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Voix de Femmes 2013 : dimanche 27 octobre

Écrit par Laurent Deger - dimanche, 27 octobre 2013
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Voix de Femmes
Caserne Fonck
Liège
27-10-2013

La caserne Fonck accueille les derniers concerts du festival. Le classico vient de se terminer. Impression curieuse que celle de passer de l'agressivité du match à la douceur paisible de la performance de Silvia Perez Cruz. La salle, plutôt bien garnie, écoute religieusement les chansons lumineuses de la belle Espagnole.

Silvia Perez Cruz est accompagnée de Ravid Goldschmidt, joueur de hang, cet instrument suisse récent à la forme de soucoupe volante et au son cristallin. Nous aurons d'ailleurs droit à un petit cours sur ce très bel instrument durant le concert. Car la belle est bavarde et n'hésite pas à se lancer dans de longues tirades sur sa musique mais aussi sur le plaisir qu'elle a d'être présente parmi nous. Elle n'hésite d'ailleurs pas à prolonger sa prestation autant qu'elle le peut et quitte presque à regret l’estrade. Il est vrai que le public est très réceptif ; et lui non plus n'a pas envie que ce moment de grâce s'achève.

Le duo LLama (le patronyme que les deux protagonistes ont donné à leur projet) nous entraîne dans des réinterprétations de morceaux traditionnels empruntés notamment au fado ("Lagrima") et au flamenco ("Luna"). En effet, Ravid Goldschmidt propose quelques notes de hang et la chanteuse improvise en différentes langues (plusieurs dialectes espagnols et portugais). Un concert du duo n'est donc jamais tout à fait semblable à un autre. La voix de Silvia est exceptionnelle et cette musique intimiste nous plonge dans une certaine méditation. L'atmosphère est presque familiale tant la talentueuse Ibère est accueillante, décontractée et chaleureuse. On a l'impression d'être invité chez elle tant elle a pris possession de la salle. Le concert se termine par une adorable version du morceau "Everything Will Be Fine" de Bill Evans". Le public applaudit à tout rompre, conscient qu'il vient d'assister à la performance d'une artiste hors norme.

Dominique Pinto alias Dom La Nena reprend le flambeau. Affichant un look de lycéenne sage, on a du mal à croire que sa carrière est déjà bien remplie. La Brésilienne exilée à Paris a en effet accompagné de nombreux artistes renommés comme Jane Birkin, Moriarty, Etienne Daho, Camille ou Piers Faccini. Flanquée de son fidèle violoncelle et parfois soutenue par une guitare ou un bandonéon, elle nous emmène dans son univers délicat et nostalgique. Sa voix douce et enfantine se marie agréablement au folk intimiste emprunté à la saudade de ses origines. Malgré son aspect timide, elle prend vite le contrôle du public et parvient à le faire participer plusieurs fois. Heureusement, le spectacle ne tourne pas trop à la fête d’une troupe scoute autour du feu de camp. Sans doute, parce que les interprétations sont excellentes. Caressantes et rafraîchissantes, aussi.

Caressante, Christine Salem ne l'est certainement pas. Cette Réunionnaise est l'une des rares voix féminines du maloya, sorte de blues hérité des esclaves, longtemps interdit sur l'île. Un blues rythmé puisqu'il n'est accompagné que de percussions dont le fameux kayanm, idiophone traditionnel peu connu dans nos contrées mais abondamment utilisé dans les territoires d'outremer. Deux percussionnistes participent également activement au show en s’autorisant des blagues potache ou en motivant le public à rentrer dans la danse. Les rythmes me déconcertent un peu. Je n'arrive pas à y déceler la transe attendue mais une partie de l'auditoire y trouve son compte et se déhanche avec délectation. Christine Salem en grande prêtresse vaudou, fait rebondir sa voix grave sur les percus ou sur de simples claquements de main. On retrouve la musique africaine des origines, brute, sauvage, tribale. Mais il manque sans doute un peu trop de sens mélodique dans cette solution sonore hyper répétitive, y compris dans les chants, pour m'emporter totalement. Une nouvelle fois, le public est amené à participer et le concert se conclut dans une sorte de karaoké africain. Impressions mitigées donc, mais grand bol d'énergie.

Le festival Voix de Femmes s'achève. Il m’a permis de faire de magnifiques découvertes musicales et humaines. Une réussite artistique qui aurait mérité plus de public. En effet, les concerts se sont déroulés devant une centaine de spectateurs en moyenne, ce qui est quand même assez peu au regard de la qualité des artistes proposées. Après avoir réalisé ma petite enquête, j'ai relevé au moins trois bonnes raisons. D’abord, la plupart des artistes étaient inconnus ou peu connus (le côté découverte ne fonctionne pas vraiment), la promotion était insuffisante, d’ailleurs pas mal de gens n'étaient même pas au courant de l’existence du festival ; et enfin, le prix d'entrée était un peu rebutant (22 euros à Liège, cela passe mal). Pour ma part, je me réjouis de découvrir la programmation de la prochaine édition, en espérant qu'elle sera encore plus éclectique et ouverte à toutes les musiques du monde et qu'elle nous permettra encore d'entendre la voix des sans voix.

(Voir aussi notre section photos ici)

 

 





 
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