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Punk et hippie à la fois…

Écrit par Bernard Roisin - vendredi, 30 juin 1995
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Björk
30-06-1995

Il paraît qu'elle se saoule pour échapper aux affres du décalage horaire. Ce qu'elle a dû faire bien souvent, si on en juge par l'intense activité qui l'a menée aux quatre coins du monde, après avoir publié son "Debut". L'Islandaise n'avait pas hésité à laisser tomber ses Sugarcubes, et ce n'était pas dans une tasse de café. Mais a posteriori, le choix était bon puisque "Debut" a été plébiscité dans toute l'Europe! Aujourd'hui, Björk (qui répond au doux nom de famille de Gundmundsdottir) doit confirmer. "Post", son second elpee paraîtra ce 12 juin... Explications.

Existait-il une tension, une peur de mal faire lorsque tu as commencé cet album après le succès commercial et critique du premier ?

Pas vraiment. Dès mon premier disque à l'âge de 11 ans, je suis devenue une sorte de Shirley Temple en Islande, où j'étais très populaire... J'en ai vendu 5 000 exemplaires ; ce qui pour un pays comme l'Islande est énorme (double platine!). Ma popularité y était similaire au succès que je rencontre aujourd'hui en Angleterre, proportionnellement évidemment. Mais je détestais le succès, parce que je n'aimais pas les chansons que j'interprétais. Je le trouvais malhonnête! Et bien sûr à l'école tous mes congénères voulaient devenir mes amis... C’était très superficiel. Ensuite, j'ai fondé un groupe avec des copains d'école à 12 ans, en 78.

Est-ce habituel en Islande de former un groupe à 12 ans ?

Non, mais c'était une époque particulière, 1978... et c'était plutôt courant à ce moment-là. Je ne sais pas ce qu'il en était chez vous...

Nous jouions aux cow-boys et aux indiens à cet âge, je pense.

Pourquoi pas? Mais il faut dire aussi que je fréquentais une école de musique depuis l'âge de 5 ans. Et aussi parce que mon beau-père jouait de la guitare, c'est d'ailleurs un guitariste de blues assez connu. A la maison résonnaient toujours ses solos de guitares... Pour moi, former un groupe était naturel. A partir de cet instant, j'ai écrit des chansons pour mes amis sans pour autant m'imposer comme leader du groupe. J'ai expérimenté tous les styles possibles : metal, jazz, musique techno, électronique etc. On l’entend à la fois sur "Debut" et "Post". J'aime un peu de tout. J'ai eu l'habitude de faire face au monde extérieur, d’être confrontée à la pression. Tu sais à 11 ans, c'était dur... J'étais planquée à l'arrière pour y jouer de la batterie ; et un jour, on est venu me chercher pour me propulser à l’avant-scène, je ne sais pas pourquoi.

Et tu ne sais toujours pas pourquoi aujourd'hui ?

Honnêtement, c'est difficile à dire. Peut-être qu'après 17 ans de carrière musicale, j'ai appris à vivre avec cette tension... C'est inconscient. Tout ce temps, ces 17 ans, je dois avoir appris à m'y faire, sans le savoir. Lorsque j'étais chez les Sugarcubes, j'estimais que nous nous étions perdus en route. Je me suis dit : j'arrête là ! Vous connaissez la difficulté rencontrée par les gens, à plus ou moins 30 ans, de cesser ce genre d'aventure. On se dit: ‘Tous mes rêves d'adolescents, que sont-ils devenus ?’ Toutes ces idées m’on effectivement traversé la tête à 26 ans! Mais j’en ai aussi déduit que si je ne sortais pas "Debut" à ce moment-là, je ne le ferais jamais.

Chapitre solo

Alors que tu militais encore chez les Sugarcubes, avais-tu déjà réalisé des projets en solo ?

Oui, mais ce n'était pas bon... C'était difficile pour moi d'être égoïste, d'écrire un album complet avec seulement mes chansons. Et lorsque je l'ai fait, ce fut une grande surprise de voir le nombre incroyable de gens qui l'appréciaient. Je ne pouvais m'empêcher de penser que je régressais, seule, en réalisant ce que j'aimais, sans faire plaisir à personne d'autre! Mais sans m'y être vraiment préparée, je savais comment étaient les médias, les avocats, les instruments... Dix-sept ans dans le métier, tu dois être vraiment stupide si une telle expérience ne t'a rien appris.

"Post", est-ce la suite logique du 1er album ?

Oui c'est pourquoi, j'ai intitulé le premier "Debut" et le second "Post". Ce sont presque des jumeaux, le 1er et le 2ème. Ce qui m’effrayait en enregistrant "Debut", c'est que je savais que ce ne serait pas parfait, parce que c'était le premier et je crois qu'une des raisons pour lesquelles les gens n'écrivent pas des livres ou ne tournent pas de films, même s'ils en sont capables, c'est à cause de ce syndrome de la première fois : ils sont terrifiés à l'idée que ce ne soit pas parfait.

Qu'y a-t-il de mal à ne pas être parfait ?

Rien, c'est ce que je me suis dit (elle rit). Et c'est pourquoi je l’ai réalisé : je savais dès le départ que le second serait meilleur que le premier. Je n'ai de toute façon pas cette envie d'être aimée à tout prix. Si je voulais que tout le monde m'aime, j'aurais sorti un album genre Kylie Minogue... Et il n'y aurait sûrement pas eu tous ces revirements dans ma vie! Chaque fois que j'ai joué dans un groupe, ça a marché si fort que j'ai toujours gagné beaucoup plus d'argent que ma mère. J’aurais pu continuer, et au contraire j'ai quitté ces groupes. Je l'ai déjà répété six fois dans ma vie. Parce que j’estimais que ce n'était plus créatif!

Comment expliques-tu que ça ne l'était plus?

D'abord ça débute bien, c'est très créatif... Jusqu'au moment où ce n'est plus vivant! Quand un groupe commence à avoir de l'argent et tout ca, il n'est plus bon. Les gens perdent leur spontanéité et s'installent dans un confort musical. C'est à ce moment-là que je me casse... Les autres me disent: ‘You're mad’. Je réponds : ‘Je sais, je suis désolée...’

Chapitre Tricky

As-tu travaillé avec l’équipe qui a fait ton premier album solo ?

Plus ou moins. Nellee Hooper est présent sur six titres qu'il produit. Ma première réaction a été instinctive : j’en ai conclu que le premier bébé n'était pas mal et que j'avais été suffisamment courageuse pour l’accomplir. Comme je voulais faire mieux, je me suis dit : ‘Maintenant, je peux tout effectuer moi-même’. Je peux me charger des drums, des solos de guitare... Et puis j'ai pensé : ‘Non ça, ce n'est plus du courage, c'est de la stupidité’. Mon manager m'a dit: ‘Si ce n'est pas cassé, ne répare pas’. Il ne fallait pas détruire cette équipe ‘just for the sake of it’

Comment as tu rencontré Tricky ? Par hasard ?

Presque en fait. Il me fait tellement rire, je l'adore... Anyway, il est de Bristol comme Nellee, comme Massive Attack. Ils sont un même groupe d'amis depuis qu'ils sont tout petits. Et maintenant je les connais tous, grâce à Nellee. Tricky, je l'ai vu dans des soirées. On s'était promis de travailler ensemble. J'adore sa musique, et il aime ce que je fais. Généralement quand des musiciens participent à une soirée et qu'ils sont bourrés, ils se disent toujours: ‘On va faire un truc ensemble’. Le lendemain, c'est oublié... Là-dessus, je suis retournée en vacances en Islande pour la 1ère fois depuis longtemps : un mois pour passer la Noël auprès de ma famille et mes amis... Finalement, je ne suis restée que deux semaines : je me suis bourré la gueule avec tout le monde, j'ai visité ma grand-mère, ma famille, je suis allé promener dans le blizzard, les montagnes... Mais après ces deux semaines, je me suis dit ‘Encore deux semaines de vacances à tirer!’. Franchement, je n'en pouvais plus, fallait que je travaille... J'ai appelé Tricky, parce que je m'emmerdais. Je lui ai dit: ‘Rappelle-toi, tu as dit qu'on devrait travailler ensemble’. A ma grande surprise, il s'en est souvenu. Je lui ai dit que j'avais écrit quelques chansons et qu'il y avait un petit studio pas cher à Reykjavik, avec des gens gentils et dévoués. Il m'a répondu: ‘OK, j'arrive demain’. Il a passé cinq jours en Islande et c'était génial.

Quand tu écris, qu'est-ce qui vient le plus naturellement les mots ou la musique ?

Cela dépend. Ce qui est courant, c'est que la chanson que j'écris soit le ‘thème du mois’. Exemple? "Venus as a boy" sur "Debut", représente vraiment un mois dans ma vie. C'étaient les émotions que je ressentais à ce moment-là pour quelqu'un. J'étais obsédée, je regardais des films d'indiens à la télé avec leurs orchestres à cordes. J'écoutais du reggae et cette chanson a aussi été influencée par Maxi Priest! C'est très irrationnel... Je peux écrire dix chansons par mois et ensuite découvrir qu'elles forment une et une seule chanson. Je suis obsédée par la même mélodie, je choisis la meilleure et j'arrête là... Sinon, ça me prendrait beaucoup de temps.

Chapitre Sugarcubes

Qu'est-il arrivé aux autres Sugarcubes ? Tu es toujours en contact ?

Bien sûr. Ils font tous des choses différentes. Siggi, le batteur, vit près de Chicago. Sa femme y poursuit des études postuniversitaires. Pendant ce temps, lui, travaille en compagnie de groupes de jazz expérimentaux. Einar Benediktson (voix et trompette) dirige un cybercafé à Reykjavik. C'est le genre de gars qui fait toujours dix choses à la fois –pour l'anecdote, il collectionne des cartes postales de très mauvais goût, en particulier celles de Noël. Magga a produit des albums pour enfants, et est occupée de composer une musique de film en Islande. Bragi (le bassiste) écrit de la poésie qui reçoit de bonnes critiques en Scandinavie. Thor, le guitariste a monté un nouveau groupe avec un gars appelé Gufnar Tochtokoni, je ne sais pas si vous le connaissez, c'est une espèce de vieux punk sans concession.

Thor, c'est le père de ton enfant ?

Oui, d'ailleurs aujourd'hui il passe le jour de Pâques en compagnie de son père, alors que moi je suis ici... Ce groupe que Thor a formé, s'appelle Unun et il a été le plus populaire d'Islande l'an passé. Ils ont une jeune chanteuse merveilleuse.

Est-ce plus difficile d'être une femme seule dans le monde du show-biz plutôt que d'être membre d'un groupe ?

Je ne peux parler qu'en mon nom propre, de ma propre expérience. Quand j'étais dans les Sugarcubes, il n'y avait aucun problème ; pour l'instant, je n’en rencontre pas, non plus. J'ai tendance à traiter cette question féministe/sexiste en l'ignorant ; je crois qu'on lui accorde bien trop d'importance. Je suis une personne qui écrit de la musique et je suis une femme. J'ai beaucoup travaillé dans des groupes où j'étais la seule fille. Ils commençaient par dire: ‘Oh, mais tu es une femme’. Chaque fois que j’entends ce genre de commentaire, je sais que je suis dans la merde. Mais je n'en tiens pas compte. Ma mère a passé la moitié de sa vie à dire qu’elle ne voulait pas être en cage, c'est négatif de vivre toute sa vie comme ainsi. Mais elle a ouvert la cage! Moi, je préfère ignorer la cage. Je crois que ma génération de femmes est comme ça.

Chapitre dEUS/Zazou

Tu connais le groupe belge dEUS, qui a choisi son nom d'après la chanson des Sugarcubes ?

Des journalistes belges que j'ai rencontrés il y a quelques jours m'en ont parlé. Je suis très honorée...

Es-tu heureuse du morceau que tu as réservé à Hector Zazou sur "Songs from the Cold Sea" ?

Oui! J'adore travailler dans des créneaux dissemblables. J'ai réalisé énormément de projets différents, quand je jouais à l'école de musique... J'ai produit un groupe de hard-rock, je peux être chanteuse compositrice, j'aime faire toutes ces choses et cela s'entend sur l'album... Donc, lorsqu’Hector Zazou m'a demandé de travailler avec lui j'ai trouvé ça très excitant. Il pensait que je devais choisir une chanson du nord à propos de l'océan. Mais, toutes les chansons que je connaissais sur l'océan étaient toutes des trucs de marins genre "C'est à boire qu'il nous faut") il m'a dit ‘Euh ! Peut-être faudrait-il penser à autre chose ?’. Je me suis dit: ‘Fuck this ocean business, je vais simplement chanter ma chanson islandaise préférée’. Et j'ai choisi cette chanson d'amour impossible au 17ème siècle : une histoire d'amour islandaise très connue, mettant en scène un Viking. Elle l'aime profondément, mais elle ne peut l'épouser... Sans doute la chanson d'amour la plus dramatique qui ait jamais été écrite…

Y-a-t-il une influence islandaise dans ta musique ?

Oui, je pense que l'influence islandaise se sent. Je donne à travers ma musique l'impression que la nature est importante... L'Islande est le pays le plus riche au monde. Nous avons toute la technologie que nous voulons, et les gens n'en sont pas effrayés. Pourquoi? Parce que nous avons... la nature! Nous sommes en permanence arrêtés par le blizzard ou par les volcans et leurs éruptions. La nature remet les choses à leur place, là où elles doivent être. J’étais à Los Angeles lors du tremblement de terre, là où il y a cette arrogance des gens qui se disent ‘We fuck nature’. Comment osent-ils penser ainsi? L'homme ne baisera jamais la nature, parce qu'elle est dix mille fois plus puissante que l'être humain, et ce n'est pas demain que cette situation changera. Je crois que dans ma musique, la nature est présente, mais aussi le futur, la technologie... Les hommes politiques essaient de s'occuper de politique dans le monde. Mon boulot à moi est de m'occuper de ma politique personnelle, de ce que je fais avec moi-même et mes émotions. Je sympathise avec mes émotions, c'est mon boulot. C'est très naïf, mais je pense que quand on est bien dans sa peau, on n'essaie pas de manipuler les gens et on n'est pas manipulé par les autres! Quand on est OK, la nature est OK et le monde est OK.

Björk est donc une hippie ?

We are the world... Je suis plus une musicienne qu'une hippie. Je suis un produit des hippies, je suis devenue punk, je suis issu de cette génération... Etre punk est d'une certaine façon très lié au fait d'être hippie : les punks étaient très obsédés par le fait de ne pas être hippies... Je suis un mélange des deux.

(Article paru dans le n°34 du magazine Mofo de juin 1995)

 





 
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