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Voix de Femmes 2013 : jeudi 24 octobre

Écrit par Laurent Deger - jeudi, 24 octobre 2013
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Voix de Femmes
Caserne Fonck
Liège
24-10-2013

Avouons-le directement, le festival Voix de Femme a été un réel succès artistique. Une programmation remarquable et diversifiée, des artistes talentueuses et généreuses, des moments d'émotions, des découvertes musicales... Bref, tout ce qu'on a envie de découvrir lors de ce genre d'événement. On regrettera juste quelques options logistiques. Par exemple, celle de choisir une yourte exiguë pour servir de scène aux artistes les plus intimistes. L'idée en soi n'était pas mauvaise mais la vétusté de l'installation a obligé pas mal de spectateurs à écouter ces concerts de l'extérieur. On signalera pour compenser ce bémol que les conditions sonores ont été plus qu'acceptables ; ce qui est presque un exploit des techniciens tant on sait à quel point il est malaisé de ‘faire sonner’ la caserne Fonck. Rappelons également que ce festival ne se limite pas aux concerts mais propose parallèlement des spectacles de danse, des expositions, des ateliers... Comme je n’ai pas le don d’ubiquité, je me contenterai de vous parler de musique et de ces femmes qui ont souvent enchanté mes oreilles.

Le festival commence par le set de Mesparrow, une des révélations de l'année grâce à son premier album "Keep This Moment Alive". Marion Gaume, c’est son véritable nom. Elle est française et frêle comme un moineau, mais sa voix a une puissance et une profondeur exceptionnelles. Seule sur l’estrade, elle est entourée de toute une série de pédales de boucle. Le procédé est simple. Elle entame une mélodie a capella, la met en boucle, puis ajoute un beat et différents sons de bouche ou de claquements de doigts qui singent les instruments traditionnels, eux aussi bouclés, pour enfin chanter par-dessus cette petite symphonie tournoyante. Cet exercice de haut vol demande une concentration impressionnante, mais la Tourangelle maîtrise cette technique de main de maître. Il est vrai que le spectacle est bien rôdé puisqu'elle a enchaîné les dates depuis quelques années.

Mesparrow a la lourde de tâche de lancer le festival et le public est bien timide. Elle demande plusieurs fois qu'il se lève en lançant de malicieux ‘approchez-vous, je ne suis qu'un petit moineau’. Et finit par arriver à ses fins. C'est une salle debout qui l'applaudit lors des derniers morceaux. Tout l'album va être passé en revue. Du single "The Symphony" au délicieux "I Don't Want To Grow Up" et sa rythmique hip hop en passant par les excellents "Next Bored Generation"et "City On Fire" (à mon sens le point culminant du concert). Elle nous réserve également deux morceaux où sa voix entre Billy Holiday et Barbara se pose merveilleusement sur des notes de piano, son instrument de prédilection. Notamment sur une très belle reprise de "Stand By Me". Une autre cover constitue l'occasion d'apprécier son jeu de scène, qui me confiera-t-elle, s'inspire de la danse contemporaine et du théâtre. En effet, reprenant à capella le vieux standard de Cole Porter, "My Heart Belongs To Daddy", elle clôture le morceau en répétant et en déformant des dizaines de fois le refrain comme s'il provenait d'un gramophone bloqué sur le dernier sillon alors que son corps mime un disque voilé. Le concert se termine par une version d’"I Want To Travel" au cours de laquelle sa rythmique tribale en fait remuer plus d'un, avant de convier l'assistance à ‘faire la pédale de boucle’. En effet, elle assure alors l'accompagnement musical sur ce dernier a capella. On ressort de ce concert certain que Mesparrow est à l'entame d'une immense carrière, car ce moineau-là possède déjà l'envergure d'un goéland.

Encore sous l'émotion, je me dirige vers la yourte où se produit Soema Montenegro. Cette dernière est venue chercher les spectateurs sa guitare à la main et les convie à l'intérieur. La place faisant défaut, je me contenterai d'écouter de loin la voix mélancolique de l'Argentine accompagnée seulement par quelques percussions hypnotiques. Une transe légère m’envahit et les chants quasi chamaniques de l'Hispanique finissent par m’emporter. C'est troublant et agréable. Un très joli moment.

Je connaissais très peu Emel Mathlouthi mais sa prestation va me bouleverser. Cette artiste tunisienne plus qu'engagée vit en France depuis 2007. Elle a été une des voix importantes de la contestation contre le régime Ben Ali et continue à présent le combat contre le gouvernement actuel et les dérives islamiques. ‘Ils disent qu'ils n'ont peur que de Dieu mais en fait, ils ont peur de tout sauf de Dieu’ assène-t-elle avant d'entamer le titre "Ya Tones, Ya Meskina" ("Pauvre Tunisie").

Ce petit bout de femme dégage un charisme hallucinant. On sent en elle une force et une rage qui ne peut qu'imposer le respect mais aussi une sensibilité susceptible de vous nouer la gorge. Je l'avoue, je suis tombé sous le charme de cette voix exceptionnelle, de ce visage tour à tour sévère puis radieux, de ce sourire incandescent et de ce regard de braise et malgré tout plein d'amour. A un tel point que je me demande si je peux vraiment être objectif sur le concert. Tâchons tout de même de vous donner quelques détails.

Le groupe qui l'accompagne est constitué d'un guitariste plutôt rock, d'un batteur, d'un DJ prodiguant scratches et sonorités électroniques et d'un violoniste apportant une touche arabisante aux compositions. Le chant d'Emel Mathlouthi est lui aussi très inspiré de la tradition orientale. Les premières compos sont sombres, tendues, plutôt rock. Alternances de moments d'accalmies où toute la place est laissée à la diva et de montées en puissance qui emportent l'assemblée. Ci et là, un solo nous permet d'apprécier tour à tour le talent de chaque musicien. Le ton se fait parfois plus trip-hop comme sur l'excellent single "Ma Lkit" dont les paroles désabusées montrent à quel point l'exil et la solitude ont marqué cette écorchée vive. Mais de manière générale, les morceaux sont bien plus organiques que sur l'album, laissant finalement peu de place aux sonorités électroniques. On saluera tout de même l'osmose entre le DJ et le batteur dont les rythmes entremêlés apportent une densité spectaculaire. La conjugaison de beats et de rythmiques arabes est en tout cas une réelle réussite et entraîne plus d'une fois l'assistance dans une danse transique. Transe qui atteint son paroxysme quand Emel et les musiciens se saisissent de Qraqeb, sorte de castagnettes au son métallique utilisés généralement par les Gnaouas.

Mais la partie la plus émotionnelle est encore à venir. Emel Mathlouthi va nous bluffer en interprétant un chant flamenco avant de nous asséner une reprise d'"Hallelujah" seule à la guitare qui tire des larmes à plus d'un spectateur. Enfin, ce sera une chanson traditionnelle de son pays datant des années 30 reprise en choeur par la petite colonie tunisienne présente qui nous emporte dans un torrent de frissons. Rarement un concert m'a procuré autant d'émotions. Je me suis souvent surpris à sourire emporté par la joie de cette demoiselle à être sur scène, à propager sa sensibilité à fleur de peau. Et en regardant autour de moi, j’ai pu constater que j'étais loin d'être le seul.

Qu'il est agréable d'applaudir de telles artistes. Les trois anges de cette soirée ont eu en commun cette volonté de partager leur histoire sans fard ni posture. Merci mesdames pour avoir communiqué toutes ces émotions… 

(Voir aussi notre section photos ici

 





 

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