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Fuck rock'n’roll !

Écrit par Michael P. Short-Use - vendredi, 30 mai 1997
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Elysian Fields
31-05-1997

Coiffée d’un chapeau de fourrure, la fille est jolie. Elle est troublante et sulfureuse, la chanteuse d'Elysian Fields. Les musiciens du groupe new-yorkais ne se sont pas rencontrés aux Champs-élysées mais à la célèbre Knitting Factory, un club où l'avant-garde côtoie le jazz, l'expérimental et le rock. C'est aussi un peu ce que « Bleed your cedar » laisse transparaître, un remarquable premier album, sensuel et libertin, sorte de réponse coquine à la mollesse psychédélique de Mazzy Star. Interview en deux parties : la première en compagnie de la lascive Jennifer Charles, chanteuse et figure de proue ; la seconde avec Oren Bloedow, guitariste et figure de l'ombre....

On vous dit influencée par le jazz, c'est vrai ?

Jennifer : J'aime beaucoup Archie Shepp, John Coltrane, Charlie Mingus, Miles Davis, Charlie Parker... J'ai en quelque sorte grandi avec eux. Mes parents avaient beaucoup vinyles de jazz. Mon frère était animateur d'une émission du style à la radio. J'ai été baignée dans cette atmosphère. J'ai écouté les disques qui étaient à ma portée dans les collections familiales.

Vu ce background très jazz, comment expliques-tu qu'Elysian Fields soit un groupe de rock?

J. : C’est que je ne me suis jamais cantonné au jazz. J'ai toujours cherché à découvrir plein de choses. J'ai aussi écouté du pop/rock comme les Beatles, Nick Cave ainsi que de Captain Beefheart. Et puis le blues de Muddy Waters, John Lee Hooker ou Little Walter Jacobs. Même la musique classique de Messiaen me séduit.

L’influence du blues, on la ressent surtout dans les paroles, non?

J. : J'ignore comment ce qu'on a pu écouter se retrouve dans notre musique. C’est un grand mystère. Mais peu ou prou, c’est quand même un constat. C’est un peu comme quand on me demande : ‘Tiens, pourquoi es-tu ainsi ?’. Et je réponds : ‘J'ai grandi dans cette partie du monde. A 6 ans, je suis allé là-bas. Mes parents étaient ainsi... » Mais en fait, je ne sais pas comment tout ce que j'explique se manifeste dans ma personnalité. Les éléments s'entrechoquent, mais où est l'influence ? Difficile à dire…

Ce que je voulais dire, c’est que les paroles de vos chansons regorgent de sous-entendus, de références au sexe, à la sexualité, comme dans le blues.

J. : J'ai peut-être un rapport avec la tradition blues, une ouverture à la sexualité, à l'émotion pure, effectivement... La sexualité est un terrain en friche et il est intéressant pour pas mal de monde. C’est aussi un sujet de conversation dynamique. Disons que pour éviter l'hypocrisie, j'aime beaucoup aborder le sexe en chanson ; c'est un terrain où je m'exprime convenablement. Et puis, briser un tabou, c'est amusant. Mais, j'ai d'autres sujets de préoccupations : la solitude, l'isolement, le désespoir, l'abandon, la libération, l'exploration, l'égoïsme, le rêve, les planètes, le cosmos aussi...  

Votre enfance a-t-elle été facile?

J. : Pas conventionnelle, en tout cas. J'ai été élevée par ma mère. Quand mes parents ont divorcé, j'étais encore très jeune. Après une autre femme a vécu à la maison, un peu comme si j'avais deux mamans. On disposait chacun de nos espaces à la maison, mais une partie de l’appartement était sous-louée à des locataires. Résultat : il y avait toujours du monde à la maison. On vivait dans une sorte de communauté. Pour une enfant, c'est une expérience enrichissante de pouvoir fréquenter des adultes, hors cellule familiale ou presque.

Une tribu plutôt qu’un groupe

Votre disque marche beaucoup mieux en Europe –et particulièrement en France– que chez vous aux States. Vous vous expliquez ce phénomène ?

Oren : A mon avis, c'est parce que les sensibilités sont différentes entre l'Europe et les Etats-Unis.

Une question de culture?

O. : Difficile à dire. Ma connaissance de la culture européenne est insuffisante ; surtout celle de la France dont je ne connais pas la langue. Mais en une semaine, on y a vendu autant qu'aux Etats-Unis, depuis la sortie du disque. Sans que notre musique parle plus aux Français?

Sur le Vieux Continent, les cinéastes notamment craignent une américanisation de la culture…

O. : Leur crainte est légitime. Si j’avais les moyens de m’opposer à l'américanisation aux Etats-Unis, je le ferais... Mais finalement, ce n'est que le retour de bâton de l'européanisation de l'Amérique, non ? Les pionniers blancs qui sont arrivés là-bas ont créé l'ultime société européenne! Maintenant il y a l'effet boomerang... De toute façon, nos racines sont européennes. Ma famille vit en Amérique depuis moins d'un siècle. Elle y est arrivée dans les années 20/30, de Vienne, d'Ukraine et de Prusse. Il y a ainsi dans ma famille une tradition de pensée engagée politiquement et culturellement. Ce qui influence inévitablement ma façon de vivre et de voir le monde.

Considérez-vous Elysian Fields comme un groupe intello ?

O. : On ne peut nier que notre travail fasse appel à l’intellect, mais ça veut dire quoi ‘intello’? Il serait impossible de sortir un disque sans avoir recours à des composantes intellectuelles. Ce n'est pas honteux.

Disons que le terme est péjoratif, surtout dans le rock'n'roll...

O. : Alors: ‘Fuck rock'n’roll !’ On ne pourrait pas être des rockers parce qu'on réfléchit ? Belle blague! On ne va pas prétendre qu’on a jamais lu un bouquin, vu un film d’auteur ou écouté Messiaen. Ce serait mentir. Il n'y a donc aucune raison de l’occulter. Le rock direct, sans background intellectuel, c'est un mythe perpétré par la bourgeoisie snob. Perso, je pense  qu’il est fondamental d'avoir le plus de culture possible et d'être le plus intello possible. Et l’humanité a besoin d'intellectualisme.

L’image de Jennifer dans le groupe semble envahissante. C’est elle seule qui est sur la pochette, sur les photos du groupe. Y a-t-il un confort à rester, comme vous, dans l'ombre?

O. : Jennifer a signé le contrat avec la maison de disques. Ne pas la monter épingle n’aurait eu aucun sens pour le directeur du label. Quand il l’a vue, il a pensé –et c’est aussi mon avis– que Jennifer était une jeune femme incroyable et qu'elle avait l'étoffe d'une star. Il n'y a aucune ambiguïté, elle est notre image, point à ligne.

Je vou1ais simplement dire qu’objectivement, vous êtes plus qu'un simple guitariste, vous composez et…

O. : Ecoute mec, si tu te baladais avec nous, je te jure que tu serais plus qu'un simple journaliste. On n’est pas du genre à rabaisser les autres, on a tendance à donner confiance à ceux qui gravitent dans le groupe et autour. Vivre aux côtés de Jennifer et n'être qu'un simple guitariste, ce n'est pas possible, tout simplement. On est plus une tribu qu'un groupe en quelque sorte...

Vous avez déjà écrit les chansons du prochain elpee?

O. : Oui et on en joue sur scène. On entre en studio cet été en espérant sortir l’album pour janvier 98. Tout est à peu près écrit, mais peut-être changera-t-on d'avis d'ici là et écrira-t-on de nouvelles compos…

(Article paru dans le n°53 du magazine Mofo de mai 1997)

 





 
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