Un goût de gris pour Flox…

Alias Flox, Florian Gratton a publié son nouvel album, ...Lire la suite...

La vérité toute nue...

Écrit par Bernard Dagnies - samedi, 31 octobre 1998
Image
Drugstore
31-10-1998
{jumi [includes/jumies/fp_intro.php]}

Isabel Monteiro est brésilienne. Elle chante et joue de la basse. Mike Chilysnki, américain. Il se charge des drums. Enfin, le britannique Daron Robinson assure les parties de guitare. Le trio cosmopolite vient d'enregistrer un deuxième album, " White magic for lovers ", dans la foulée d'un single, pardon d'un hit single, sur lequel, Thom Yorke est venu donner de la voix. " El president ", pour ne rien vous cacher. Isabel n'a pas sa langue en poche, pas seulement parce qu'elle a beaucoup de choses à raconter, mais parce qu'elle possède une vision de la vie très personnelle, profonde aussi, mais le plus souvent déconcertante…

Thom Yorke, le leader de Radiohead, chante sur votre hit single, " El president ". Comment s'est passé votre rencontre en studio ? N'est-il pas trop difficile à vivre ?

D.R : On s'est vraiment fait chier... Il n'avait pas grand-chose à nous raconter.

M.C. : C'est vrai qu'il n'était pas du tout marrant.

D.R. : Et en plus, c'est un gay !

I.M. : Non, c'est tout à fait faux (rires), il a vraiment été génial, très très bien. Nous avons chanté " live ", tous les deux, trois ou quatre de nos chansons. Il possède une voix étonnante, fantastique. Lorsqu'on le regarde chanter, son expression est très douce, très pure. Cette rencontre a été un véritable plaisir. Je pense qu'il était beaucoup plus difficile pour moi d'atteindre son niveau de qualité. Il enchaîne chanson après chanson sans jamais faiblir. Sa voix est imperturbable, ne perd jamais en intensité. La mienne se fatigue progressivement, car je fume un peu trop. Mais cette rencontre était à la fois très amusante et enrichissante, car nous devions chanter face à face. C'était comme si il voulait essayer de gagner un concours. Finalement, il y avait une sorte de compétition entre nous, mais dans le bon sens du terme…

Mais pourquoi a-t-il accepté de chanter en duo avec toi ? Parce que vous repreniez, " Blackstar ", 'live'?

I.M. : C'était il y a deux ans, lors d'un festival. Radiohead occupait la tête d'affiche, mais ils étaient tous extrêmement nerveux. Nous n'avions jamais imaginé qu'un groupe pareil puisse se sentir aussi tendu, à l'idée de devoir se produire comme tête d'affiche d'un festival. Nous les avons rencontrés en coulisses et nous les avons invités à rejoindre notre loge. Là, nous avons joué " Blackstar " ; et puis nous avons beaucoup discuté ensemble. Nous leur avons répété qu'ils méritaient cette tête d'affiche, parce qu'ils étaient géniaux sur scène. Depuis, ils nous ont toujours voué une profonde gratitude. Et puis, nous avons tourné aux States avec eux, et nous sommes devenus des amis. Avec le recul, je comprends mieux, que le succès d'un groupe puisse causer une telle pression ; mais d'autre part, je pense qu'ils nous observent en pensant que nous sommes toujours capables de nous amuser sur scène. Eux ne peuvent plus. Sur les planches ils doivent délivrer un set très professionnel. Mais, en nous regardant, ils se rappellent que quelques années plus tôt, ils disposaient toujours de la liberté d'oser faire les choses qu'ils souhaitaient…

Pour en revenir à " El president ", il appert que cette chanson traite de l'interventionnisme des Yankees à El Salvador, au Chili et à Cuba. Vous détestez l'impérialisme ? Ne pensez-vous pas que le communisme comme le néo libéralisme, sont d'autres formes d'impérialisme ?

I.M. : Je ne pense pas que tous ces systèmes soient fondamentalement mauvais. Mais il est absurde de penser qu'il soit possible d'établir un système qui plaise à tout le monde, parce que tout le monde a des objectifs différents, dans la vie. Bien sûr, nous sommes contre l'impérialisme américain, mais c'est un mouvement inévitable, un développement inéluctable de l'humanité. Il existe des étapes différentes dans le progrès. C'est parfois moche, mais il ne faut pas seulement regarder le mauvais côté de la médaille. Il y a aussi des choses positives. Cependant, je ne me sens pas suffisamment experte pour mener un tel débat. Je ne souhaite pas que cette chanson se limite à montrer du doigt la CIA des Etats-Unis, mais qu'elle prenne une dimension humaine. Nous rappelle qu'il existe des gens, des être humains qui ont souffert et souffrent encore, qui se sont battus et qui se battent encore pour défendre ou arracher leur liberté….

Lors d'une interview, tu as proclamé que le patriotisme pouvait s'avérer dangereux. Ne penses-tu pas que tu aurais dû parler de nationalisme ?

I.M. : Tu as tout à fait raison. Je pense qu'il est important de se reconnaître à travers une culture, de développer sa propre identité en retenant les bonnes choses qui appartiennent à ton pays. Je pense que les humains sont divisés en tribus ; et c'est naturel, mais cette situation peut devenir franchement dangereuse…

Pourtant, tu as déclaré que les choses dangereuses peuvent se présenter aux humains sous une forme magnifique?

M.C. : Bonne question ! Pourquoi ? Dis le nous !

I.M. : La chose la plus dangereuse que tu puisses faire, c'est de dire aux gens ce que tu penses vraiment. Mais telle est notre manière de vivre que nous essayions de faire passer à travers nos compositions. Il est important pour nous de dire ce qu'on pense vraiment.

Pourquoi la vie est un choix entre l'amour ou la liberté, mais jamais une association ?

I.M. : Quel terrible poids ! Pourquoi ne peut-on jamais avoir les deux. Nous vivons tous cela. C'est notre idée d'atteindre l'amour et d'être libre, mais ils ne viennent pas facilement ensemble. L'amour est une prison, qui emprisonne les émotions…

Drugstore est un groupe mélancolique. Mais pourquoi essayez-vous de traduire la dépression en douce mélancolie. Parce que vous êtes vraiment mélancoliques, ou par simple exercice de style ? Que pensez-vous de la mélancolie cultivée par des groupes tels que Cowboy Junkies, Mazzy Star et Jesus & Mary Chain ?

I.M. : J'ai l'impression que ces groupes sont un peu plus intelligents, plus doués que Drugstore. Je ne pense pas que nous ayons l'idée, ni la patience d'essayer d'atteindre leur statut. Nous ne sommes pas davantage académiques. Lorsque j'écris, c'est très naïf, très pur. Pour moi, c'est le seul moment vrai, l'écriture spontanée. Tout ce qui arrive après, c'est de la merde.

D.R. : C'est absolument vrai !

I.M. : Il y a un long voyage entre le moment où tu écris une chanson, dans ta chambre, jusqu'au moment où tu la joues devant 25.000 personnes, et puis encore un autre avant d'être capable de faire face aux interviews. Je pense qu'il y a un côté de mon cœur qui est mélancolique. Je pense que ce côté existe dans le cœur de chacun ; si vous êtes une personne sensible, on ne peut rien faire contre la peine, les sentiments, pas seulement les siens, la vie en elle même…

Entre les enregistrements de vos deux albums, vous avez vécu des moments difficiles. Est-il exact que vous étiez sur le point de splitter ?

I.M. : Je ne pense pas que nous étions sur le point de nous séparer, mais nous étions parvenus à une sorte de panne, en tout cas une panne financière, parce lorsque notre label a été racheté par Polygram, nous nous sommes dit que nous allions connaître les vacances. Cependant, au bout d'un certain temps, nous avons dépensé tout notre argent, et puis on a dû vendre tous nos biens. Nous avons alors vécu des moments difficiles, et franchement, nous n'avions vraiment pas l'idée de ce qui allait pu nous arriver.

D.R. : Nous étions liés à ce label, et nous avons dû attendre plus d'un an avant qu'ils ne décident ce qu'ils allaient faire de nous…

I.M. : Ces moments ont été pénibles, mais nous ne voulions pas nous séparer, car d'une certaine manière, cette épreuve nous avait rapprochés. On ne fout pas un groupe en l'air, juste pour une question de droit…

Isabel, tu chantes et tu joues de la basse, en même temps. Lorsque nous avons rencontré Kevin Ayers, il nous a raconté, que c'était difficile de faire les deux en même temps, parce que la voix doit passer à travers. Partages-tu son point de vue ?

I.M. : Je pense que si c'était difficile, je ne le ferai pas. Je joue de la basse très simplement. Cet instrument est d'ailleurs une antiquité. Je ne pense pas que ce soit si difficile. Il est amusant de constater que certaines personnes peuvent faire des choses différentes en même temps. Je suis incapable de conduire une voiture, parce que je trouve cet exercice extrêmement difficile : coordonner ses pieds, sa main gauche et les yeux, ainsi que les feux de signalisation, sans oublier les piétons. C'est beaucoup trop ! Je n'arrive pas à imaginer une vielle damne de 85 ans au volant de da voiture… mais je parviens à jouer de la basse tout en chantant; et cet exercice ne me demande aucun effort…..

Tu préfères le vélo ?

I.M. : Je ne suis pas plus brillante sur une bicyclette !…

Tu as un jour avoué que lorsque tu dormais, tu avais des rêves vivifiants, psychiques, complètement fous. Mais qu'ils étaient une des tes principales sources d'inspiration. Exact ?

I.M. : Parfois, il m'arrive de vivre des rêves sexuels…c'est vraiment génial…je pense que les rêve sont liés à ce qui nous arrive dans la vie. Il m'arrive de rêver que je me produis nue sur scène, et que tout le monde se barre… (NDR : Pourquoi, pourquoi ? Y a pas de raison !)

Quelque part dans les chansons de Drugstore, on retrouve une atmosphère carnavalesque ; et en particulier sur la composition " Funeral song ". Est ce que l'esprit du carnaval est éternel dans l'âme d'une femme brésilienne ?

I.M. : Je pense que Daron et Mike peuvent répondre.

M.C. : Tout ce qu'elle fait en est imprégné…

I.M. : Parce que les funérailles sont une célébration de la vie, vraiment. Nous sommes complètement désensibilisés par rapport à la mort…

Pourquoi la tragédie de la vie est un thème récurrent dans vos chansons ?

I.M : Quelle question difficile ! Nous sommes à l'affiche d'un festival, et il y a du soleil ! Mais soit, parlons un peu de la souffrance. Je pense qu'être conscient de la mort, de la tragédie de tout le monde, est une chose importante. Ainsi, tu peux te mettre sur la bonne voie, c'est-à-dire apprécier la vie, faire le maximum dans ta vie, parce qu'inévitablement, cela se terminera un jour. C'est sûr !

Pourtant, tu as affirmé qu'il n'y avait pas de Dieu, d'espoir, et probablement pas de but, dans la vie. Penses-tu que ce soit une vision positive des choses ? Personnellement, nous ne partageons pas ce point de vue. Pourquoi ce nihilisme ?

I.M. : Ce n'est pas un nihilisme intégral. Je pense que c'est parce qu'il y a un côté positif à notre attitude. Nous vivons tellement étroitement, tellement inquiets de ce que les gens pensent. Chaque fois que l'on quitte sa maison, on a ce poids de savoir comment vivre, parler, comment on devrait être ou ne pas être. Penser qu'il n'y a pas de raison d'être pour cette raison. Cela vous libère en quelque sorte. Tu peux être toi même, sans avoir peur. Ce qui compte, c'est toi, tes amis, tes relations, les choses que tu aimes faire dans la vie. Le reste n'a pas beaucoup d'importance. C'est donc bien une forme de nihilisme qui n'est pas complet, qui ne va pas jusqu'au suicide. La vie est quand même chouette…

Merci à Jean-Baptiste Ducrotois.

(Version originale de l'interview parue dans le n° 67 - Octobre 1998 - de Mofo)





 
MusicZine - Actualité musicale © 2017
ASBL Inaudible – 2, rue Raoul Van Spitael – 7540 Kain
Design: Nuno Cruz - Joomla integration: Edustries
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement