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On a toujours quelque chose à prouver

Écrit par Danny Van Hemelen - mercredi, 30 décembre 1992
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EMF
31-12-1992

La réussite d’EMF a été très rapide. Elle a donc rendu le groupe suspect. Plan ‘plaqué or’ du business, accident de passage ou groupe crédible et sincère? On n’a pas lésiné sur les interrogations. Normal après tout, il faut bien qu’il y ait une rançon à la gloire. Cette gloire, EMF l’a parfaitement assumée et digérée. Faut voir le professionnalisme exacerbé de ces jeunes types pour le croire: Zac (pour Zachary Sebastian Rex James Foley), le bassiste, tâche déjà de vous vendre, en interview, sa ‘camelote’, avec un désintérêt feint qui égale celui des habitués de ce genre d’exercice…

« Si je crois que ‘Stigma’ (le nouvel album sorti chez EMI) représente une progression ou une confirmation pour EMF par rapport à ‘Shubert Dip’ ? Ben, une progression oui, enfin, j’espère ! Mais demande plutôt au public qui vient nous voir ! Il peut mieux juger que moi. »

Bien, signalons quand même à Zac, pour le cas où il ne l’aurait pas perçu directement, que ledit album est tout de même sensiblement plus sec, plus heavy, que le précédent, tout illustre soit-il. « Je pense que l’explication est simple : nous avons beaucoup tourné depuis la sortie de ‘Schubert Dip’. » Il ne faut pas oublier que ce groupe est très jeune. « Nous n'avions accordé que quelques concerts locaux quand EMI nous a signés. Well, on a tout de suite commencé à enregistrer et on a appris des trucs en méthode accélérée. Le fait d'avoir joué beaucoup a raidi assez sensiblement notre son. C'est normal! On a voulu retrouver sur le disque celui que nous dispensons en ‘live’. Ou, en tout cas, nous en rapprocher au maximum ».

A l’instar de leur premier opus, ‘Stigma’ mélange les styles. On y rencontre à la fois du heavy, du pop, du punk, du progressif (les claviers de ‘They're Here’ évoquent ceux d'Hawkwind voire d'Eloy époque ‘Metromania’). Est-ce ce qui constitue leur marque de fabrique. Soignent-ils cet aspect des choses? Zac s’explique : « Je ne peux pas dire qu'on le soigne parce que tout cela est parfaitement naturel pour nous. Nous ne calculons rien. Nous n'écrivons jamais de chanson en nous disant ‘on va mettre dix pour cent de ceci, vingt pour cent de cela, etc.’ Ce sont les journalistes qui établissent le relevé de ces dosages, plutôt! Nous, en fait, à partir du moment où une chanson nous paraît bonne, qu'elle plaît au groupe, OK, on la classe dans le tiroir du dessus. Mais il faut qu’elle reste naturelle et spontanée, sinon on va se casser la gueule, je pense. On n'est pas des types à jouer aux apprentis sorciers! Le business nous laisse froids de toute manière. Merde, on sait ce que c'est ce business. C'est la musique qui nous botte, sinon on se contenterait de vendre des disques et on ne ferait pas des concerts tant qu'on peut. C'est pas facile tous les jours ces grosses tournées, je peux te le dire! » Ces périples justement, sont-ils accomplis, parce que le groupe a quelque chose à prouver? « Qui peut dire qu'il n'a rien à prouver? A partir du moment où tu proposes quelque chose, tu as quelque chose à prouver! On n'a rien à justifier, ça c'est certain. OK, je vais te donner un exemple: je me souviens parfaitement de notre précédent concert en Belgique. Eh bien on veut démontrer aux gens d'ici qu'on est meilleurs encore qu'alors. Et pourtant, on a été bons, la dernière fois ».

Les lyrics des compos ne sont pas imprimés sur le booklet. On imagine dès lors facilement qu’ils n’ont guère d’importance pour le combo. Réplique : « Ils n’ont pas plus de valeur que nos mélodies. Cela dit, nous n'imprimons pas non plus les partitions de nos chansons! Nos textes sont importants pour nous. On ne dit pas n'importe quelle ânerie. Mais bon, on ne défend aucune cause, non plus. Il ne faut pas que cela devienne une obligation… »

Article paru dans le n° 8 du magazine Mofo de décembre 1992

 





 
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