Butterscotch Hawaiian reste dans les parages

Ce 13 novembre paraîtra le nouveau titre de Butterscotch ...Lire la suite...

Peindre des images avec des phrases...

Écrit par Bernard Dagnies - lundi, 31 décembre 2001
Image
Centro-Matic
31-12-2001
{jumi [includes/jumies/fp_intro.php]}

Will Johnson a fondé Centro-Matic en 1995. Mais à l'époque, ce n'était qu'un projet alternatif au groupe Funland. Chez qui il jouait des drums! Aussi, lorsque la formation a splitté, il a décidé de transformer son projet en véritable concept. Au sein duquel il joue, tout naturellement, de la guitare, chante et surtout compose. A une cadence frénétique ! En cinq à six années, il doit avoir écrit plus de 200 chansons. Dont il n'a pu, à ce jour, reproduire l'intégralité sur CD. Faut dire qu'à ce régime, il en aurait sorti près de 20 ! " All the falsest hearts can try " constitue donc et seulement le quatrième opus de Centro-Matic. M'enfin, Will semble avoir trouvé une solution pour écouler son stock de compos, puisqu'il a créé un nouveau projet alternatif : South San Gabriel. En compagnie duquel, il avait sorti un excellent opus essentiellement acoustique, " Song / Music ", début de cette année. " All the falsest hearts can try " explore la face la plus électrique de l'esprit de Johnson. Will n'a d'ailleurs pas besoin de moyens extraordinaires pour composer des chansons qui sortent de l'ordinaire. Et il s'en explique…

" Centro-Matic demeure mon dessein principal ; mais j'ai toujours pensé qu'il était judicieux d'imaginer de nouveaux débouchés pour créer de la musique. Une alternative qui me permet d'éviter la routine. De m'extraire d'un canevas rigide au sein duquel beaucoup de groupes se sont enfermés. Nous avons fondé South San Gabriel, parce que nous disposions d'un tel stock de chansons qu'il était devenu quasi impossible de toutes les enregistrer. J'ai donc choisi de réserver les plus électriques à Centro-Matic, et les plus calmes au projet parallèle. En outre SSG nous a permis d'inviter des amis en compagnie desquels nous avions toujours eu envie de jouer… " Will s'est même lancé dans la musique électronique. Mais il n'aime pas trop en parler : " Elles sont bien cachées sous mon lit ", précise-t-il. ‘Songs/Music’, l'album de South San Gabriel a très bien été reçu par la presse. Une réaction qui a beaucoup touché Will. Parce que si au départ cet opus n'a guère suscité de réactions, au bout de quelques semaines, elles ont commencé à se multiplier. " En fait, ce disque nécessite un cadre bien spécifique pour être apprécié. Parce qu'il est beaucoup plus calme et dégage une atmosphère intimiste… " Essentiellement acoustique, il contraste très fort avec celui de Centro-Matic. En fait, pour Will, le meilleur test pour une chanson, c'est de pouvoir la jouer aussi bien très fort que très doucement. De voir si au volume minimum ou jouée en acoustique, elle passe encore. " Les deux styles interpellent l'auditeur, mais de manière différente. Il est amusant et enrichissant de pouvoir aborder ces deux perspectives. Puissante, rock qui apporte une satisfaction physique ou bien calme, sans scratches ni feedback … "

Si Centro-Matic, à l'instar de Sebadoh, Pavement ou Silkworm émarge à la lo fi, c'est beaucoup plus par manque de moyens que par volonté de respecter une quelconque ligne de conduite. " En vérité, lorsque nous avons commencé à enregistrer, nous avions tellement peu de thunes pour entrer en studio, qu'on a effectué le boulot chez nous. Avec des moyens limités. D'ailleurs, avant que le groupe ne commence, c'était déjà ma manière de procéder. Aujourd'hui, c'est le drummer qui s'occupe de cette tâche. Et vu les conditions au sein desquelles il travaille, j'estime qu'il fait du bon boulot. Nous ne sommes pas des musiciens hors pair, mais nous faisons le maximum pour produire la meilleure musique, tout en gardant notre identité. Et puisque le public semble apprécier notre son rugueux, je ne vois pas pourquoi nous lui arrondirions les angles… " Des conditions qui ne sont probablement pas favorables à l'engagement éventuel d'un Ric Ocasek pour assumer la production. En outre, vu le rôle d'ingénieur du son, joué par le batteur, Will pense qu'il serait sain d'en discuter au sein de la formation avant de prendre la moindre décision. Et puis, il y a toujours cette question d'argent…

Will n'est pas du tout gêné de parler des artistes et des groupes qu'il aime, qui l'influencent et qui l'ont influencé. Neil Young, tout d'abord. Qu'il considère comme une grande star et dont les albums ‘Rust never sleeps’ et ‘Tonight the night’ constituent des références incontournables. " Il n'y a que quelques années que je me rends compte de l'influence qu'il a exercée sur moi. Pas seulement à cause de ses chansons et de sa manière de jouer. Mais par rapport à ce qu'il représente dans l'histoire de la musique. De ce qu'il a réalisé au cours de ces 30 dernières années. De l'intégrité qui le caractérise et qui m'impressionne… " Avant chaque tournée les musiciens de Centro-Matic ont même pris l'habitude de regarder le film ‘The year of the horse’. " Rien que regarder le Crazy Horse jouer me stimule, m'enflamme. Personne n'a jamais joué comme eux. C'est vraiment un des groupes les plus inspirateurs, même si cet avis n'engage que moi… " Autre influence majeure : les Replacements. " J'étais encore très jeune, et un cousin m'a prêté un de leurs disques. Après l'avoir écouté une seule fois, j'ai vraiment flashé. C'est devenu mon idole ! Il était très populaire à l'époque. Tu sais à l'école secondaire on s'identifie souvent à un artiste ou un groupe. Celui-là est nul et par contre celui là est génial. Et j'ai commencé alors à collectionner toute leur discographie. Je suis originaire d'un bled où il n'y avait pas de disquaire. Donc toutes les raisons étaient bonnes pour acquérir ses disques dans une grande ville voisine ou par correspondance. Ma platine doit s'en souvenir… "  

Will considère Guided By Voices comme un exemple à suivre ; parce que nonobstant les difficultés qu'ils ont rencontrées à leurs débuts, ils ont réussi à prendre leur propre destin en main, à créer leur propre univers. " Leur production est phénoménale. Ils symbolisent l'histoire d'un succès américain. A leur place, beaucoup de formations, auraient attendu qu'un label les prenne en charge. Ils sont parvenus à enregistrer de superbes disques avec très peu de moyens. Ils sont uniques en leur genre… " Dinosaur Jr, Uncle Tupelo et les Flaming Lips constituent des références communes aux musiciens de Centro-Matic. Ils ont assisté à de nombreux concerts de ces groupes. " Au début des 90's, il n'était pas évident de rencontrer un bon combo capable d'écrire de bonnes chansons. Car le mouvement grunge, qui était plutôt une histoire de son, avait écrasé les véritables auteurs/compositeurs. Dinosaur Jr, les Replacements et les Flaming Lips avaient été épargnés par ce mouvement. Ils sont devenus, en quelque sorte, des précurseurs. Et c'est grâce à eux que la musique a pris une nouvelle impulsion. Alors, tu comprends que lorsque tu apprends à écrire des chansons, il est difficile d'ignorer de telles influences. Surtout au début ! "

Les musiciens de Big Star habitent un bled sis juste à côté de celui où Will a passé son enfance. " Nous sommes voisins. Nos chiens mangent ensemble… " Mais pourquoi leur a-t-il fallu près de 20 ans de travail pour atteindre un peu de notoriété ? " Ils possèdent une sensibilité pop incroyable. Mais ils ne sont pas arrivés au bon moment. C'est ce qui explique, sans doute, pourquoi leur succès a été si tardif… " Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce sont les grands parents de Will qui lui ont communiqué le goût de la musique country. En lui faisant découvrir, tout gosse, des artistes comme Johnny Cash ou Hank Williams, dont ils possédaient tous les disques. " C'est à eux que je dois mon approche musicale de l'écriture. Une approche qui s'est gravée dans mon subconscient depuis cette époque. Et cet aspect sombre, meurtrier, des chansons, se retrouve plus présent dans le répertoire de South San Gabriel. Des chansons qui consomment un tas de pedal steel, un orgue hammond, et d'autres instruments spécifiques à cette musique. A une certaine époque, j'avais peur de les jouer devant ma mère. Et puis je me suis rendu compte que c'était ces chansons là qu'elle préférait. Je ne remercierai jamais assez mes grands-parents pour m'avoir fait écouter un tel répertoire, plutôt que Village People… "

Mais venons-en justement aux lyrics de Will. Très difficiles à décortiquer, voire à comprendre, ils sont aussi ambigus que ceux de Michael Stipe du REM. Ce qui provoque, instantanément, un grand éclat de rires chez l'intéressé. De nombreux journalistes lui ont déjà posé cette question. Et lorsqu'il leur explique le sens qu'il veut leur donner, ils s'en retournent déçus. Ainsi, il a décidé de ne plus donner d'explications à ce sujet. Parce que pour Will, le plus important est l'expérience que chacun peut retirer de la chanson. " Au lieu de décrire quelque chose en noir et blanc je tente de suggérer plutôt des images. Un peu comme si on peignait des images avec des phrases. Et puis on s'arrête. On s'assied. Et on remet une couche… " C'est sans soute la raison pour laquelle ses lyrics sont souvent comparés à ceux de Stipe. " Il y a même des chansons qui prennent même, après un certain temps, un sens nouveau. Une signification que je ne m'imaginais pas lorsque je les ai écrites. Oui, je sais, ce n'est pas évident. Mais c'est aussi le plaisir que l'on peut tirer lorsqu'on entretient le mystère qui les entoure. Mais je n'écris pas que des textes ambigus. J'en ai également composé de plus directs… " (Il cherche, mais ne trouve pas)

Issu de Denton, donc du Texas de George Bush, il était intéressant de poser une petite colle à Will : son avis sur la peine de mort. Il n'est pas encore parvenu à se faire une opinion définitive sur le sujet. " Je crois que c'est une prise de conscience individuelle. La question est aussi importante que la réponse. Et ma réponse n'est pas définitive. Je suis conscient qu'il y a eu des erreurs. Tout dépend des cas. Parfois c'est justifié. Parfois, pas du tout. Mais je suis encore occupé de réfléchir à la question… "

Merci à Vincent Devos

 





 
MusicZine - Actualité musicale © 2017
ASBL Inaudible – 2, rue Raoul Van Spitael – 7540 Kain
Design: Nuno Cruz - Joomla integration: Edustries
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement