Butterscotch Hawaiian reste dans les parages

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Histoires domestiques

Écrit par Grégory Escouflaire - vendredi, 31 décembre 2004
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Adem
31-12-2004

Derrière ses petites lunettes, Adem Ilhan n'a l'air de rien, et pourtant il vient de sortir un bon disque, « Homesongs », 10 comptines de l'intime qu'il a écrites tout seul. La solitude, le souffle au milieu du silence, et cette croyance en l'homme, même s'il est minuscule au milieu du cosmos : Adem parle de ces petites choses qui bouleversent nos vies, mais sans frimer comme Philippe Delerm. Rencontre.

Le titre que tu as choisi pour ton album, « Homesongs », reflète-t-il une envie de te mettre à nu ? C'est comme un journal intime.

C'était clairement une décision de ma part de vouloir offrir quelque chose de très intime et de très personnel. Quand j'ai commencé à écrire des chansons, j'ai rapidement remarqué qu'elles tournaient toutes autour de certains thèmes : pas la maison, le lieu d'existence à proprement parler, mais plutôt la famille, les amis, les gens qui te sont proches, et que tu quittes ou que tu retrouves. Au fur et à mesure que l'album prenait forme, j'ai décidé de creuser ces thématiques. 

Etait-il important pour toi d'enregistrer un disque aussi introspectif ? On est très loin de Fridge, d'un point de vue musical.

Exact, c'est un disque très introspectif… Mais au départ, c'était un accident ! J'étais occupé de flâner dans une brocante, et je suis tombé sur cet instrument incroyable… Je m'amusais à frapper ces cordes avec un stylo, et le son qui en sortait était vraiment magique, d'un apaisement total ! J'ai alors commencé à écrire des morceaux en utilisant ces sonorités comme colonne vertébrale, et il en est sorti une première version de « Statued », le morceau d'ouverture de l'album. C'est à ce moment-là que je me suis dit : ce disque sera constitué de chansons ! Tout était basé sur ce son, et je voulais m'y tenir, parce que ça donnait aux morceaux une couleur très rassurante, intimiste. Je voulais que l'auditeur ait l'impression d'être assis à mes côtés. 

Quel est cet instrument ?

C'est une 'autoharpe' (http://en.wikipedia.org/wiki/Autoharp), en fait une sorte de cithare qui donne un son très aérien, naturellement magique ! Dès que je l'ai essayée, je me suis dit : 'Wow ! C'est charmant !'

Magique, romantique, dépressif ?

Il est vrai que ces chansons sont un peu déprimantes, mais j'espère qu'elles distillent également un sentiment d'espoir ! Il faut garder l'espoir, c'est ça le truc : peu importe si les choses vont mal, il y a toujours un endroit où retrouver sa famille, ses amis, les personnes que tu aimes. Voilà le concept : il existe un endroit dans lequel chacun d'entre nous peut se sentir bien… Mais il est clair que tout n'est pas rose, on ne peut pas le nier. La plupart des titres de « Homesongs » s'inspirent d'évènements qui sont arrivés à des potes ou à moi, et qui ne sont pas forcément folichons. En faire des chansons permet de se dire qu'aujourd'hui tout va bien, qu'avec le recul ce n'était pas si grave. 

Te trouvais-tu dans un état d'esprit particulier au moment d'enregistrer ce disque ?

Clairement, mais ça ne se situe pas forcément au niveau émotionnel. J'ai tout enregistré pendant la nuit, à la lumière des bougies, chez moi, dans le silence le plus complet, où le moindre murmure résonnait comme un cri. Je me suis plongé dans un état particulier. Ce qui donne une atmosphère si intimiste au disque. 

Etait-il impossible pour toi de le concevoir en mode diurne ?

J'étais obligé, à cause des voisins du dessus, et parce que j'habite juste à côté d'une usine. Il y a tellement de bruits en journée qu'il est impossible d'enregistrer ! Mais au fur et à mesure, enregistrer la nuit s'est imposé de façon naturelle : ça collait bien avec l'émotion que je voulais rendre sur le disque. 

Tu as tout fait tout seul ? Ca sent la solitude.

Ouais ! J'ai tout enregistré moi-même, et c'était assez bizarre comme expérience parce que j'ai l'habitude de bosser avec plein de gens… Mais pour une fois c'était très excitant de pouvoir faire ce que j'avais envie, d'expérimenter, de laisser aller sans retenue mon imagination. Il m'est bien sûr arrivé de demander à mes proches ce qu'ils en pensaient, mais au moment de l'écriture et de l'enregistrement, il n'y avait personne d'autre que moi ! Et ça se sent à l'écoute du disque, comme tu dis…

C'est dans ce sens (l'expérimentation) que tu t'es mis à chanter ?

Il m'a fallu pas mal de temps avant que je ne me considère comme un chanteur à part entière. C'est seulement maintenant que je peux le dire sans rougir ! Ca fait du bien d'être seul face à soi-même, en toute liberté, et d'essayer des trucs. C'est ainsi que tout a commencé : j'ai pris une guitare, en chipotant deux-trois paroles, une mélodie, et puis soudain, tes idées se mettent en place ! Et le reste suit. Lorsque plein de monde t'entoure, c'est plus difficile, parce que tu ne sais pas forcément quoi dire… Dès que j'ai composé la base de « Statued », je sentais qu'il manquait quelque chose, mais je ne savais pas quoi : je suis avant tout un producteur. J'ai alors eu l'idée de rajouter ma voix, et ça a fonctionné ! Les gens autour de moi ont commencé à réagir, estimant que c'était une bonne idée, donc j'ai poursuivi dans cette voie… Ce qui m'a donné confiance en moi.

Ta première idée était donc de continuer à créer de la musique instrumentale ?

Je compose de la musique en solo depuis des années, mais jusqu'ici je n'avais jamais ressenti la nécessité de la rendre publique. J'ai toujours tâtonné pour savoir ce que j'avais vraiment envie de faire : j'ai écrit chez moi beaucoup de tracks techno, ambient, mais je n'y mettais pas mon cœur. Ici c'est différent, j'y crois vraiment, et ça fonctionne.

Tu as comme point commun avec ton pote Kieran Hebden (Four Tet, et donc Fridge) de te servir des bruits du quotidien pour enrichir ta palette musicale. Y a-t-il dans ton écriture une place laissée aux accidents ?

Oui, tout à fait ! J'ai enregistré la plupart des chansons en une prise, pour donner cette impression de naturel, en gardant les erreurs, les aspérités… Même les oiseaux qui gazouillent et les camions qui passent ! Mais ce qui m'intéresse au niveau de la production, c'est de trouver le bon son. Au départ, ce n'est pas l'instrument qui prime, parce qu'il n'émet pas forcément le son que je recherche. Je peux par exemple le trouver en frappant une table avec un oreiller… Si j'utilise une guitare, j'imagine tout de suite le son qu'elle pourrait faire si je la plonge dans l'eau ou si je gratte les cordes. J'essaie de voir de quelle manière n'importe quel objet peut donner des sons qui sortent de l'ordinaire… Parce que tout objet est intéressant en soi, que ce soit une pièce de monnaie ou un jouet ! Une cuillère peut autant servir d'instrument de musique qu'une batterie. 

C'est quasi de la musique concrète !

Absolument ! Avec une sensibilité de songwriting… Tous ces sons que j'utilise doivent avant tout servir la chanson : c'est la grande différence. 

Tu travailles donc essentiellement à l'aide de collages ?

Je joue de tous les instruments, à part sur certains titres sur lesquels des amis m'ont secondé. Mais tout est live. Il n'y a pas de samples, même si j'ai tout enregistré sur ordinateur… En fait beaucoup de gens parlent de 'folktronica', et je dois dire que je ne suis pas d'accord ! C'est juste parce que j'utilise un ordinateur, mais bon je suis avant tout un producteur ! En vérité je passe plus de temps à bosser sur les détails que sur le songwriting : comment doit sonner tel accord, tel mot, tel souffle,… J'ai beaucoup chipoté sur ce genre de détails, mais s'ils sont là c'est pour servir avant tout la chanson ! C'est ce qui donne cette dimension intimiste au disque, même si cela reste très subliminal. Il y a beaucoup de choses qui se passent à l'arrière-plan, mais ça reste très subtil. 

N'y a-t-il pas là une légère contradiction ? Tu dis avoir laissé la place aux imperfections, mais en fin de compte tout est sous contrôle !

(Grand sourire.) Ouais, c'est un peu cynique, je suppose… Mais pour moi le travail de production n'est pas fort différent de celui de jouer de la guitare pendant des heures pour trouver la mélodie parfaite. Il y a toujours un peu de triche, comme le fait de calculer les blancs entre chaque titre. Rien n'est laissé au hasard ! Ces blancs, j'y ai réfléchi pendant longtemps, et je ne pense pas que la démarche soit fort différente de celle d'un chanteur qui refait dix fois la même prise vocale pour arriver à la 'juste émotion' ! Tout ça, c'est de la performance ! 

A part ça, as-tu été influencé par des songwriter folk ?

Oui, bien sûr. Rien que le fait d'être sur Domino m'a permis d'écouter plein d'artistes-maison du back catalogue, et je pense que ça s'entend. J'aime aussi les singers songwriters du début des années 70, comme Tim Buckley, Donovan, Nick Drake,… Mais j'écoute aussi Björk, Steve Reich, peu importe ! Comme j'écoute plein de trucs, tu peux retrouver dans ma musique des références à Joni Mitchell, mais aussi à Alice Coltrane, ce genre… Je n'ai pas essayé de copier qui que ce soit, mais plutôt de transmettre à l'auditeur les émotions que moi je peux ressentir quand j'écoute ces artistes. Comme une conjuration.

C'est marrant que tu cites Björk, parce que « Pillow » m'y fait penser, justement ! Et l'intonation que tu prends sur « There Will Always Be » aussi…

Oui, tout à fait ! En fait, sur « There Will Always Be », je chante comme elle : c'est une sorte d'hommage, parce que j'adore ce qu'elle fait. Elle sait vraiment bien s'entourer, et déborde d'idées. Quel courage d'oser faire un show avec pour seul instrument une harpe, ou des verres… Ca m'inspire ! C'est vraiment ce que j'ai envie de faire moi-même en live : que les spectateurs ne sachent pas à quoi s'attendre, que ce soit toujours une jolie surprise. 

Qu'est-ce qui t'inspire le plus ? L'amour, l'espoir, le désespoir, la mort ?

Ce qui m'arrive, ce qui se passe autour de moi, des histoires qu'on me raconte… Mais il s'agit davantage de détails, d'instantanés de vie, de petites expériences : rien de massif ni d'extraordinaire ! Tout le monde sait ce que rompre avec sa copine entraîne de la souffrance. Par exemple : ce sentiment de solitude, chacun peut l'appréhender… Je crois que tout le monde peut s'identifier à mes chansons parce qu'elles évoquent ce genre de thématiques à hauteur d'homme, et c'est ce qui est le plus important.

 





 
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