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Penses-tu réellement que Cell soit un groupe de blues ?

Écrit par Bernard Dagnies - jeudi, 30 juin 1994
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Cell
30-06-1994
Lors de la sortie de son premier album, les médias avaient hâtivement associés ce quartette new-yorkais au mouvement grunge. En gravant "Living Room", la formation est parvenue à démontrer qu'elle n'avait que des affinités très superficielles avec ce mouvement seattlenesque. Produit par John Agnello, il a été enregistré dans une église en bois, sise à Woodstock. Un endroit insolite justifiant le point de départ d'un entretien qui ne manquera pas de Cell, réalisé en compagnie du chanteur guitariste Jerry Dirienzo et du bassiste David Motamed... 

Qui vous a donné l'idée d'enregistrer votre dernier album dans une église en bois? 

Jerry : Personne! Nous voulions bénéficier d'un site naturel pour le réaliser. Le producteur connaissait bien cet endroit, puisqu'il y avait déjà travaillé. Et, il nous y a emmenés.
David : Nous voulions nous évader de notre environnement quotidien. Nous isoler pour atteindre le maximum de concentration. 

Je pensais que vous vouliez exorciser l'esprit des seventies. 

J. : Autrefois, c'était un lieu de culte, mais il ne l'est plus. Il a été aménagé en studio d'enregistrement. Il n'a plus aucune fonction religieuse. Mais on y retrouve toujours une certaine spiritualité. Pas parce que cet édifice était une église, mais parce qu'il est situé au beau milieu de la forêt, à l'écart de toute agitation urbaine.
D. : Qu'est-ce que tu entends par exorciser les seventies? 

Personnellement, Woodstock évoque toujours le célèbre festival de 1969. 

D. : Tu sous-entends donc que nous voulions capturer ou conjurer l'esprit de cet événement historique? 

 En quelque sorte. Un esprit qui se réveillera les 13 et 14 août prochains, puisqu'il s'y déroulera un festival anniversaire.

D. : Avec les mêmes artistes? 

Ce serait difficile, parce que certains ne sont plus de ce monde. (rires) 

D. : Aujourd'hui, il existe un véritable business qui gangrène Woodstock. Cette ville est devenue moche, sans âme. Le principal objectif de sa population est de te vendre un tee-shirt à 25 $. Alors, tu imagines que la reproduction d'une telle manifestation ne servira qu'à graisser la patte aux grosses sociétés commerciales. Ce Woodstock bis va reléguer la musique au second plan. On n'y verra que d'énormes banderoles à la gloire de Coca Cola, Sony, Chesterfield Cigarets et autres sponsors de la même trempe.

J. : Woodstock est devenue totalement miteuse. Et refaire ce festival après vingt ans est totalement stupide...
D. : Et maintenant on risque de lire en manchette dans ton canard: "Woodstock était stupide"... (rires)
J. : C'est vrai, il ne faut pas déformer mes propos. Je veux surtout dénoncer les manœuvres lucratives qui vont parasiter ce festival... 

Est ce que le feeling musical de Cell se conjugue essentiellement au féminin?

J. : Je pense qu'il s'agit seulement d'une facette de notre style. Nous ne le manifestons pas consciemment. Nous essayons d'ouvrir notre composition à toutes les formes d'émotion. Féminines, mais pas exclusivement. Il y en a bien d'autres. Moins machistes que celles que revendiquent les groupes de heavy metal, c'est exact. Mais susceptibles de s'ouvrir vers l'extérieur. Et en tous cas pas restrictives... 

Jerry et Ian assurent la composition. Travaillez-vous ensemble, en parfaite symbiose, à la manière de Lennon et Mac Cartney, ou chacun de votre côté?

J. : Oh non! Individuellement. Nos sensibilités sont trop différentes.
D. : Je crois que composer est un acte instinctif, individuel. Lorsqu'une chanson est terminée tu peux la discuter, l'arranger, mais sa conception reste la plupart du temps personnelle. Lennon et Mac Cartney n'ont pas toujours créé en étroite collaboration. A partir de 1963, je doute très fort qu'ils aient partagé leur écriture...

Pourquoi vos chansons abordent, la plupart du temps des thèmes existentialistes?

J. : J'ignore si le public perçoit un tel message. Mon écriture reflète tout simplement l'état d'esprit de la génération contemporaine. Une génération qui possède un énorme potentiel de qualités existentialistes, potentiel épanché naturellement, comme dans notre musique. Je ne compose pas en m'imposant cette tournure d'esprit. Mais inconsciemment, cela influe sur la manière de regarder les choses.

Observées, quand même, d'une manière sombre, angoissée, un peu comme chez American Music Club, Sonic Youth, Afghan Whigs et Pearl Jam?

D. : Le temps de l'insouciance et du rock’n roll est révolu. Je suis incapable de dire combien de chansons ont été écrites sur le surf, les filles et autres sujets aussi futiles, mais aujourd'hui, nous regardons le monde différemment.
J. : Tous ces groupes sont effectivement sombres. La raison procède probablement dans la volonté de l'être humain de sonder à l'intérieur de sa propre personnalité. L'homme est fasciné par cette recherche, parce qu'il existe trop de superficialité. Autant dans la vie que dans la musique. Mais certains groupes essaient de creuser encore plus profond dans l'âme. Ce qui te donne l'impression de cette morosité. Mais je ne crois pas que ces artistes soient sombres ou tristes, et encore moins négatifs. Le public devient de plus en plus exhibitionniste de ses émotions. A la limite du narcissisme. Parce qu'il est déçu de ce qui se passe autour de lui. Mais il faut demeurer attentif, parce qu'en se prenant au jeu, on finit par s'y identifier. Kurt Cobain est ainsi tombé dans le trou, et il n'a pu s'en extraire...   

Lorsque les médias avancent que Cell est au blues ce qu'Afghan Whigs est à la soul, considérez-vous cette réflexion comme un compliment?

D. : Penses-tu réellement qu'Afghan Whigs joue de la soul? Et que Cell est un groupe de blues?

Non!

D. : OK! On s'est bien compris. Tu peux passer à la question suivante...

Jerry, tu as côtoyé Thalia Zedek, qui a sévi début des eighties au sein du mythique Live Skull et joue aujourd'hui chez Come. Est-ce que la no wave représente quelque chose pour toi?

J. : La no wave? Non, je ne me suis jamais intéressé à ce mouvement arty.

Pas même à Sonic Youth et à Swans?

J. : Si. Mais penses-tu qu'ils ont relevé de la no wave?

Absolument!

J. : Alors oui, ils représentent beaucoup pour moi.

D. : Je ne pense pas que la no wave ait eu un impact sur nous. Peut-être au niveau musical; mais certainement pas au niveau de l'attitude. C'est plutôt une question de racines. Ils appartiennent à New York. C'est une partie de ma vie. De ma jeunesse. D'une époque terriblement créative. A propos, il y a bien deux bonnes années que Swans n'a plus donné de signe de vie.
J. : Peut-être disposent-ils, aujourd'hui, de suffisamment de ressources! (rires)

"Living Room" a été produit par John Agnello, personnage qui travaille régulièrement avec Dinosaur Jr et Screamin' Trees. Est-ce un ami intime?

J. : Non. Nous ne connaissions pas John avant d'enregistrer le deuxième opus. Nous avons écouté ce qu'il était parvenu à réaliser avec d'autres groupes. Et nous en avons conclu que sa participation pouvait être très bénéfique pour notre formation. Nous ne sommes devenus des amis qu'après avoir travaillé avec lui.

Si un jour Bob Mould vous demande de produire un CD, quelle serait votre réaction? (...silence ponctué d'un grand éclat de rires)

J. : Je serai totalement choqué. Totalement!
D. : Où as-tu été cherché cette question? Mon Dieu!

Désolé, mais je ne comprends pas votre réaction. Vous pouvez m'expliquer?

J. : Difficilement!
D. : Jerry et Bob se sont connus auparavant. Il le connaît beaucoup mieux que moi; mais je comprends bien sa réaction. C'est pourquoi une telle proposition me surprendrait et me choquerait également. Il y a des choses qu'il est impossible d'étaler sur la place publique...
J. : Effectivement... très flatté, mais particulièrement choqué!...

 

Version originale de l’interview parue dans le n°24 (juin 1994) du magazine MOFO.

 

 





 
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