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Les Beatles, plutôt que les Rolling Stones…

Écrit par Pierre Vangilbergen - dimanche, 12 juin 2016
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Crowbar
08-05-2016

Le Sludge est un dérivé du Metal. Il emprunte des sonorités au Doom, au Punk ainsi qu’aux premiers jours du Hardcore et du Grunge. Un style lourd, lent, incroyablement puissant et au feeling mélancolique. Mais quand on s’intéresse au Sludge, on ne peut s’empêcher de penser à Crowbar, un des pères du mouvement. La formation néo-orléanaise sillonne régulièrement les routes américaines et européennes ; et sa dernière tournée transitait par la Belgique. Un périple destiné à célébrer le vingtième anniversaire de la parution de son elpee, ‘Broking Glass’. L’occasion de rencontrer Kirk Windstein, la figure de proue de Crowbar, afin d’aborder l’actualité du groupe, son passé et ses perspectives futures.

Une certitude : les Américains ont emporté dans leur sillage, en ce mois de mai, la chaleur de la Louisiane. C’est donc sous un soleil de plomb, en plein quartier industriel d’Hasselt, face au Muziekodroom, que nous nous sommes donné rendez-vous avec le manager du groupe. À l’heure pile, un homme à la carrure impressionnante, casquette vissée sur le crâne et chaussé de lunettes fumées (NDR : de rigueur), vient à ma rencontre et m’entraîne à travers les dédales du club. Nous débarquons finalement dans une salle entourée de murs en briques, meublée d’une table centrale, autour de laquelle se restaurent une dizaine de personnes. Certainement des roadies. Kirk Windstein se retourne, me tend la main et m’invite à prendre place à ses côtés. « N’hésite pas à parler fort », me confie-t-il, « Je suis un peu sourd de l’oreille gauche et il y a beaucoup de monde ».

En vingt-sept ans de carrière, Crowbar a publié pas moins de dix albums studio ; et le dernier en date, ‘Symmetry in Black’, remonte à 2014. Y aurait-il du neuf dans le pipeline ? « En effet, aujourd’hui nous disposons de dix nouveaux morceaux. La musique a déjà été entièrement mise en boîte ; et il ne reste plus qu’à écrire les paroles », explique Kirk, avant de poursuivre : « Quand on rentrera de la tournée, je me poserai quelques jours, puis je rentrerai en studio afin d’enregistrer les parties vocales. On pourra ensuite mixer le tout. Je pense que le disque devrait être disponible vers le 30 septembre. On est vraiment impatient de le voir sortir… » 

Une carrière musicale, dont la longueur n’est pas synonyme de statu quo, mais bien d’une perpétuelle remise en question. Tant et si bien que, ‘The Lord of Riff’ (NDR : c’est également son surnom) confesse au sujet de ce nouvel LP : « On peut s’attendre à quelque chose de plus old-school que sur les précédents. De plus dénudé, de plus concret. Une sorte de version moderne de sonorités de ce style. Tu sais, on a pas mal évolué au fil du temps. J’ai dernièrement réécouté nos plus anciens morceaux, mais également des groupes qui nous ont influencés à l’époque, comme Type O Negative, The Melvins, Carnival in Coal, Trouble, etc. Ce qui m’a mis en condition pour écrire des compositions plus old-school, comme je te le signalais. Je suis vraiment impatient de voir ce que ça va donner ! »

Bien que le combo ait, au départ, affiché plusieurs patronymes (Shell Shock, Aftershock, Wrequiem, The Slugs), avant d’opter définitivement pour celui de Crowbar, Kirk Windstein a toujours été l’homme aux manettes. C’est son band ; et les musiciens qui l’entourent, aussi interchangeables soient-ils, se contentent de l’accompagner. Une création musicale qu’il a pu, au fur et à mesure, imprégner d’une empreinte facilement reconnaissable. « J’écris aussi les paroles, mais je les ajoute toujours en fin de processus », explique-t-il. « Je me focalise généralement sur les sessions d’enregistrement des instruments. Jusqu’au jour où je me rends compte que –merde !– j’ai encore des lyrics à me taper. Les paroles sont très spontanées ; ce sont les idées qui me préoccupent au moment même. Et comme toujours, dans ces périodes de rush, ma femme se tient prête à prendre note des idées qui me traversent l’esprit », admet-t-il, en adressant un clin d’œil à Robin, son épouse, qui nous a rejoints depuis quelques minutes. S’il fallait retracer l’histoire de Crowbar, la rencontre des deux metalheads serait certainement à marquer d’une pierre blanche. « Ma vie a beaucoup changé depuis que j’ai croisé Robin ». C’est notamment ce coup de foudre qui a motivé son départ du supergroupe Down, il y a maintenant trois ans. Une décision mûrement réfléchie, ne souffrant pas d’une ombre de regret de sa part : « J’apprécie encore plus la vie qu’auparavant. Je nous donne simplement plus de temps et j’évite d’être sans cesse sur la route. On a trouvé un équilibre qui fonctionne assez bien. Tu sais, notre formation bourlingue quand même pas mal, et accumule donc des tas de concerts. Vivre en tournée, c’est un job en soi. Actuellement on est en plein dedans, et on récolte un peu d’argent grâce à ces spectacles ainsi qu’au merchandising. Un peu comme si c’était du ‘family business’ ; et il fonctionne bien ».

Sans grande surprise, il paraît que Down imposait aux musicos un rythme de croisière assez éreintant. « Je sentais bien que mon départ allait de toute façon arriver. On n’arrêtait pas de tourner et on n’avait plus aucun moment de répit. C’est peut-être ce qu’ont ressenti également d’autres gars du groupe : Pepper Keenan est aujourd’hui de retour dans Corrosion of Conformity, Jimmy Bower roule sa bosse chez EyeHateGod et Phil Anselmo recommence son projet Superjoint ». L’occasion ici de revenir sur le cas ‘Anselmo’. En effet, fin janvier 2016, l’ex-homme fort de Pantera, passablement éméché, s’était autorisé, en clôture de sa prestation, d’un salut nazi suivi d’un ‘White Power’ fort peu élogieux. Un triste évènement qui a marqué la scène Metal. Reconnaissant ne pas avoir été dans son état normal lors de ce dérapage, Anselmo a finalement pris la décision de faire un pas de côté, pendant quelque temps. « Tu sais j’aime beaucoup Phil et c’est un bon ami à moi et… [Kirk paraît très embarrassé]. Personnellement, je le connais depuis ses quatorze ans et ce mec n’est pas un raciste. Je ne comprends pas très bien pourquoi il a dérapé… [Robin mime à côté de nous quelqu’un qui boit une bouteille au goulot]. Ouais ça doit surtout provenir de là… Mais bon j’évite de parler de cet épisode. Il était apparemment saoul, mais ce n’est pas une excuse. En tout cas, ce comportement ne ressemble pas au mec que je connais et je ne peux l’admettre… » Il n’en dira pas plus à ce sujet.

Crowbar appartient à cette catégorie de formations pas spécialement connues, mais néanmoins reconnues dans le milieu. Considéré comme un des fondateurs du Sludge, The Riff Lord ne se réclame pourtant pas spécialement de ce style : « Ce n’est évidemment pas nous qui avons inventé ce terme. Crowbar joue de la Heavy Music. Ce sont les médias qui ont commencé à nous étiqueter ‘Sludge’. Au final, on ne fait tous que du rock’n’roll. Tous les bands qui ont permis la naissance du Heavy Metal, comme Black Sabbath ou Judas Priest, ne pratiquaient finalement que du rock’n’roll plus dur et plus rapide. Et encore, si on creuse dans le passé, le Rock n’est qu’une forme dérivée du Blues. Tout ce que Crowbar propose depuis ses débuts est basé sur du rock’n’roll et du Heavy Metal des premiers jours ».

Un statut prestigieux, accepté en toute modestie, mais qui ne permet pourtant pas au combo de se produire dans les plus grosses salles ni de figurer en tête d’affiche des festivals. « Je ne sais pas trop comment expliquer pourquoi… On a toujours fonctionné pas à pas. Et plus le temps passe, plus ma philosophie se résume à ‘celui qui va lentement, va sûrement’. Si tu te casses le cul lors de chacun de tes shows, tu ne pourras que progresser. Petit à petit. Je n’ai pas besoin d’être riche et connu. Ce n’est pas mon intention. Je m’investis dans la musique, parce que c’est ce que j’aime. Perso, arriver à en vivre confortablement, c’est tout simplement un rêve qui devient réalité. Et je ne suis pas prêt d’arrêter… »

Outre son statut de talentueux musico, Kirk est avant tout un passionné de musique. L’occasion de lui soumettre quelques choix cornéliens. Brian Johnson ou Axl Rose ? « Bien sûr, je choisis Brian Johnson. Mais j’ai lu un article aujourd’hui à propos de son remplacement. Si Brian Johnson a fait un pas de côté, s’il l’a fait de son propre gré, alors au final pourquoi en effet ne pas le remplacer par Axl ? Il semble bien faire le boulot ! Je n’ai pas envie de trop spéculer, mais bon… des premiers jours, il ne reste plus qu’Angus. C’est lui le patron. Il a peut-être eu aussi envie de continuer cette aventure dix ans de plus et Brian allait peut-être commencer à compromettre son projet à cause de ses problèmes de surdité. Quand j’ai vu la première fois les Guns, c’était à Hollywood, dans les années 80. Ils étaient encore dans leur local de répétition. J’ai tout de suite accroché à leur musique, sentiment qui s’est amplifié en écoutant l’album ‘Appetite For Destruction’. Pour ma part, c’est un incontournable. Je n’attache pas trop d’attention à ce que racontent les médias au sujet des membres du band ; par contre, j’ai lu les livres de Slash et Duff McKagan. Ce sont des mecs bien. Mais pour en revenir à ACDC, oui, c’est peut-être un nouveau futur avec Axl ».

Autre choix difficile : les Beatles ou les Rolling Stones ? « Autrefois j’aurais répondu sans hésitation : les Rolling Stones. Mais maintenant… je dirais les Beatles. Beaucoup de mes compositeurs préférés, comme Peter Steele de Typo O Negative, Bruce Franklin et Rick Wartell de Trouble ou encore Randy Jackson de Zebra m’ont permis de réaliser combien les Beatles étaient bons. J’ai énormément écouté les Stones. Ils sont bons également ; mais… c’est différent. Je m’en fous un peu des premiers jours des Beatles, des elpees du début de leur carrière. Je préfère de loin ce qu’ils ont réalisé par la suite, lorsqu’il se sont diversifiés, et sont devenus plus sombres et plus lourds. C’est un peu leur face démoniaque… »

Pour en revenir au Metal : Iron Maiden ou Judas Priest ? « Je dirais Priest, seulement parce que … [il hésite et cherche ses mots] en fait, quand Bruce Dickinson a rejoint Iron Maiden, ce groupe était mon préféré à l’époque. Son premier album est génial, il m’a rendu complètement fou lorsqu’il est sorti. J’aime beaucoup les anciens morceaux de Maiden, mais après ‘Powerslave’, la formation a commencé à se répéter et à se répéter. Et puis, tant mieux pour eux, mais Iron Maiden est devenu très populaire. Et paradoxalement, c’est également à ce moment-là que Bruce Dickinson et Adrian Smith ont décidé de partir… Bon, Bruce est revenu depuis lors, mais je pense que ça veut dire quelque chose. Bien que ce soit génial pour eux : au départ, ils jouaient dans des petits clubs et maintenant, ils sont devenus un des bands les plus notoires, sur la planète ! Mais depuis la moitié des années 80, à l’une ou l’autre exception près, je n’ai plus beaucoup accroché à Maiden. Si tu prends un peu de recul, tu te rends compte que ‘British Steel’ de Judas Priest représente bien mieux ce qu’incarne le Heavy Metal ».

Et quant aux groupes beaucoup plus contemporains, Five Finger Death Punch ou Baby Metal ? « Baby Metal… [Kirk a l’air surpris et interrogatif] ? Ah ah ! Ouais j’ai entendu parler d’eux… mais je ne les ai jamais écoutés… »

Allez, une dernière question pour la route, non plus d’un point de musical, mais qui traite de l’actualité : Trump, Clinton ou Sanders ? « Ils sont tous mauvais ! Sanders n’est plus dans la course, il est dépassé depuis un petit temps. Aux États-Unis, notre démocratie est basée sur un principe libertaire… et c’est un socialiste ! Et personnellement, je n’ai pas envie que le socialisme soit importé aux États-Unis ! La seule chose que j’apprécie chez Trump, c’est qu’il a fait lui-même sa fortune. Clinton a consacré sa carrière à la politique. Sa femme est dans les coulisses du pouvoir depuis un petit temps… Mais au bout du compte : lui c’est un foutu lunatique, il change souvent d’avis ; et elle, c’est une vraie idiote… donc qu’ils aillent tous se faire voir ».





 
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