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L'art sous toutes ses formes...

Écrit par Bernard Dagnies - vendredi, 30 juin 1995
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Bandit Queen
30-06-1995

Tracy Godding compose, joue de la guitare et chante chez Bandit Queen. Mais c'est également une petite bonne femme très cultivée, artiste jusqu'au bout des ongles, sachant ce qu'elle veut tout en faisant preuve d'une grande gentillesse. Mais n'allez surtout pas comparer le trio mancunien avec les Breeders, même s'il aurait mieux fait de naître au pays de l'once Sam; et encore moins avec Polly Harvey, avec laquelle elle ne partage le même intérêt que pour les questions relatives à la sexualité...

Avant de fonder Bandit Queen, tu as joué dans un groupe qui répondait au nom de Swirl. Vous y étiez tous les trois?

Oui, mais il y avait également un violoniste et un autre guitariste. Et Janet jouait également de la guitare. C'était totalement différent. Notre line-up a compté jusqu'à cinq musiciens. Nous avons décidé de le réduire à un trio pour simplifier, pour faciliter notre tâche. Notamment au niveau de la structure mélodique. Et puis, je dispose de davantage de liberté d'action pour le chant.

Souffres-tu encore d'être comparée à PJ Harvey?

Seuls les journalistes paresseux ont colporté ces âneries. Ils l'avaient sans doute lu dans un autre canard qui nous comparait à PJ Harvey ou aux Breeders. Le Melody Maker et le New Musical Express, par exemple. S'ils s'étaient donné la peine d'écouter notre musique, ils n'auraient sans doute pas tiré les mêmes conclusions hâtives. A moins qu'ils ne soient très influençables...

Pourtant, tu as un jour déclaré que vous pourriez devenir les Breeders britanniques si le public vous en laissait le loisir.

C'est une déclaration que j'ai faite dans un certain contexte. Je ne pense pas que notre musique ressemble aux Breeders. Mais bien notre attitude et notre sens de l'humour. Notre bassiste, Janet, est une fan du groupe. J'ai émis cette réflexion un jour où j'étais particulièrement fâchée. Car en Angleterre, peu de monde s'intéresse à nous, alors qu'aux States nous sommes accueillis les bras ouverts. Nous ne voulons pas devenir des autres Breeders. Cette affirmation était sans grande importance. Mais apparemment personne ne l'a oubliée.

N'est-il pas paradoxal de jouer une musique comme la votre lorsqu'on vient de Manchester?

Ce n'est pas parce qu'on vit dans une ville que l'on doit fatalement s'identifier aux groupes qui en ont fait sa notoriété musicale. J'aime les Stones Roses, et particulièrement leur premier album, Inspiral Carpets, Happy Mondays... Mais mes influences, je les puise plutôt dans la musique américaine, le post punk et puis surtout chez Bowie et Bolan...

Face à la multiplication des groupes drivés par des femmes, ne penses-tu pas que vous auriez mieux fait de vivre à Boston ou à Chicago?

J'aime beaucoup Boston. Mais par dessus tout San Fransisco. C'est vraiment une chouette ville. Je pense souvent que l'Angleterre est une petite île. Et pour obtenir plus d'espace, nous sommes obligés de tourner sur le vieux continent. L'Angleterre est isolée, entourée par la mer. Ce qui explique sans doute pourquoi tant d'insulaires ont l'esprit aussi étroit. Nous serions plus heureux si nous pouvions vivre dans un monde plus ouvert. C'est vrai que parfois nous rêvons de partir ailleurs. Même le monde musical britannique manque d'ouverture d'esprit. Et il est à la fois stupéfiant et consternant de constater que la presse entretient cette carence...

Est-il exact que plagier toutes les formes d'art, et en particulier la littérature constitue votre forme de sampling? Quel rapport y a t-il entre la peintre mexicaine Frieda Khalo, dont la photographie illustre votre pochette (voir la reproduction ci-dessous), et votre musique?

J'aime la peinture de Frieda Khalo, parce qu'elle est directe et personnelle. Mais il est difficile d'établir une comparaison entre son art et notre musique. Elle existe, mais je suis incapable de l'établir. C'est beaucoup trop abstrait... Aujourd'hui la musique est devenue hybride. Certains n'expérimentent même que les samplings. Par exemple dans le domaine de la musique de danse. Nous n'utilisons pas de samplings. Cette technologie coûte beaucoup d'argent. Et puis nous essayons de respecter une ligne de conduite. De perpétuer une certaine approche de la poésie. Nos lyrics obéissent d'ailleurs à une forme poétique. Janet et David écrivent également des poèmes. Nous nous inspirons beaucoup de la littérature. Et en même temps, nous nous intéressons à de nombreuses formes d'art. Pour illustrer la pochette, nous avons fait appel à un peintre et à un photographe. Je pense qu'il est très créatif de mêler des formes artistiques différentes avec la musique. Elle ne se limite pas qu'au son. Les notes et les images peuvent également susciter des émotions...

Le nom du groupe provient du surnom de Phoolan Devi (NDR : elle a été assassinée le 27 juillet 2001), une femme indienne qui fut kidnappée et violée par des gangsters avant de devenir leur leader. Intentionnel ce choix?

Oui. J'ai lu ce bouquin consacré à cette histoire, il y a deux ans. Il m'a beaucoup plu et j'ai pensé que Bandit Queen recelait suffisamment de signification politique, sociale et féministe pour représenter une bonne image du groupe. Et nous l'avons adopté.

La chanson "Scorch" parle de sexualité, de sexe, et d'attitude vis à vis de la sexualité. Penses-tu que le combat entre les identités sexuelles exerce une fascination. Es-tu intéressée par la poétesse grecque Sappho?

Oui, parce que je pense qu'elle était la première femme poète. J'aime la poésie simple et directe. Parfois ses vers ne comptent que deux lignes, mais traduisent une sensibilité hors du commun... De quoi parlions-nous encore? (rires). De la sexualité. Une question très intéressante. Je suis bisexuelle. Je ne m'en cache pas. Chaque être humain connaît une sexualité différente. Je ne sais pas si le combat entre les identités sexuelles est fascinant. C'est un facteur de la vie. Adolescente, j'étais fascinée par ces questions. Aujourd'hui, j'ai pris davantage de recul. Je suis comme je suis. Et je n'ai pas connu plus d'expériences sexuelles que les autres. Simplement, j'estime que la sexualité est un phénomène dont il faut parler. Il est aussi important que le problème du racisme, de la politique ou du féminisme. Aussi, pas plus.

La chanson "Miss Dandys" traite de problèmes de la prostitution: "Miss Dandys montre moi un peu de paradis". Pourtant, ne dit-on pas que la prostitution conduit en enfer?

Miss Dandys est le personnage d'un livre qui s'intéresse à la culture nippone. Une histoire au sein de laquelle les prostituées sont travesties en hommes. C'est à la fois étrange et destructeur. Un peu fou, mais terriblement passionnant. Je suis passionnée par à la face cachée des autres civilisations. Du Japon ou du Mexique, par exemple. Là où je vis, à Manchester, de la fenêtre de mon appartement, j'observe le manège des prostituées dans la rue. C'est un phénomène qui marque ma vie quotidienne. Je ne pense pas que la prostitution mène en enfer. C'est peut être un mal, mais nécessaire. Elle permet de libérer l'homme de ses frustrations, de sa violence intérieure. C'est un peu une forme de garde-fou pour la société. Mais si le plus vieux métier du monde est un exutoire, il pose le problème des conditions dans lesquelles il est pratiqué. Absence de droits. De sécurité sociale. Exploitation par les souteneurs, destruction de sa propre identité. Je ne pense pas que j'aurais pu être une prostituée. Dans les rues, à Manchester, il fait très froid. Je me vends déjà à la musique, pas mon corps!

Version originale de l'interview parue dans le n° 34 (juin 1995) du magazine Mofo.





 
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