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Il y a encore une vie après les Saints....

Écrit par Bernard Dagnies - dimanche, 31 janvier 1993
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Ed Kuepper
31-01-1993
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Lorsque les Saints se sont séparés en 1986, toute l'attention des médias s'est focalisée sur Chris Bailey, chanteur compositeur à l'existence tumultueuse, mais au talent incontestable. Pourtant, Chris s'est enfoncé dans la médiocrité, alors que son guitariste, devenu aussi chanteur par la force des choses, a renversé la vapeur à son avantage. Après un bref intermède chez les extravagants Laughing Clowns, Ed Kuepper va se révéler un auteur prolifique, épinglant en moins de cinq années une flopée d'albums aussi savoureux les uns que les autres. En 1992, il nous a ainsi gratifiés de deux superbes oeuvres, deux disques immédiatement suivis par autant de tournées. La dernière, qui transitait par la Belgique voici quelques semaines, nous a permis de rencontrer ce très sympathique Australien, beaucoup plus loquace lorsqu'il s'agit de causer de son pays natal que pour dévoiler les arcanes du passé...

La scène rock australienne a connu un essor remarquable voici trois ou quatre ans. Aujourd'hui, le phénomène semble s'être quelque peu estompé. Comment expliques-tu cette accalmie?

Je n'en sais strictement rien. Je suis australien, mais je n'ai rien à voir avec la scène australienne. Je n'y ai d'ailleurs jamais porté grand intérêt. Je suis trop absorbé par mon travail pour analyser les turbulences qui agitent le monde musical. Je me consacre uniquement à ma création; il est donc difficile, pour moi, de répondre à cette question...

Des groupes tels que les Triffids, Wreckery, Died Pretty et des artistes comme Grant Mc Lennan et Louis Tillet ne t'intéressent donc pas tellement?

Mwoui! Louis Tillet est quand même un excellent musicien et il récolte un succès appréciable en Australie. En fait, j'aime un tas de styles différents issus d'époques différentes... les Easybeats, les Only Ones, Heart & Soul, les Blue Jays, les Box Tops; pas nécessairement des artistes australiens...

A propos des Box Tops, un journaliste britannique a écrit récemment que tu incarnais l'Alex Chilton des nineties. Est-ce un compliment?

J'apprécie les Box Tops, mais je n'ai pas grand-chose de commun avec Alex Chilton. D'abord ses sources d'inspiration varient totalement des miennes. Il avait recours à diverses drogues pour développer les différentes perspectives de sa composition. Ce n'est pas mon cas. Je n'ai pas besoin de consommer des stupéfiants pour trouver l'inspiration. Sans quoi, c'est sans doute un compliment...

Ce qui ne t'empêche pas d'être prolifique. Mais n'as-tu jamais eu l'idée d'écrire pour d'autres musiciens?

Cette idée ne m'a jamais effleuré l'esprit. Mes chansons sont parfois interprétées, mais je ne compose pas spécifiquement pour les autres. Je me limite à Ed Kuepper et à ses deux groupes.

Deux groupes? Pourquoi deux groupes?

Pour bénéficier d'une plus grande marge de manœuvre dans la création et dans l'interprétation. Ces deux formations me permettent également d'emprunter des directions musicales différentes. Et puis, sur scène, il m'est toujours loisible de concevoir des versions différentes d'une même chanson, suivant qu'elle est jouée en compagnie des Aints ou des New Imperialists. C'est d'ailleurs en compagnie de ce dernier groupe que je viens d'accomplir ma dernière tournée européenne.

N'est-ce pas troublant de baptiser son groupe The Aints lorsqu'on a appartenu aux Saints? Aurais-tu la nostalgie du passé?

Pas du tout! C'est le genre de fantaisie dont je raffole. Romantique oui, mais pas nostalgique. Et n'imagine surtout pas que ce romantisme se limite à une certaine forme de littérature ou de poésie. Il est dans mon tempérament et influe sur ma façon de composer.

Lorsque les Saints ont décidé de mettre un terme à leur existence, un tas de rumeurs a circulé sur les mobiles de cette séparation, mais aucun ne nous a convaincus. Quelle était la véritable raison de ce split?

Nous devenions sans doute trop vieux pour continuer à jouer ensemble. Nos divergences musicales s'étaient amplifiées au fil du temps. Il était donc préférable de nous séparer. C'est un peu comme un joueur de football qui ne parvient plus à exprimer son talent parce qu'il végète dans la même équipe depuis trop longtemps. Et puis en quittant les Saints, j'ai pu explorer de nouveaux horizons, musicaux bien sûr, mais aussi sur notre planète...

As-tu tu encore des contacts avec Chris Bailey? Que penses-tu de son dernier album?

Je le vois épisodiquement. Je n'ai pas eu l'occasion de découvrir son dernier disque, mais bien le pénultième...

Tes albums précédents étaient plutôt minimalistes, "Black Ticket Day" semble davantage façonné dans le rythm'n blues des seventies; le dernier titre du CD, "Walked thin wires", éveillant même certaines affinités avec le son "Tamla Motown" dispensé par Rare Earth sur "Get Ready". Pourquoi?

Je suis plutôt surpris par cette réflexion. Si le rythm'n blues me fascine, je ne pense pas qu'il soit un élément fondamental de ma musique. Si certaines compositions de "Black Ticket Day" flirtent avec le rythm'n blues, c'est tout à fait involontaire de ma part. Ce n'est pas mon objectif. Enfin, "Black Ticket Day" n'est pas plus ou moins minimaliste que les albums précédents. Il s'inscrit dans la suite logique de mon ouvrage. C'est un pas en avant par rapport à "Honey's Steel Gold", et un de plus sur "Today Wonder". Le flux est naturel.

Te sens-tu concerné par la question d'intégration des autochtones en Australie? Penses-tu que ce sujet puisse être mis en parallèle avec la situation des Indiens en Amérique? Est-ce que Yothu Yindi symbolise le combat ethnique des aborigènes?

C'est un problème, effectivement. Mais je doute fort que les aborigènes souhaitent s'intégrer. Ils aspirent à plus d'indépendance. Je ne vois d'ailleurs pas l'utilité de les intégrer dans la société moderne. Ils sont protégés par la législation australienne et sont capables de se débrouiller sans nous. Ils pourraient même fonder leur propre état. La Nouvelle Zélande rencontre les mêmes difficultés avec ses indigènes. Il faut bien comprendre que ces peuplades ont été arrachées à leur culture. C'est vrai que transposé dans une autre époque, la question des Indiens d'Amérique peut être comparable... Yothu Yindi est un groupe de danse folklorique qui a trouvé dans la pop l'occasion de véhiculer des idées indépendantistees à travers le monde. Quant à savoir s'il représente le combat ethnique des aborigènes, c'est une autre histoire...

L'Australie est un pays fascinant, peuplé d'animaux étranges tels que les émeus et les kangourous, traversé de paysages merveilleux et entouré de profondeurs sous-marines abyssales. Bref, un univers idyllique que bon nombre de voyageurs rêvent de découvrir un jour. Est-ce que ces attributs constituent un motif de fierté pour toi ou considères-tu ces caractéristiques comme quelque chose de banal?

J'aime mon pays, mais je ne suis pas un nationaliste. Son environnement est fragile, et les Australiens mettent tout en œuvre pour le préserver. Ce pays est beaucoup plus vaste que les USA. Mais le territoire n'est occupé que par 10 % de sa surface. Le reste est la propriété du désert. Les habitants sont très attentifs à la sauvegarde des zones vertes. C'est essentiel pour maintenir l'équilibre écologique du pays. C'est un endroit unique, et j'espère y vivre le plus longtemps possible...

L'Antarctique n'est pas tellement éloignée de l'Australie. Plus personne n'ignore que son sol regorge de richesses naturelles. Ne crains-tu pas que dans un futur proche, ce site ne devienne un nouveau Far West, avec les risques de pollution incontrôlable auxquels l'Australie n'est que très peu confrontée aujourd'hui?

C'est un réel danger pour l'Océanie, et j'y réfléchis souvent. Tout notre continent est exposé à ces risques, et en particulier la Nouvelle Zélande et Tahiti. Il est d'ailleurs à craindre que les excès ne soient commis par ceux qui pratiquent les essais atomiques dans le sud du Pacifique. La plupart de ces pays détiennent déjà des droits territoriaux sur l'Antarctique; et au vu de leurs antécédents, je serai très étonné qu'ils se soucient des nuisances écologiques. Je regrette qu'il n'y ait pas suffisamment de monde qui soit sensibilisé par la question. Si les grandes puissances étaient victimes de graves préjudices causés par des expériences nucléaires, elles réagiraient différemment...

(Version originale de l'interview parue dans le n° 9 - janvier 93 - de Mofo)

 





 
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