Un goût de gris pour Flox…

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L'oreille de l'orfèvre.

Écrit par Grégory Escouflaire - vendredi, 30 juin 2006
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Adem
30-06-2006

Il y a deux ans sortait « Homesongs » d'Adem, les histoires domestiques d'un Anglais habitué aux bruits lancinants du frigo, et de son 'autoharpe' achetée aux puces. Aujourd'hui c'est à plus grande échelle que notre homme compte émouvoir le quidam, même si la recette n'a pas changé d'un poil. Une voix, une guitare, du bidouillage en mode veille pour ne pas réveiller le voisinage : Adem est le gendre idéal. Rencontre, bis.

J'ai lu sur ton site que tu considères « Love And Other Planets » comme un album-concept sur l'espace, la chose cosmique…

Oui, tout à fait. A l'instar de « Homesongs », c'est de nouveau un disque conceptuel : je l'ai remarqué après avoir écrit 4/5 titres, qui parlaient tous de la même chose. Au début je pensais que c'était juste de la parano, mais il faut croire que j'avais envie d'en parler ; alors j'ai décidé d'explorer davantage ce thème… Et je me suis rendu compte que c'était déjà présent sur « Homesongs », dans « These Are Your Friends » par exemple, où je parle d'espace. Faut croire que c'est quelque chose qui trottait dans ma tête depuis un bon bout de temps, donc…

Et tu sais pourquoi ?

Je ne sais pas, c'est une question qui m'a toujours interpellée ! (rires) Et puis après « Homesongs », qui est un disque composé d'un point de vue très personnel, j'avais envie d'emprunter dans d'autres directions, d'expérimenter de nouvelles perspectives. Sur cet album-ci le point de vue est quasi démiurge, comme un regard jeté sur la Terre à partir de l'univers, même si j'y parle toujours d'amour… Sauf qu'ici je voulais insister sur le fait qu'on est tous pris dans un mouvement bien plus massif qu'on ne l'imagine, et qu'en même temps de petits détails peuvent changer le cours de nos existences. Peu importe le contexte global dans lequel on baigne, une poignée de mains peut avoir autant de conséquences sur nous que deux galaxies qui entrent en collision !

N'est-ce pas flippant, en tant que terrien, de se savoir si minuscule ?

C'est clair, mais cette peur de l'immense nous encourage aussi à nous serrer les coudes. Parce que rester seul fout forcément la trouille. Mais nous ne sommes pas seuls dans ce monde : nous sommes tous là les uns pour les autres.

Et ce titre, « Love And Other Planets » : signifie-t-il aussi que l'amour est une planète à part entière, qu'il nous faut explorer ?

Oui, bien sûr. Cela signifie, entre autres, que l'amour est comme un astre que tu peux regarder à l'aide d'un télescope : tu sais qu'il existe, mais tu ne peux pas l'atteindre. Ou que c'est mécanique, comme une planète : ses mouvements s'avèrent régulés, répondent à certaines lois, comme celle de la gravité. 

Euh, et les hommes sont issus de Mars et les femmes de Vénus ?

(rires) Ouais, je connais le bouquin (NDR : signé John Gray) mais je l'ai jamais lu ! En fait je pense que les hommes et les femmes viennent de la planète Terre, et peu importe qui habite Mars et Vénus ! On a déjà assez de problèmes à résoudre ici-bas… 

As-tu produit ce disque de la même manière que son prédécesseur ?

Sur « Homesongs » les silences étaient très importants. Ici je ne voulais pas reproduire la même chose, mais au contraire pondre un disque plus dense, avec plein de choses qui se passent en même temps… Quand tu écoutes « Homesongs » encore et encore, ça roule, ça tient en place. Ce que je voulais pour « Love And Other Planets », c'est qu'à chaque écoute l'auditeur découvre de nouveaux détails : il y a bien plus d'instruments et d'arrangements sur celui-ci, et tout s'y trouve pour une raison précise. Ecoute-le donc au casque ! 

Il t'a demandé plus de boulot, je suppose, surtout au mixage.

C'est sûr. Mais j'ai beaucoup appris depuis « Homesongs », en tant que songwriter, que performer, que chanteur et que producteur. Et c'est ce que j'ai voulu prouver sur ce disque. Pour « Homesongs » j'ai vraiment cravaché comme un dingue pour arriver à ce que je souhaitais. Pour chanter correctement. Et il n'était pas question que je lâche la pression au moment d'envisager son successeur. Je ne me suis pas dit : 'Oh, maintenant je sais chanter, c'est bon' : j'ai vraiment bossé dur. Ce que j'ai tenté de réaliser, c'est un disque très touffu et travaillé, mais facile d'écoute, qui sonne de manière très naturelle... 

Et que tu as enregistré une nouvelle fois tout seul, ou presque ?

Oui, chez moi, comme pour « Homesongs ». Avec cette fois l'envie d'avoir un son plus massif, plus ouvert, capable de suggérer l'univers, l'immensité qui nous entoure. Il y a davantage de tension qui sous-tend l'écriture, parce que mes textes parlent d'espoir, du potentiel en chacun de nous, de ce qui peut nous arriver. Ou pas. C'est l'un des thèmes de l'album. J'y parle aussi d'amour, d'humanité, mais pas forcément dans le bon sens du terme : l'espoir peut s'avérer un sentiment très pathétique… Il ne sert à rien, par exemple, d'espérer quand la situation est sans espoir. C'est le sujet du dernier titre de l'album (NFR : « Human Beings Gather Round ») : la fin du monde arrive, mais il reste des hommes qui espèrent être sauvés, alors qu'ils vont y passer comme tout le monde… (un ange passe) Mais ça n'a rien de cynique. Il reste de l'espoir. Je crois en l'être humain. 

En live tu joues quasi en sourdine, sans trop d'amplification. S'agit-il d'un choix mûrement réfléchi ?  

Oui, mais rien ne dit que mon prochain album ne sera pas électrique ! J'aime laisser toutes les pistes ouvertes… Pareil pour ce disque, même s'il est clair que je ne voulais pas de sons qui émanent d'instruments amplifiés. Je n'ai pas fini mon exploration de la chose intimiste. 

La musique acoustique symbolise-t-elle pour toi le genre suprême pour traduire une certaine idée de l'intime, de l'intérieur, du profond ?

Peut-être… Mais j'ai récemment écouté le « Master & Everyone » de Bonnie Prince Billy, et c'est le même genre d'émotion, avec une basse et une guitare électriques ! Je ne sais pas… Moi je préfère ce qui n'est pas amplifié, c'est ainsi. Et les instruments que j'utilise, l'autoharpe, le glockenspiel, le clavecin, vont dans ce sens. Je pense que beaucoup de musiciens qui jouent de la musique intimiste le font avec des instruments acoustiques parce qu'ils y sont habitués, point barre. Mais s'ils se mettaient tout d'un coup à la guitare électrique, ça marcherait toujours, j'en suis sûr ! 

Tu sais de toute façon de quoi tu parles : tu jouais dans Fridge ! Rien à dire à ce sujet ?

On y travaille. On espère sortir un nouveau disque début 2007. C'est très excitant parce qu'on se connaît depuis qu'on a 12 ans (NDR : Sam Jeffers, Kieran Hebden et lui), mais ces dernières années on n'a pas eu le temps de se voir, et le fait de relancer la machine va nous permettre d'y remédier. C'est vraiment cool. Et c'est une bonne excuse pour reprendre contact ! 

C'est amusant : on parle de musique acoustique, et ton pote Four Tet (Kieran Hebden) vient de sortir un disque en compagnie de Steve Reid (« The Exchange Session ») sur lequel on trouve un morceau intitulé « Electricity And Drum Will Change Your Mind »…

Oui c'est vrai, et d'ailleurs j'aime beaucoup ! Il y a plein de trucs hyper électriques qui me touchent, de la musique de laptop qui me fait fondre en larmes… L'important n'est pas l'instrument, mais la sensibilité avec laquelle on en joue ! 

Que pensent Kieran et Sam de ta musique ?

Ils me soutiennent depuis le début, et ils l'aiment beaucoup. Kieran m'aide au mixage, parce que je suis sourd d'une oreille. 

Vraiment ?!?

Oui ! Je n'entends rien de l'oreille gauche, donc la stéréo… Je ne sais pas ce que c'est ! C'est pourquoi lors du mixage de mes disques, j'ai fait appel à Kieran ; car il est très difficile pour moi d'appréhender le son en tant qu'espace, les balances… 

S'agit-il d'un accident ?!?

Non, c'est congénital. Le nerf relié au cerveau ne fonctionne pas comme il devrait… Il y a de la friture sur la ligne, si je puis dire ! Mon oreille fonctionne, mais l'information n'atteint pas le cerveau. 

Penses-tu que ta carrière de musicien, ton amour de la musique, en est la conséquence ?

Je ne sais pas… Il y avait bien un piano à la maison, mon père était pianiste… Mais  je pense que ma passion pour la musique vient surtout de ma rencontre avec des gens comme Sam et Kieran, à l'adolescence… Ils m'ont beaucoup inspiré, et vice-versa : on traînait tout le temps ensemble à écouter des disques, à s'exciter les uns les autres à propos de tel ou tel artiste qu'on venait de découvrir, ce genre… 

Donc, tu entends, si je puis dire, en mono ?

Si on veut, oui, mais c'est même encore pire puisque quand j'écoute de la musique au casque, je n'entends que d'un côté ! Je ne reçois que la moitié de l'information, en somme.

Et sinon, comment s'est passé ta rencontre avec Vashti Bunyan ? Tu as collaboré à son deuxième album, « Lookaftering », sorti l'année dernière…

En fait je la connaissais depuis un certain temps déjà, mais quand elle a découvert qu'elle était devenue la nouvelle icône de la coolitude et qu'elle allait devoir donner un gros concert à Londres, elle a eu un peu peur. C'était son premier spectacle en 45 ans, à peu de choses près, et elle m'a demandé de l'accompagner sur scène, avec Kieran. Quand on s'est rencontrés elle était très timide, et vraiment apeurée. Elle est venue chez moi, on a discuté. Elle nous a raconté son histoire, c'était incroyable ! Je me rappelle qu'elle ne voulait pas quoique ce soit ; puis à la fin de la soirée elle a quand même changé d'avis, et c'était grandiose : imagine, Vashti Bunyan qui chante dans ta cuisine ! Depuis lors on est devenus amis, on discute beaucoup de l'industrie du disque, parce qu'elle n'a pas beaucoup d'expérience en la matière. Quand elle m'a demandé si je voulais jouer sur son disque, j'ai accepté directement, évidemment ! Ce qu'elle a fait avec Max Richter (NDR : à la prod) est vraiment brillant, d'autant qu'il y a plein de stars qui ont participé, Devendra Banhart, Joanna Newsom,… Ils sont arrivés malgré tout à garder le contrôle et à faire sonner le disque comme un disque de Vashti Bunyan. 

De là, la discussion prend des allures de débats à la Nick Hornby… Où il est question de Grizzly Bear, d'Alice in Chains, de Jeff Buckley (sa cover de « Mojo Pin », sur l'album-tribute « Dream Brother – The Songs of Tim & Jeff Buckley »), de Hot Chip (« Leur premier album est bon aussi »), de The Verve, de musique sérielle, de Quickspace Supersport, de Stereolab, de Nirvana, de l'Elysian Quartet, d'Alexis Murdoch (« Un songwriter à suivre ! ») et de ses disques d'île déserte. Il y en à quatre, et ce sera le mot de la fin :

« Blue » de Joni Mitchell, « Music For 18 Musicians » de Steve Reich, « A Love Supreme » de John Coltrane et « Gish » des Smashing Pumpkins ! 

 





 
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