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Drôle d'univers

Écrit par Julie Moors - samedi, 06 janvier 2007
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Cloé du Trèfle
01-01-2007
{jumi [includes/jumies/fp_intro.php]} Après l'intimisme de « Sapristi », Cloé du Trèfle explore le monde moderne, interroge le quotidien. Elle chante l'amour mais n'en parle pas. Sur le fil du doute, Cloé dévoile un univers oscillant entre minimalisme émouvant et expériences sonores intrigantes. « Microclimat », c'est l'idée d'un univers un peu à part qui a un côté chaleureux, où il fait bon vivre. 'J'imagine un tumulte autour et cet univers où l'on est un peu curieux de voir ce qu'il se passe, et il se passe autre chose?'

Le fait d'avoir travaillé en grande partie chez toi, était-ce une volonté de créer une ambiance particulière ?

J'ai tout composé seule. C'est un peu mon petit laboratoire. J'ai beaucoup travaillé les idées musicales, les textes. C'est donc un peu mon monde dans mon appart', où j'ai mes instruments, mon ordinateur. Puis je vais en studio et Rudy (NDR : Rudy Coclet, son producteur artistique) prend les pistes séparées et m'incite à réenregistrer des prises studio en disant : 'ce serait pas mal d'avoir un petit son de vieil orgue ou de chercher des sons samplés à gauche et droite'. C'est un peu en ping-pong et ça me permet de bosser à l'aise, de prendre le temps, d'écouter des tonnes de choses, notamment des vieux vinyles. D'être fort indépendante.

En expérimentant le son, n'y a-t-il jamais la frustration de ne pas atteindre son but ?

Non. Je suis assez satisfaite. Au moment où je me dis : 'c'est ça', il pourrait y avoir mille autres options ; mais ce moment m'appartient. En écoutant mes vieilles cassettes, mes premiers maxis, mon album de Clover's Cloé ou même mon disque précédent, j'ai une tendresse par rapport à ce passé et je me reconnais, moi, à une certaine époque. Je ne le concevrai plus de la même manière aujourd'hui, mais à cet instant précis, on pose des choix, des actes. Je les assume pleinement.

Dans le paysage musical belge, tu es une sorte d'ovni?

Tu me fais plaisir en me traitant d'ovni (rires). Un autre journaliste m'a demandé si je ne me sentais pas extra-terrestre. On me pose souvent la question. Elle me ravit : j'ai l'impression qu'on a du mal à me caser dans un tiroir 'chanson français classique'. Je pense que j'écoute pas mal de musique. Je suis ouverte à des tas de styles différents. Mais j'ai vraiment mon propre univers. Quand un musicien veut ajouter un truc sur un de mes morceaux, je réponds 'ah non, pas ça' ou 'ah ouais, ça !' J'ignore ce qui détermine ma décision, mais c'est vraiment intrinsèque. J'ai un côté assez hétéroclite. Je ne sais pas toujours ce que je veux, mais je sais ce que je ne veux pas. La ligne conductrice peut paraître un peu étrange. Il est vrai que sur le disque il y a des couleurs musicales assez différentes. Des morceaux clavier-voix et d'autres morceaux parlés, puis chantés, avec des beats de hip-hop derrière ou un vieil orgue. Des vieux sons. Un aspect romantique et des côtés rock, rock-punk. C'est un peu mon univers. C'est moi, à des moments spécifiques, et ça fait un drôle de tout.

Peux-tu citer quelques-unes de tes références ?

Ce matin, j'écoutais Burt Bacharach. Hier, Röyksopp et Amon Tobin. Lali Puna et Joanna me plaisent aussi. Dans le domaine de la chanson française, j'estime que le dernier album d'Emilie Simon (« Végétal ») est vraiment très bon. Schumann, Satie, Dvorak, Prokofiev? Ce qui explique sans doute pourquoi j'en ressors une drôle de musique. Parfois j'achète de vieux vinyles au marché. Ils ont des têtes pas possibles sur les pochettes et je tombe parfois sur des trucs hallucinants. Réalise des découvertes tellement surprenantes. Il m'est arrivé de sampler des petites choses là?

Pourquoi ne plus chanter en anglais ?

En fait, mon premier album était interprété dans cette langue, car à l'époque j'écoutais énormément d'artistes chantant en anglais ; et puis parce qu'il y avait peut-être un réflexe de pudeur. Puis j'ai eu envie de créer un autre projet, en parallèle. Il y avait donc le groupe à cinq et un concept solo. Je me suis dit que j'opterai pour le français. Pour mieux faire la différence. D'où la traduction « Clover's Cloé »/« Cloé du trèfle ». J'ai été présélectionnée pour la Biennale ; ensuite j'ai accordé un concert, puis atteint la demi-finale. Il m'a donc fallu plus de morceaux dans mon répertoire. On m'a alors proposé d'autres dates et le reste s'est rapidement enchaîné. Après, j'ai participé à 'Musique à la française'. A partir de cet instant, les maisons de disques se sont intéressées à mon travail et les événements se sont succédé naturellement. C'était difficile de gérer le groupe en même temps. J'avais de plus en plus de concerts avec Cloé du Trèfle ; mais en même temps je devais me consacrer au projet de l'album. Du coup, j'ai mis le groupe en stand-by. Mais peut-être, dans le futur, aurai-je encore envie de rechanter en anglais. Je commence déjà à réfléchir à mon nouveau disque et j'ai des petites envies?

Pour toi, l'écriture est source de douleur ou de plaisir ?

Du plaisir ! Vraiment. Je compose énormément. La musique naît avant les textes. L'écriture, c'est plus des petites choses du quotidien ou des questions. Le disque précédent était davantage intimiste (NDR : « Sapristi »). Ici, il y a un regard extérieur. J'avais envie d'aborder d'autres thématiques. C'est plus un regard civique et une envie de parler d'autre chose que de mon monde personnel. J'aborde des thèmes comme le recyclage, l'Europe?

Qu'est ce qui te déroute le plus : le monde moderne ou une histoire d'amour ?

Bonne question (rires) ! Les deux sont déroutants, mais je pense qu'on vit dans un drôle de monde et c'est important de se positionner par rapport à cette situation. Je ne veux pas être moralisatrice dans mes textes, mais j'ai envie de soulever certaines questions. Ma compo consacrée à l'Europe, par exemple, est une métaphore de 'Si l'Europe était une femme, qu'est-ce que ce serait ?' L'Europe, c'est un nom de femme, et c'est devenu une entité tellement floue, qu'on n'en connaît plus exactement les frontières. C'est un peu complexe. J'aborde ce thème particulier par une chanson légère ; mais si on lit vraiment le texte, on y détecte quand même un aspect assez cynique et critique par rapport au Vieux Continent.

Le thème du doute est récurrent dans tes chansons. Quelles sont tes certitudes ?

Euh? Je ne sais pas. Chez moi, la musique est un phénomène vital qui produit des émotions très fortes. Je la pratique depuis l'âge de trois-quatre ans. C'est vraiment quelque chose d'important pour moi. C'est dans cet univers que je m'épanouis le plus. Mais j'ignore, par exemple, si un jour j'en aurai marre du marché du disque, du milieu. C'est un cercle restreint. A un moment tu peux te prendre la tête sur 'A quoi sert-il de sortir un disque, de donner des concerts ?' Enfin, pour le moment ça m'éclate complètement. Sinon, je pense qu'on vit au sein d'une époque où il y a de moins en moins de certitudes. Il y a beaucoup de choses à changer. Il existe une stigmatisation de certaines idées, des blocages. Il y a des décisions qui s'entremêlent ou sont complètement absurdes. Il faudrait des vrais changements de société.

Aurais-tu aimé vivre à une autre époque ?

Sur Clover's Cloé, j'ai composé un morceau qui s'appelle « A wrong century » où je dis que j'ai l'impression d'être une nana qui n'est pas née à la bonne époque. Et à la fois, c'est une époque tellement contrastée : elle recèle des choses super intéressantes, mais accuse aussi des pertes de valeurs terribles. On vit dans une ère de plus en plus individualiste, on sacrifie trop les liens sociaux. On s'évertue à scinder les choses ; et c'est assez effrayant. On n'a plus vraiment conscience du sens des valeurs humaines. Je suis allé voir, la semaine dernière, un film qui m'a complètement sidérée : « Le cauchemar de Darwin ». C'est un bel exemple de cette drôle de société dans laquelle on vit?

La notion de temps est également présente dans tes textes. Est-ce quelque chose qui te fait peur ?

Euh?

Il se dégage une sorte d'urgence de vivre?

Ah oui ? Peut-être que oui mais c'est sans doute inconscient. C'est une bonne question (sourire). C'est vrai que je suis quelqu'un qui ne reste pas en place, j'ai toujours envie de m'investir, de rencontrer de nouvelles têtes, de composer, d'envisager de nouveaux projets musicaux. Je n'aime pas glander. La vie est courte, donc animons-là. Mais je n'ai pas vraiment conscience de cette situation. Elle me dépasse un peu. Je ne développe pas beaucoup de desseins à long terme. Je vis plutôt dans le présent, à court terme. Je n'ai pas des grands projets de vie tout tracés? On verra bien?





 
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