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Anars populaires

Écrit par Jeremy & Bernard Dagnies - dimanche, 30 mars 1997
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Chumbawamba
09-04-2012

Il aura donc fallu 8 albums en 14 ans de galère (et de distribution alternative) avant que Chumbawamba ne parvienne à sortir la tête de l'eau, ou du lot, si vous préférez. Le groupe de Leeds, après avoir milité dans un punk anarchiste, rebelle et intello, s'était pourtant converti à la pop, en 1990. Mais ce n'est qu'aujourd'hui, après avoir rejoint une multinationale (EMI) qu'il décroche enfin un hit single avec « Tubthumping ». Pourtant, les paroles des chansons sont restées très révolutionnaires... La ‘contradiction’ méritait les explications du chanteur Danbert ‘The cat’ Nobacon et du bassiste Paul Greco. Et c’est ce dernier qui prend d’abord la parole…

P.G. : En fait, nous nous sommes un peu brouillés avec notre ex-label One Little Indian. Ces gens s'étaient mis en tête de contrôler notre création. Ils ont complètement saboté la promotion d'un album que nous avons enregistré après « Anarchy ». Et lorsque nous leur avons proposé les démos de « Tubthumper », ils nous ont suggéré de plutôt sortir... un ‘best of’. Nous sommes donc partis, finançant nous-mêmes ce CD. Finalement, nous avons conclu un accord avec EMI-Allemagne, mais il ne porte que sur une période de 6 mois. Après quoi, nous prolongerons notre collaboration, si ça colle toujours ».

Collectif Anarchiste

Chumbawamba compte huit membres. Pas trop difficile à vivre?

P.G. : Pas vraiment. Tout au long de notre histoire, nous avons été un collectif anarchiste: quelle que soit la décision à prendre, aussi bien dans le domaine de l'écriture que des concerts, le choix des morceaux, nous nous mettons toujours autour de la table pour en discuter. Nous fonctionnons comme une démocratie réaliste et l'argent est réparti équitablement entre nous.
D. N. :
Bien sûr, nos opinions sont parfois divergentes et des problèmes personnels peuvent surgir. Mais nous sommes ensemble depuis plus de 15 ans, la période est suffisamment longue pour bien se connaître.

Pourquoi Chumbawamba est-il devenu un groupe pop après avoir été punk?

D.N. : C'est le mouvement punk qui nous a donné envie de monter un groupe. Notre premier album était très punk, mais nous n'avons jamais perçu le punk uniquement comme un style musical: c'est plutôt une attitude et un moyen de véhiculer nos idées contestataires. Ainsi après nos disques initiaux, nous avons sorti un album a cappella, constitué de chansons anglaises révolutionnaires. Jamais nous n'avons misé sur l'immobilisme, au contraire, nous avons cherché à atteindre d'autres publics. Aujourd'hui nous jouons de la musique pop, qui contient des éléments dance, punk, folk, etc. Nous essayons de brasser un maximum de styles.
P.G. :
Les puristes punk pensent que nous avons ‘décroché’, mais pour nous, le punk des 70s symbolisait surtout l'opposition à l'autorité. C'est encore le cas de la musique que nous faisons à présent.

Couverture a la Benetton

Vous avez déclaré un jour que l'évolution de la musique s'était achevée avec Crass. Vous qui venez de Leeds, vous n'avez jamais cru à la scène gothique de votre ville?

D.N. : Je comprends que cette scène gothique ait pu frapper certains, mais pour nous, la scène de Leeds, c'était les Mekons et Gang of Four, plutôt que Sisters of Mercy et Mission.

Sur la pochette de votre album « Anarchy », on voyait un enfant sortant du ventre de sa mère. Encore un coup de provoc, en particulier à l'égard des puritains?

D.N. : C'était un peu une couverture à la Benetton censée susciter un choc. Tout le monde est venu comme ça et la naissance est un moment fort. Bien sûr, nous savions que certains petits esprits seraient outrés, qu'il y aurait un petit scandale.

Chumbawamba se sent-il investi d'une fonction sociale?

D.N. : Nous pensons que la musique a une force colossale. Les gens écoutent davantage la musique que les hommes politiques. Bien sûr, c'est devenu un business, ce n'est pas nouveau et il existera toujours des gens qui feront du fric à partir de quelque chose qui devient populaire. J'espère quand même conserver une certaine intégrité. La musique reste un moyen de contestation. En même temps, c'est un moyen d'évasion...

Rien à voir avec le chaos

Quel est le système politique idéal pour Chumbawamba?

P.G. : Le rêve serait d'adopter un système anarchiste au sens étymologique du mot: sans autorité. Les gens se réuniraient et travailleraient ensemble, de leur propre initiative. Il n'y aurait pas besoin de leader pour dire ce qu'il faut faire. Il ne serait pas nécessaire de créer une police répressive ou même un système judiciaire. Evidemment, c'est l'utopie... Et nous avons compris qu'il fallait vivre dans le monde réel. En fait, nous croyons beaucoup à une méthode basée sur la décision collective, à l'instar de ce que nous pratiquons au sein du groupe. Nos systèmes politiques mettent l'accent sur le parti, et surtout sur leur propre intérêt, c'est-à-dire le pouvoir. Ils sont plus intéressés par l'argent que par le peuple. Dans un sens, nous sommes des socialistes avec un ‘s’ minuscule.
D.N. :
Nous gardons les pieds sur terre, mais il faut insister : l'anarchie qui est le mode de vie auquel nous adhérons n'a rien à voir avec le chaos. C'est une lutte pour un monde meilleur. Nous n'avons pas la prétention de prôner un modèle, nous décrivons simplement les choses telles que nous les percevons. Et ce qu'on voit n'est pas franchement joli.     

Vous combattez le fascisme, mais en même temps, vous n'appréciez pas plus le communisme. Explication?

P.G. : le totalitarisme des stalinistes et des nazis étaient fort proches, deux régimes d'oppression, des millions de gens sont morts! Nous n'avons aucune sympathie envers quel que régime totalitaire que ce soit.
D.N. :
Les régimes fascistes et communistes ont un profond mépris envers les individus. La différence? Le nazisme affiche son idéologie vis à vis de groupes ethniques, sexuels, alors que le communiste ne l'affiche pas, mais a le même sentiment à l'égard des pauvres ou des groupes ethniques qui ne s'intègrent pas.

Vous ne semblez pas satisfaits du retour des travaillistes à la tête de l'Angleterre. Pourtant, vous vous étiez prononcés pour le départ des conservateurs...

P.G. : Non, l'état de grâce est fini pour Tony Blair. Les travaillistes se sont déjà attaqués au système de la sécurité sociale. Les citoyens vont devoir souscrire leur propre assurance en cas de chômage. Les étudiants vont devoir payer pour fréquenter l'université. Les promesses électorales sont passées à la trappe. Tony Blair a la même idéologie que son prédécesseur, mais avec un plus grand sourire. Il y a peu de différences, entre le parti conservateur et le parti travailliste. Résultat des courses: de nombreux étudiants rencontrent d'énormes difficultés financières. Ce n'est pas normal! Nous en revenons au régime qui était d'application avant 1940. Le gouvernement britannique est occupé à démanteler le système social mis en place après la seconde guerre mondiale. Et ce sont des prétendus socialistes qui y contribuent!

Merci à Vincent Devos

(Article paru dans le n°60 du magazine Mofo de février/mars 1997)

 





 
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