Butterscotch Hawaiian reste dans les parages

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L’arme à l’oeil

Écrit par Nicolas Alsteen - jeudi, 05 juillet 2007
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CocoRosie
05-07-2007

Comment expliquer le phénomène CocoRosie ? En moins de trois ans, Bianca Casady et sa sœur Sierra sont devenues le dada le plus hype chez les hippies post-modernes. Cette nouvelle communauté est bigarrée : fashionistas, pères de famille, joyeux girons, mères au foyer et adolescent(e)s mélancoliques. En trois albums, les deux Américaines ont repéré le point sensible d’une société éclatée. Avec son folk tarabiscoté de mille astuces infantiles, CocoRosie est passé de sa chambre à coucher au sommet de l’affiche. Sans même comprendre les raisons de son succès. Pour ce troisième album, intitulé « The Adventures of Ghosthorse & Stillborn », les voix mutines des deux sœurs se détachent pour laisser place à une castafiore (Sierra) et une enfant blessée (Bianca). La poésie énamourée et les larmes de joie des débuts s’ornent aujourd’hui d’une conscience politique. Dans cet opéra urbain, CocoRosie est une Superstar. Même Jésus Christ cherche sa place. Si la religion a perdu une grande part de son mysticisme, Bianca et Sierra seront bientôt plus célèbres que la Vierge Marie. Demandez à John Lennon.

Parfois, un regard suffit pour comprendre. Bianca et Sierra sont nées sous les étoiles : des stars, des vraies. Maquillées de jour, comme de nuit, les deux sœurs ressemblent à des vedettes hollywoodiennes : intouchables, impénétrables. Une casquette vissée sur une tignasse rasée et peroxydée, une veste de training sur les épaules, un jean grisonnant, forcément moulant, un foulard rouge serré autour de la cuisse, Bianca est là, face à nous, plantée dans ses pompes blanches. Premier constat : son air triste ne fait pas les belles chansons d’amour de son groupe. « C’est difficile à gérer. Toute cette attention, cette pression, ces questions sur ta vie, tes envies. Aujourd’hui, je ne sais même pas si je crois encore en l’amour ». Ambiance. Malgré ses épanchements émotionnels et une rupture sentimentale mal digérée (NDR : avec Devendra Banhart), Bianca demeure charismatique, christique. « A l’époque de la ‘Maison de Mon Rêve’, notre premier album, tout semblait évident, simple. C’était un rêve éveillé », explique Bianca. Aujourd’hui, CocoRosie est une formation populaire, presque un porte-drapeau générationnel. « Nous n’avons pas cherché à devenir des icônes ou un symbole quelconque. Si des gens se reconnaissent en nous, c’est une bonne chose. Mais nous n’avons jamais cherché cette reconnaissance. » Toujours est-il que le nouvel album des deux sœurs est attendu et sera entendu. Les sœurs Casady le savent et profitent de l’occasion pour habiller leur folk aux mélodies mutines de textes engagés. A ce titre, les paroles de ‘Japan’ sont illustratives : « Everyone wants to go to Iraq. But once they go, they don’t come back ». Quand on aborde le sujet, Bianca s’emballe : « Le fait de toucher un public plus large ne change en rien notre façon de travailler, de voir le monde. Notre réalité n’est pas forcément différente de la vôtre. L’art est un champ de liberté. Il faut le cultiver. » Toujours mystérieuse, elle repousse encore les limites de l’allégorie lorsqu’on aborde la photographie de Pierre et Gilles, illustrant la pochette de leur nouvel album. « Oh, c’est simple. Sur cette photo, nous apparaissons sous les traits des ‘jumelles sanglantes’ (NDR : The Bloody Twins). Là, évidement, elles sont mortes. On est donc au paradis et on navigue sur la voûte d’un arc-en-ciel. » Voilà bien longtemps qu’on n’avait plus entendu telle explication... Si l’univers du disque se vit comme une nébuleuse aventure mythologique, la musique de CocoRosie permet à l’auditeur de se rattacher à une certaine réalité. Car « The Adventures of Ghosthorse & Stillborn » regorge des subtilités d’usage : harpe miniature, jouets d'enfants, crépitements électroniques, guitare titubante, beats humains et timbres vocaux effarouchés. Petites nouveautés cependant : l’affirmation d’un goût immodéré pour l’opéra et l’accentuation d’un phrasé coulé dans le hip-hop. «  Tout ça n’est pas nouveau... Sierra a suivi des études de chant lyrique. D’ailleurs, elle est fan de Debussy et Fauré. Et nous avons toujours apprécié le hip-hop. Mais, au fond, ce n’est pas essentiel. L’important, c’est de continuer à créer, d’être en relation avec sa musique, de rechercher de nouvelles lignes d’expression et d’y trouver du plaisir. » Sur ce nouvel album, l’objectif semble atteint, tout comme le grand public. Un jour, peut-être, les deux filles seront les vedettes de vos plus belles émissions de divertissement. Ce jour-là, l’appellation ‘variété’ en sortira grandie. A coup sûr.


 





 
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