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L'éther du milieu

Écrit par Grégory Escouflaire - vendredi, 31 décembre 2004
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Archive
31-12-2004
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En l'espace de trois ans et deux albums, le duo britannique Archive est devenu le nouveau fer de lance d'un rock progressif mâtiné d'électronique, aux ambiances plaintives et suffocantes. Le genre de groupe qu'on préfère écouter seul chez soi plutôt qu'avec sa copine, pour éviter toute démission affective et crêpage de chignons. Et même si Darius Keeler et Danny Griffiths s'en défendent, c'est la pure vérité : écouter 'Noise' et cet unplugged en charmante compagnie, c'est risquer la migraine : 'Pas ce soir, j'écoute Archive'… En cette période de course aux cadeaux, mieux vaut donc éviter d'acheter l'unplugged d'Archive à sa petite copine : un bon best of de Britney Spears ferait bien mieux l'affaire (quoique…)

" Il est vrai que ce disque est un bon cadeau à offrir à ton ex ! ", se marre Danny Griffiths, tête blonde et barbe de trois jours. " Toutes nos chansons parlent de rupture, de cette souffrance qu'on ressent à chaque fois qu'une relation part en couilles… Mais je reste persuadé que notre musique est positive. Elle ne véhicule aucun message misérable, et puis de toute façon écrire des chansons joviales ne nous intéresse pas, c'est bien trop facile ! ". N'empêche qu'à l'écoute de cet unplugged, qui reprend des titres des deux derniers albums d'Archive, difficile de croire que les jérémiades de Craig Walker (leur chanteur) donnent envie de taper du pied et des mains comme si on était au cirque. Un titre comme 'Fuck You' (ici en ouverture) ne respire décidément pas la joie de vivre, et celui qui dit le contraire ferait bien d'arrêter les Xanax et de se mettre vite fait au feng shui. " Ce titre évoque la frustration et la colère qu'on peut ressentir en vivant en Angleterre ", explique Griffiths. " Quand on l'a écrit, on en avait vraiment marre de tous ces politiciens véreux qui n'arrêtaient pas de promettre des choses mais ne proféraient que des mensonges… Tony Blair, Bush… Si je les rencontrais je leur mettrais ma main sur la gueule : ces types n'ont rien dans le cerveau ! Mais le plus amusant, c'est que chacun peut interpréter les paroles comme bon lui semble, y mettre son propre vécu : en Grèce par exemple, plein de gens demandent aux animateurs radio de passer 'Fuck You' à l'adresse de leur ex… T'y mets ce que tu veux, et c'est ça qui est cool ! ". Cool… ? Mais à quoi bon s'évertuer à ressasser ses rancœurs quand il est déjà assez difficile de les mettre au placard, et de continuer à vivre et être heureux, coûte que coûte ? 'La réalité, c'est ce qui refuse de disparaître quand on cesse d'y croire', disait Philip K. Dick, et là est sans doute le vrai message de cette chanson pleine de fiel et de ressentiment. Darius Keeler, le moins sanguin des deux, semble acquiescer entre deux gorgées de bière : " Je comprends ce que tu veux dire… ", lâche-t-il d'un sourire en coin en regardant son collègue. " Il a raison, ce n'est pas très positif comme chanson… ". Et Griffiths de rétorquer : " Tu sais, l'idée au départ était de composer une belle musique majestueuse, pleine de cordes, mais avec des paroles violentes, parce que le contraste rend la chanson plus puissante ". Toujours est-il que dépouillées de leurs oripeaux électr(on)iques, les chansons d'Archive sonnent encore plus mélancoliques… Et donnent ainsi l'impression d'avoir été composées 'à l'ancienne', sur un piano ou une guitare acoustique. Verdict : " On compose surtout au laptop, et il est clair qu'entendre tous ces titres fonctionner en version acoustique est surprenant ! ", déclare Darius Keeler. " Parce qu'on n'a jamais écrit de chansons de cette manière : on préfère expérimenter et triturer les sons… A vrai dire écrire des chansons de façon traditionnelle ne nous intéresse pas : on n'est pas Bob Dylan ! ". Alors pourquoi cet unplugged ? " On n'avait rien prévu ", insiste Keeler. " On était occupés d'enregistrer 'Noise' à Paris, et comme il nous restait du temps à la fin, on s'est dit qu'il serait sympa de mettre sur pied un concert acoustique pour nos fans… Le résultat a plu à notre maison de disques, qui nous a proposé de le sortir dans le commerce. Ce fût très spontané ! ". Danny : " C'était amusant… Mais si on n'avait pas eu le temps, jamais on n'aurait pensé faire ce genre de truc ! D'ailleurs on n'a répété que deux fois : le résultat aurait pu être catastrophique ! (Il se marre) Heureusement on a choisi les titres les plus adaptés à ce genre de reconversion… Un morceau comme 'Pulse', par exemple, n'aurait pas du tout fonctionné… ". La preuve qu'Archive n'est pas seulement un groupe de bidouillages, puisque ses chansons ne perdent rien de leur puissance émotionnelle une fois désinhibées, jouées dans leur plus simple appareil. Seul bémol évoqué à l'écoute de cet unplugged : le chant de Craig Walker, à la limite du pompiérisme. Chez lui la tristesse n'est pas murmurée mais hululée, comme si l'emphase se révélait la condition sine qua non pour traduire les maux du cœur, si sclérosés soient-ils… D'où cette cover de 'Girlfriend in a Coma' des Smiths, l'écrin parfait pour Craig Walker et ses vocalises de Castafiore défoncée aux antidépresseurs. " Il s'agit d'un des groupes préférés de Craig ", explique Darius Keller. " Il voulait absolument la chanter alors on l'a laissé faire… Et on adore le résultat ! ". Parmi les autres surprises, figure cette chanson du groupe français Santa Cruz ('Game of Pool'), l'un des secrets country-folk les mieux gardés d'Outre-quiévrain : " On les a vus jouer à Paris dans un club, et comme on aimait bien leur musique on a proposé à Bruno (NDR : voix) de venir au concert chanter un de leurs titres, avec Craig aux backing vocals ", précise Darius. Une sorte de juste retour des choses, la carrière d'Archive étant fort tributaire du succès rencontré en France depuis la sortie de ce premier album, 'Londinium', il y a plus de 5 ans…

Alors qu'en Angleterre le public et la presse continuent injustement à bouder le groupe, jugé… 'trop progressif'. " La Grande-Bretagne est un pays très porté sur le rock, et Archive n'est jamais rentré dans ce moule ", s'attriste Darius Keeler. " Mais c'est mieux que d'essayer bêtement de rentrer dans le jeu, juste pour plaire au plus grand nombre ", renchérit Danny Griffiths. " Le problème, en fin de compte, est qu'il y a de moins en moins de gens qui prennent le temps d'écouter un album, et notre musique s'apprécie avant tout dans la durée. En Angleterre, il existe cette espèce de culture pop kleenex : on écoute puis on jette. C'est de la consommation frénétique, et la musique d'Archive ne rentre pas dans ce schéma. Ici les gens prennent plus le temps : ils écoutent plus attentivement, ils analysent… C'est sans doute la raison pour laquelle on se sent plus à l'aise sur le continent. C'est étrange quand même, non ? ".





 
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