Garciaphone, mangeur de rêve…

C’est ce 10 novembre que paraît le deuxième ...Lire la suite...

Cette fois, c'est du sérieux!

Écrit par Didier Stiers - mercredi, 31 mars 1999
Image
dEUS
31-03-1999

Et de trois! Transférés sur une ‘major’, les Anversois ont manifestement emprunté la voie d'un plus grand professionnalisme en concoctant "The Ideal Crash". C'est en tout cas le sujet sur lequel Tom Barman a tenu à insister. Si son groupe n'a pas définitivement troqué les robes à fleurs pour les trois pièces, il semble pourtant bien que le dEUS new look soit arrivé...

Nouvel album, contrat récent chez une ‘major’; tout baigne pour vous?

Eh bien... Nous sommes restés les mêmes! La relation avec Island est toujours bonne. Pas mal de remous ont secoué les firmes de disques, ces jours-ci. Je ne dirai pas que nous ne les avons pas ressentis, mais quand même, l'atmosphère générale a un peu changé. Beaucoup de gens ont perdu leur job, des groupes se sont fait virer. Chez Island, récemment, ils en ont mis quatre à la porte! Il faut dire aussi que nous sommes la seule formation du label à ne pas avoir éclaté complètement. Ce qui donne quand même l'impression qu'ils croient en nous. That's a good feeling!

C'est vrai que dEUS a enregistré quelques changements de line up. C'est grâce à toi que la sauce a chaque fois repris?

Comme je suis à l'origine de dEUS, c'est normal que ma présence provoque les effets les plus intenses. Mais il y a eu des moments où je n'y croyais plus. Et puis d'autres d'incroyable bonheur. Celui de tomber sur des gens aussi talentueux que Stef ou Rudy. Aujourd'hui, nous sommes six puisque Tim, de Superstars, nous a rejoints. Pour une raison bien simple: en live, nous ne pouvions pas tout jouer à cinq. Je trouve génial qu'il ait accepté d'être incorporé. Il a 22 ans, du talent et sait tout faire, des guitares aux claviers en passant par le chant et la scène où il a une présence remarquable. Et il est tout jeune. Pas que nous soyons vieux, même si Jules a déjà 40 ans, mais Tim dégage tellement d'enthousiasme que ces 8 mois de studio n'ont pas réussi à nous achever!

dEUCE!

Ce nouvel album, si l'on en croit certaines rumeurs circulant notamment sur le net, aurait dû inclure une chanson dédiée à Martina Hingis... C'était une blague?

Jeeeesus, non, c'est vrai! Mais elle ne figure pas sur l'album. Elle s'intitule "You Can't Deny What You Liked As A Child". C'est un bon morceau, plus up tempo, qui sert de face B à "Instant Street", le premier single. J'ai toujours rencontré quelques problèmes à écrire un texte de ce genre, qui est... disons, plus éclatant, que des choses plus sombres. En fait, j’étais dans l’avion pour Malaga. Et en feuilletant un magazine, je découvre une photo hyper sexy de Martina Hingis que j'apprécie beaucoup. Elle est géniale, cette tennis woman! Elle n'est pas très jolie, mais sexy. Et puisque j'ai aussi vécu une histoire de sportif (NDR : lui, c'est le squash), j'ai combiné les deux...

Tu aurais pu tomber pire! Sur une photo de Martina Navratilova par exemple...

Oui, mais son nom n'apparaît pas dans le texte, hein (rires)!

C'est la première fois que tu en consacres un à quelqu'un de bien réel?

Disons plutôt que mes chansons combinent la réalité et la fiction. Comme l'année passée a été vraiment moche pour moi sur le plan sentimental, je n'ai pas eu trop de mal à écrire. En fait, c’était comme une révélation! J’estime même que cet album constitue un grand pas en avant, tant du point de vue des paroles que du chant. Pour la première fois d'ailleurs, j'ai beaucoup travaillé les parties vocales.

Tu as suivi des cours?

Non, pas du tout, mais j'ai beaucoup bossé. Dans le groupe, nous avons toujours été critiques sur le feeling du chant. Je ne sais pas si c'est vraiment frappant, mais cette fois, je chante bien plus qu'auparavant. Les textes sont aussi plus élaborés. J'ai même vécu des moments de pure extase! Par le passé, au stade des démos, ce n'était jamais pareil. Quand j'avais une hésitation, j'appelais Craig qui est un peu mon arbitre à ce point de vue. C'est un bon écrivain, il est complètement honnête et m’indique toujours si telle ou telle phrase sonne cliché ou stupide. Voilà. Ceci dit, ce n'est pas la première fois que je consacre une chanson à une personne. En fait, tu peux chanter sur tout. Hier, j'écoutais la compo d’un groupe dont le texte parle d’une taverne et de sandwiches au thon. Et c'est un joli morceau!

dE-USA

Qu'avez-vous retiré de votre expérience américaine?

On a eu une très, très bonne presse, mais ce périple n'a rien donné. Rien! D'ailleurs, je ne veux plus jamais travailler avec la maison de disques là-bas! Mais nous nous sommes bien marrés! Nous avons joué en compagnie de Morphine, de Blur. Nous devions aussi partager l’affiche de Cake, mais la formation a finalement annulé. Les musiciens étaient épuisés. Mais, et c'est assez ironique, nous avons accordé de très bons concerts dans des petits clubs, devant 100 personnes à peine. A San Diego, par exemple; waow!

Quelles ont été les réactions du public américain en découvrant un groupe belge comme le vôtre?

Il était bien sûr conscient de notre nationalité et il a bien réagi. Mais ce qui est ironique, c'est que nous avons aussi eu d'excellentes réactions de la part des journalistes. A New York, le ‘Village Voice’ nous a consacré une page entière. Et nous avons joué de bons concerts à New York. Mais dEUS n'a rien vendu! Bien sûr, je sais que Rome ne s’est pas construit en un jour, mais entre ‘rien’ et ‘un tout petit peu’, il y a toujours une différence...

dEUS reste finalement ‘le’ groupe belge, mais il y a eu une période où tu souhaitais en voir davantage. Ce n'est toujours pas le cas, dirait-on...

Tu rigoles? Et K's Choice? Bon, ce n'est pas à moi de déterminer au sein de quel créneau ils évoluent, mais en tout cas, c'est un grand groupe belge. Soulwax marche pas mal non plus. Ils fonctionnent bien en Wallonie? C'est timide? Ah... Et Zita Swoon? En tout cas, moi je trouve qu'il y a beaucoup de bons groupes. Et qu'ils durent. Au début des années 90, on a cru que le milieu allait éclater en une foule d'artistes ; mais ce dénouement ne s’est jamais produit, même si on a pu penser le contraire à un certain moment... Prends Dead Man Ray; ils vendent beaucoup d'albums. Soulwax aussi, comme Zita Swoon. D'accord, à une certaine époque, c'était dEUS et point final. Mais c'est fini, aujourd'hui. Quand je vais assister aux concerts de ceux que viens de citer au Vooruit, c'est sold out! Bien sûr, ce sont des groupes qui ne se rendent pas souvent à l'étranger, parce que la maison de disques... parce que blablabla... On connaît les raisons. Et donc, forcément, en dehors de la Belgique, c'est encore K's Choice et nous. Et Hooverphonic.

Tu as pu suivre tout ce qu'on réalisé tes ex-collègues de dEUS?

Ouais, bien sûr. Bon, Rudy, je ne peux pas le suivre parce qu'il sort trop de disques. Mais oui, bien sûr... On se voit aussi souvent... De plus en plus en fait; à un moment, ils étaient en Belgique et moi constamment en tournée. Aujourd'hui, Stef et moi sommes tous les deux à Anvers, et je le vois chaque semaine.

Will & les autres...

Tu étais un grand fan de Will Oldham; c'est toujours le cas?

Oui, absolument! Son dernier album, je n'écoute plus que ça! Je m'endors chaque soir avec! Textuellement, il va de plus en plus à l'essentiel. A ses débuts, ce n'était pas le cas, mais maintenant, c'est vraiment joli. J'adore ses textes. C'est le meilleur; tout simplement!

D'autres auteurs t'inspirent de la sorte?

Oui, Beck! On parle toujours de son show et de ses samples, mais jamais de ses textes. C'est pareil pour Tricky dont j'aime beaucoup le style. Et hormis Palace, évidemment, il y a aussi les vieux poèmes et Randy Newman.

Tu n'avais pas un projet de collaboration en compagnie de Tricky?

Je l'ai rencontré à quelques reprises. C'est un mec très étrange. En fait, c'est lui qui avait pris contact. Mais le projet n'a jamais abouti. Et puis, c'était il y a longtemps...

Ton apparition sur l'album de Cinerex, c'est le genre d'escapade salutaire?

Oui, parce que c'est intéressant de combiner ma façon d'écrire, qui est assez vieux jeu, et leur connaissance des ordinateurs. Les deux titres que nous avons composés ensemble datent déjà un peu. J'ai écrit "One Advice, Space" avec Kelvin, ici, chez USA Import (NDR : disquaire anversois) où il travaille, après trois jours horribles qui m'ont laissé complètement cassé à tous les points de vue. Le jour où on s'y est mis, tout est sorti en une seule fois. Kelvin l'a enregistré, loopé et je l'ai proposé au groupe. Craig y a rajouté quelques éléments musicaux, et puis voilà, il figure sur l'album. J'adore ce titre!

*************************************************************************************************************************************************************** 

L'an 2000, et après?

"Je ne pense pas que dEUS vendra des millions et des millions d'albums", déclare modestement Tom Barman. "Mais je crois que nous pouvons toucher un public plus large que celui que nous atteint actuellement". Quant aux fans purs et durs, qu'ils se rassurent, le groupe ne s'arrêtera pas d'ici l'an 2000 pour cause d'envie de film manifestée par son leader, Comme le laissait sous-entendre une interview parue dans ‘Humo’. Cette envie est cependant toujours présente: "C'est un projet sérieux, même si je n'aime pas trop en parler parce que ça fait ‘plan de carrière’. Mais j'y tiens. Je tourne des clips, je viens d'achever un court-métrage, j'ai collaboré à la création d'un opéra, donc oui, j'y tiens absolument". L'une des principales préoccupations de notre homme pour les mois à venir sera par contre sa... santé! "J'ai eu de gros problèmes de dos l'an dernier, notamment une hernie atroce. Il paraît que cette situation est consécutive à l'arrêt brutal d'un sport intensif. Et probablement aussi aux cigarettes, à la bière et à une vie irrégulière. Finalement, la santé, c'est le plus important".

The Ideal Crash

Huit mois de dur labeur, en Espagne notamment, auront été nécessaires au groupe pour accoucher de cet officiel troisième album studio. Passé le cap des problèmes techniques (dEUS a commencé par des démos fignolées), l'enregistrement final s'est achevé sous la houlette de David Bottrill (Tool, Real World) dont la patte est, le moins que l'on puisse dire, caractérisée par une grande maîtrise technique. "Nous cherchions effectivement un technicien confirmé plutôt qu'une force artistique", explique Tom Barman. "Nous souhaitions un album qui sonne mieux, plus plein dans toutes les zones du spectre auditif". D'où la présence, discrète, d'un quatuor à cordes et d'un certain nombre de plages plus calmes. D'une certaine manière, sur plastique comme sur scène, dEUS semble être devenu plus pro. En septembre 98, au Botanique, certains auront peut-être trouvé les Anversois trop parfaits, mais c'est la direction qu'ils souhaitent emprunter, au risque d'avoir l'air, un jour, trop sages: "Nous avons vécu cette époque où toutes les improvisations nous semblaient cool. Aujourd'hui, nous avons envie de changer. Nous avons en tout cas appris que s'il était permis d'être nonchalants, et nous le resterons, il y avait aussi des limites. Et un public qui paie sa place de concert! Les gens se demanderont peut-être, en découvrant ce disque, où sont passés les amplis qui explosent. Mais voilà, nous ne pouvons pas toujours refaire la même chose"...

Interview parue dans le n°71 du magazine Mofo de mars 1999

 





 
MusicZine - Actualité musicale © 2017
ASBL Inaudible – 2, rue Raoul Van Spitael – 7540 Kain
Design: Nuno Cruz - Joomla integration: Edustries
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement