se souvient bien de celle accordée dans le cadre du Rewind, en 2012. On est d’ailleurs certain que sa musique très originale, mélange de new wave, punk et electro, a dû séduire les festivaliers déjà présents à partir de 13h.

A notre arrivée, nous sommes accueillis par les organisateurs, qui ont mis le paquet pour faciliter le travail des journalistes. Très pro ! Un Press Café est installé derrière la table de mixage, une Press Room permet de se connecter et de travailler et le bracelet donne accès à la zone ‘Frontstage’ des photographes, pour autant que les artistes aient accepté de se faire tirer le portrait. Au sein de la programmation, seul Tricky refuse leur présence, frontstage.

Après le ska, dispensé par la formation insulaire The Beat, place au premier 'gros morceau' de la journée : Tuxedomoon. Il est alors 15 heures. Formé en 1977, à San Francisco, ce projet s'est taillé une place enviable sur la scène musicale. Il est même considéré comme un des pionniers du post punk et de la new wave. Son single, “No Tears”, remonte à 1978. Un classique du genre qui a influencé nombre d'artistes (dont un certain Brendan Perry de Dead Can Dance). Au cours des eighties, les musicos se sont exilés en Europe, s’établissant même tout un temps à Bruxelles. Ils ont étendu la palette de leur son en créant une forme d'art-rock hybride assez unique en son genre. Il faut imaginer une ambiance jazzy, cinématique, reposant sur des lignes de basse très post-punk et une rythmique minimaliste et obsédante, une expression sonore sur laquelle viennent se greffer des voix et d'envoûtantes arabesques de saxophone, de trompette ou de violon. Un peu comme si Velvet Underground se payait un improbable bœuf en compagnie de Chet Baker, Roxy Music, Frank Zappa et Death In June (!).

Sur l’estrade, on retrouve, pour notre plus grande satisfaction, les trois membres fondateurs : Blaine L. Reininger, Steven Brown et Peter Principle. Si Principle se concentre exclusivement sur sa basse Epiphone Gibson SG, les deux autres sont, par contre, d'étonnants multi-instrumentistes. Steven Brown alterne entre vocaux, piano et saxophone alors que Blaine L. Reiniger chante et joue du violon ou de la guitare. Le line up est complété un trompettiste et par un préposé aux machines et aux (superbes) vidéos.

Magique, la musique exécutée par le combo génère une ambiance très étrange, quasi-surréaliste, dans le grand hall de l'Ethias Arena. Il y a déjà au moins 4 à 5 000 personnes, toutes habillées de noir, évidemment ! En parlant de couleurs, les touches de guitare et de saxo dispensées tout au long de “Muchos Colores” semblent extraites d'un film de David Lynch. Plus rythmé, “What Use ?” est marqué par la voix très 'devo-esque' de Reiniger et les harmonies jazzy. « Seven Years », également extrait du sublime elpee « Half-Mute » (1980), évoque Gary Numan et Talking Heads. Un style bien personnel de no wave avant-gardiste, caractérisé par une rythmique hypnotique et une voix cinglante. Dans l'ensemble, le spectacle est une belle réussite. A voir absolument au cœur d’une ambiance plus intimiste !

Deutsche Amerikanische Freundschaft (DAF) prend le relais sur l'immense scène. Le logo DAF est projeté sur le gigantesque écran LED disposé au-dessus du podium. Saluons ici à nouveau Star Events, qui est a déniché le meilleur en termes de son, de light show et de logistique. Par contre, il aurait été plus logique que Tricky précède DAF, de manière à respecter une certaine progression dans la puissance des shows. Issu de Düsseldorf, DAF est un duo qui pratique une forme d’EBM minimale. Formé en 1978, il réunit Gabriel ‘Gabi’ Delgado-López (voix) et Robert Görl (batterie, percussions, instruments électroniques). La chanson la plus célèbre de DAF est incontestablement "Der Mussolini", un titre sarcastique et sombre qui figurait sur le long playing "Alles ist gut".

Il faut absolument vivre un concert de DAF. Si vous n’y avez jamais assisté, vous êtes passés à côté d’un événement majeur. Il est assez incroyable de voir et d’entendre ce que (seulement) deux personnes sont capables de réaliser sur une scène. Robert Görl frappe vigoureusement sur ses tambours acoustiques ; son style typiquement brut donne vie aux séquences électroniques. Et puis, Gabi est un véritable animal de scène. Pendant tout le show, il arpente l’estrade et vocifère intensément. Pendant le fameux "Der Mussolini", la foule réagit et se met à onduler. Mais la tension atteint son paroxysme sur "Ich Will", "Muskel" et "Sato-Sato". Suivant un rituel devenu classique, Gabi s'asperge abondamment d'eau ; et ouverte, sa chemise est trempée.

En écoutant des titres comme « Liebezimmer » ou « Nachtarbeit », on mesure l'importance exercée par DAF dans l'émergence de l'Electro Body Music (EBM), un genre créé par Front 242 et perpétré notamment par Nitzer Ebb. Un concert en forme de coup de poing, une ‘daffe’ dans la gueule, en somme...

D'aucuns s'étaient étonnés de voir Tricky à l’affiche d'un festival new wave. Pourtant, la trip hop d'Adrian Thaws, ce chanteur et musicien black originaire de Bristol, embrasse une dimension carrément 'dark' qui correspond assez bien à l'ambiance ténébreuse de la new wave. Epaulé par le batteur Luke Harris et par un guitariste, Tricky a présenté son dernier opus, « Skilled  Mechanics ». Un concert en tous points envoûtant. Les lignes hypnotiques de basse et les rythmes quasi-tribaux fascinent. Tricky est habillé tout simplement d'un jean et d'un t-shirt ; mais sa présence sur les planches est impressionnante. On ne sait si c'est à cause de substances illicites, mais il est à fond dans son trip. Que ce soit pendant « Hero » ou « Palestine Girl », il alterne passages calmes, où sa voix sensuelle murmure comme dans un souffle, et explosions de violence. Des changements de dynamique qui évoquent inévitablement Nine Inch Nails et Rage Against The Machine.

Un bémol quand même : le recours au play-back pour les voix féminines, la basse et les synthés. Décidément, les groupes qui se produisent 100% en live deviennent rares de nos jours. Néanmoins, on a assisté à un set plutôt bluffant. « Sun Down » et « Valentine » ont fait monter la pression ; mais les deux derniers morceaux, « Boy » et « Vent », ont littéralement 'déchiré'. A cause de l’intensité et la force dramatique que ce diable de Tricky injecte dans son interprétation. Agé de 48 ans (NDR : c'était le plus jeune (!) musicien à l'affiche), il a mis une bonne claque aux 'anciens' ! Une belle surprise !

Après l'incontournable paquet de frites, nous reprenons notre place 'frontsatge' pour assister au set d'Orchestral Manoeuvres in the Dark (OMD). Cette formation anglaise, issue de Liverpool, a marqué les années 80 en dispensant une new wave électronique particulièrement mélodique et très dansante. Formée en 1978, elle a connu une ascension fulgurante jusque dans les nineties, où elle a été balayée par les mouvements Grunge et Britpop. Mais en 2006, OMD s'est reformé, surfant sur la vague nostalgique des eighties. A contrario d’une belle brochette de combos 'rétros', ils ont composé de nouvelles chansons ; enregistrant d’ailleurs deux excellents long playings : « History of Modern » et surtout « English Electric ».

Le concert commence très fort par « Enola Gay » ; sans doute le plus gros hit d’OMD. L'ambiance monte immédiatement d'un cran. Sur l’estrade, on reconnaît le chanteur, Andy McCluskey. Derrière lui, aux claviers, son compère, Paul Humphreys, la cinquantaine, les cheveux grisonnants et un visage de poupon souriant. Ce soir, ils sont en mode 'duo', c'est-à-dire sans Malcolm Holmes (batterie) et Martin Cooper (synthés/saxophone).

‘Don't be afraid of old men playing synths', conseille Andy McCluskey avant « Messages ». En lâchant ces petites phrases, McCluskey établit dès le départ un très bon contact avec la foule. Il déborde d’énergie et son attitude très enthousiaste sur les planches force l'admiration. On le sait : ce type est un vrai showman ! Les hits se succèdent à un rythme effréné. « History of Modern (Part 1) » prouve qu'OMD est encore capable encore écrire des hits, 30 ans plus tard. Le riff au synthé est simple mais d'une efficacité redoutable. Après « Souvenir », chanté par Paul Humphreys, McCluskey raconte, non sans ironie, que « Joan of Arc » est un single uniquement paru en Belgique et qu'il ne s'est pas bien vendu. 'On va donc se venger ! Vous allez devoir souffrir et l'écouter à nouveau !' Ensuite, en toute logique, « Maid of Orleans » embraie ; un morceau caractérisé par son atmosphère médiévale hypnotique et fascinante.

Le set s’achève comme il a commencé : en puissance. D'abord, « Sailing On The Seven Seas », composé en trio avec Nik Kershaw ; et bien entendu, « Electricity », le premier single, gravé en 1979, qui illumine l'énorme espace du hall et parvient à faire danser un auditoire plus qu'enthousiaste... En un mot ? Un concert parfait. Tout y était : génie musical, énergie, présence, humour et modestie : bravo, OMD !

Changement radical de style, puisqu’on attend Public Image Limited (PIL), la formation britannique drivée par John ‘Rotten’ Lydon, le fantasque chanteur des Sex Pistols. Créé en 1978, après la dissolution des Pistols, PIL a été un des pionniers du Post-Punk, jusqu'en 1994. Après un hiatus de 15 ans, le band s'est reformé en 2009 et a publié deux nouveaux elpees : « This is PiL et « What the World Needs Now... ».

Ce soir, c’est la formation originelle qui grimpe sur le podium. Soit Bruce Smith (Pop Group, Slits) à la batterie, Lu Edmonds (Damned, Shriekbak) à la guitare et Scott Firth à la basse ; mais sans John Mc Geoch, décédé en 2005. John Lydon est intégralement vêtu de noir. Il a les cheveux dressés sur la tête. On dirait une perruche, mais une perruche très criarde...

Très tôt dans le set, « This Is Not a Love Song » met tout le monde d'accord : ce morceau, qui est un pur chef-d'oeuvre, est ici singulièrement allongé et trituré dans tous les sens. Le public est aux anges et chante le refrain en choeur. Un grand moment, sans doute le plus marquant de la journée. « Death Disco » est tout aussi magistral. Ecrit par Lydon, après le décès de sa mère, cet éloge dub/disco intègre un passage classique de Tchaïkovski, interprété à la guitare. Pendant « Warrior », on se rend compte de la très haute qualité du son : le mixage est parfait et on distingue aisément tous les instruments. « Rise » et « Shoom » clôturent en force ce concert en tous points remarquable.

Avant de quitter l’estrade, Lydon se fendra même d'un petit speech, remerciant ses musiciens en les appelant chacun ‘Madame’. Il souligne que sa musique a été jouée avec le cœur et conclut par un vibrant ‘f*ck the music business !’ Comme quoi, malgré ses 60 balais, Johnny est toujours un punk !

Le point culminant de la journée, c’est le Sisters of Mercy d’Andrew Eldritch qui est censé l’atteindre. Malheureusement, et on le déplore, jadis légende du rock gothique, le chanteur anglais (NDR : aujourd’hui établi à Hambourg) a renoncé depuis longtemps à composer de la musique. Il se contente de 'cachetonner' en accordant des concerts au cours desquels il n'y a rien à voir. Et pour cause, les musiciens sont, en général, plongés dans un brouillard épais de fumigènes. Ce soir, Eldritch ne déroge pas à la règle et le début du set est annoncé par le souffle des canons à fumée. On aperçoit les ombres des deux guitaristes, Chris Catalyst et Ben Christo, ainsi que le préposé aux machines (Dr Avalanche a été remplacé il y a bien longtemps par deux laptop Apple). Eldritch est également habillé en noir et porte ses inséparables lunettes de soleil. Il ouvre le spectacle (?!?!) par « Detonation Boulevard ». Suivant une mauvaise habitude, le son est lourd, trop lourd, les grattes sont trop bruyantes et la voix, difficilement audible.

Heureusement, un accès frontstage est quand même prévu pour la presse pendant trois chansons ; ce qui nous permet de prendre quelques photos, certes très enfumées. Des petites perles comme « Alice » ou « Marian » sont ici massacrées à la tronçonneuse tant l'interprétation est grasse et pataude. « Dominion », par contre, passe beaucoup mieux la rampe ; pour la bonne et simple raison que les guitares y sont limitées a des arpèges plus discrètes, ce qui laisse plus d'espace à la voix.

Bien sûr, le public est aux anges, car il connaît toutes les chansons par coeur et est heureux d'écouter tous ces hits immortels, même si le son n'est pas idéal. La fin de parcours va cependant nous réserver une jolie surprise : dans « Flood II », Eldritch se dirige vers le côté droit pour allumer une cigarette et s’installe tout au bord de la scène, à quelques centimètres seulement du public ; lorsque soudain, il semble sortir de sa léthargie. Il commence à onduler comme un félin et son interprétation devient plus vivante, plus ouverte. Ce qui confirme que s’il le souhaitait vraiment, Eldritch pourrait nous réserver des concerts nettement plus passionnants.

Lors du premier rappel, « Something Fast » est victime d’un véritable carnage. A cause d'une guitare acoustique désaccordée et de vocaux inaudibles. « Lucretia, My Reflection » se distingue par sa rythmique d'enfer et le pogo endiablé qu’il déclenche dans les premiers rangs. Enfin « Temple of Love » et « This Corrosion » clôturent une prestation décevante malgré quelques bons moments. Pour apprécier les Sisters en live, il n'y a rien de mieux que la vidéo du sublime concert enregistré en 1985, au Royal Albert Hall (voir pour se consoler)

En conclusion, ce Sinner's Day est manifestement une belle réussite : et ce, à tous points de vue. Un regret quand même, l’absence de formations plus contemporaines dans la programmation, afin de démontrer toute la vitalité de la scène ‘wave’ actuelle. L'organisateur, Chris Vanhoyland, a dû nous entendre, car il annonce une prochaine édition qui s’appuiera bien évidemment sur des 'vieilles gloires', comme The Residents ou Revolting Cocks, mais proposera également du renouveau. La présence de Goose est d’ailleurs envisagée ; celle des Limbourgeois Whispering Sons, auréolés de leur victoire au Rock Rally, serait vraiment indiquée ; tout comme celles de Luminance, Organic ou Charnier... Et la liste est loin d’être exhaustive. Rendez-vous l'année prochaine !

Pour regarder les photos du Sinner's Day, c’est ici

Organisation : Sinner’s Day Festival (Star Events, Houthalen – Dp Communications) 

 

 





 

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