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Sur la branche du bonheur

Écrit par Nicolas Alsteen - lundi, 20 mars 2006
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Emily Loizeau
19-03-2006
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L'hiver se prolonge, se tire en longueur. Dehors, les manteaux en peau d'hermine croisent les bonnets en laine. Ce ballet coquet ne suffit pas à réchauffer nos cœurs. Ni nos humeurs. Pas le temps de se lamenter. L'heure c'est l'heure. Et, en plein cœur de Bruxelles, nous poussons les portes battantes d'un café capital, où on nous assure qu'ici, 'l'échec est un jeu'. Le concept est intriguant. Plus intéressant encore, l'endroit est l'antre d'une rencontre éphémère, volatile en compagnie d'Emily Loizeau. Plutôt terre-à-terre, la jeune femme aime pourtant prendre l'air, s'envoler dans son imaginaire. Loin là-bas, à « L'Autre Bout du Monde », elle chante son premier album. Un disque déroutant, séduisant. Ne reste plus qu'à laisser le charme agir. Et taire les noms d'oiseaux. Ils sont bien mieux dehors.

Emily, peux-tu nous parler de toi, des expériences qui t'ont menées à « L'Autre Bout du Monde » ?

Pour me présenter : j'ai 31 ans et aucun complexe. C'est un bel âge. Depuis mes cinq ans, la musique rythme ma vie. Je me dirigeais alors vers une carrière de pianiste classique. Jusqu'à l'âge de 19-20 ans à peu près. Ensuite, j'ai bifurqué vers des études de philo et vers le théâtre. Puis je suis partie à Londres pour y fréquenter une école de théâtre. De retour en France, j'ai travaillé sur deux spectacles comme assistante à la mise en scène. La musique classique a donc représenté une grande partie de ma vie. Mais l'envie d'en faire mon métier s'est peu à peu dissipée.

Comment expliques-tu ce genre de 'rêves évaporés' ?

C'est souvent le cas pour les choses que l'on commence dès le plus jeune âge. Est-ce que c'est ça que j'ai envie de faire ? Est-ce moi qui ai choisi cette vie ? Est-ce que cela s'est fait tout seul ? De ce point de vue, le théâtre a constitué une étape intermédiaire intéressante. En y travaillant, je suis revenue à la musique. Et ce n'était pas un choix ! Au départ, j'écrivais quelques chansons pour moi. À Londres, j'étais privée de mon piano. J'avais acheté un accordéon et m'amusais à écrire quelques chansons. En ce sens, il s'agissait peut-être d'un manque. Mais au fond, il n'y avait aucun objectif professionnel. De fil en aiguille, à force de petits concerts et de nouvelles chansons, j'ai réalisé que je souhaitais vraiment chanter, faire de la musique. L'idée du disque est ainsi apparue…

Cette idée s'est-elle concrétisée rapidement ?

Pas vraiment. En fait, je suis quelqu'un d'assez perfectionniste. Mais je désirais vraiment sortir un bon premier album. C'était important pour moi ! Je ne suis pas fâchée d'avoir attendu. Mes premières compositions ont presque cinq ans. Mais avec du recul, je suis heureuse d'avoir pris le temps. Il faut toujours se laisser le temps d'évoluer. À l'époque j'étais jeune dans le métier, je ne voulais pas me presser. Mais en observant autour de moi, je me suis rendue compte que mon cas était un peu à part : dans la spontanéité, certaines personnes sont, en effet, capables de sortir quelque chose de très abouti. Bon, ce n'était pas mon cas… J'éprouvais le besoin de creuser, un désir d'exprimer clairement mes sentiments, ma personnalité. Ce qui demande pas mal de réflexion. Je suis assez méfiante à l'égard de la vitesse, de la rapidité. Car, même si on connaît des éclairs de génie et qu'ils engendrent une impression de finition, le fond est-il suffisamment solide sous ces propos spontanés ?

Finalement, « L'Autre Bout du Monde », ton premier album, est atterri sur le label Fargo. Comment cela s'est-il passé ?

C'est une belle histoire. Pour le coup, je commençais à me sentir prête à sortir un disque. Je savais exactement comment mon album devait sonner, je ne pouvais plus attendre ! Mais comme j'aime prendre mon temps, j'ai pris un an à démarcher de maison de disque en maisons de disques. Je ne suis donc pas atterrie chez Fargo par hasard. J'ai eu la chance de rencontrer l'équipe des Franco'folies, dont le patron Jean-Louis Foulquier, qui m'a beaucoup soutenue. Elle m'a permis de participer à des concours dont celui de la fondation 'La Poste'. J'ai eu l'opportunité de remporter ce prix, financièrement appréciable. Et j'ai évolué vers davantage de professionnalisme en réalisant un mini album autoproduit. Il n'a jamais été commercialisé. Je m'en suis juste servie pour démarcher auprès des maisons de disques. Mais au fil du temps, j'en ai eu assez de tous ces démarchages. Cependant, j'ai beaucoup appris durant cette période. Une expérience qui a forgé mon caractère. Certains me disaient d'attendre encore. Mais je n'en pouvais plus. D'autres d'écrire encore. Mais mon disque était prêt ! Il était grand temps que la situation évolue. Alors, je me suis lancée. J'ai enregistré mon disque pour, ensuite, essayer de le vendre à un label…

Et c'est de cette façon que tu es arrivée chez Fargo…

Et non ! L'histoire n'est pas encore terminée : cette année-là, j'ai eu la chance de découvrir Andrew Bird sur scène. J'ai complètement flashé sur sa musique. C'était une claque énorme. À partir de cet instant, c'est devenu une obsession : je voulais qu'Andrew joue sur mon disque. Alors, je me suis réveillée un matin en me disant : « Bon maintenant, c'est fini ! On se prend en main. J'enregistre ce disque et téléphone à Andrew Bird ». Alors, j'ai téléphoné chez Fargo. J'ai pu parler à Michel Pampelune, le directeur du label. A ma grande surprise, il m'a confié qu'il aimerait recevoir un de mes disques, juste pour écouter, se faire une idée. Depuis, on ne s'est pas quittés. Et je suis la première signature française du label.

Le label est établi à Paris. Le plus souvent, les signatures sont américaines. Ta présence chez Fargo est donc riche d'enjeux. Ressens-tu une certaine pression à cet égard ?

Aucune. Au contraire, je trouve cela très stimulant et encourageant. Je considère qu'ils sont autant importants pour moi que je suis importante pour eux. Je crois que j'aurais eu beaucoup de mal en me retrouvant sur une grande maison de disque. Bien sûr, me retrouver dans une grande maison de disques aurait pu être bénéfique. Mais le fait d'être 'une artiste' parmi tant d'autres m'effrayait un peu. Je ne voulais pas être-le-projet-du-moment. Etre rapidement écartée si les chiffres ne suivaient pas. Il ne faut pas s'en cacher : c'est de cette façon que les choses fonctionnent. Chez Fargo, je parle au patron tous les deux jours, on élabore un vrai boulot d'équipe. Ici, on est tous dans le même bateau et cette implication a quelque chose de très artisanal.

Selon toi, ce rapport humain sera-t-il une solution à préconiser pour permettre au disque de sortir de la crise ?

Tout le monde soutient que le monde du disque traverse une période difficile. Une époque qui génère la crainte de voir disparaître le disque, où les gens se retrouvent au chômage, où les musiciens et les chanteurs se font virer, etc. En même temps, notre époque se caractérise par un foisonnement de créations. C'est une situation paradoxale. Qui crée une morosité palpable dans certains réseaux. Et puis, d'autres réagissent à contre-courant. Aujourd'hui, la logique a changé. Les artistes ne cherchent plus absolument à être le prochain single radio. L'originalité marque la différence. Cette affirmation se vérifie de plus en plus. Chez Fargo, nous cherchons à construire quelque chose de solide, de différent. Et pas à bâtir un succès en claquant des doigts.

Ton disque transpire de féminité. Est-ce important pour toi d'exprimer ce côté féminin ?

La féminité qui se dégage du disque, c'est une partie de moi, pas du tout calculée. Je suis ainsi faite. Le côté féminin passe par certaines chansons comme « Jalouse », « Je ne sais pas choisir », « Boby Chéri ». Après, on passe à autre chose. L'enfance et la mort constituent, à mes yeux, les piliers du disque. Le rêve, le cauchemar et la mort sont des thématiques qui m'attirent énormément.

Ce qui explique pourquoi ton disque saute aisément de la déprime à l'allégresse…

Exactement. Et puis, le disque a été écrit en quatre ans. A cet égard, j'ai beaucoup évolué dans mon écriture, dans ma manière de chanter. Mais je n'ai jamais eu envie de gommer ces différentes facettes de mes chansons. Mon écriture peut se révéler légère ou tragique. Plutôt que de gommer les différences, je pense qu'il convient de les accentuer. Il faut s'accrocher à ses différences. Etre soi-même, c'est la plus grande source de différence. En ce sens, les petites différences de mon album, c'est une grande part de moi. Cet album, dans son ensemble, c'est ma personnalité. On y retrouve mon obsession pour le cauchemar, la mort. Ce disque a, dans un certain sens, une fonction cathartique. J'ai dû essuyer un deuil en 1998, vivre des périodes difficiles, d'autres plus agréables. Tous ces éléments s'expriment sur le disque. « L'Autre Bout du Monde », c'est le besoin de survivre, de rire de ces choses, d'assumer ces angoisses. C'est aussi une manière de prendre de la distance par rapport aux problèmes personnels.

Tes chansons respirent la joie de vivre. Mais tout n'est pas rose. Est-ce facile pour toi de chanter l'amour et la mort, des sujets opposés par le sens ?

Dans « Je ne sais pas choisir », on retrouve ce contraste. Dans un premier temps, l'atmosphère est décalée et puis, la chanson s'achève par l'histoire d'un enfant qui exprime son désir de mourir tel jour. Et qui, finalement, se dit que cela peut attendre demain. Parler de la mort avec la distance de l'enfance, c'est naturel pour moi. Je pense que ce sont deux thèmes qui se rejoignent. Sortir de l'enfance, c'est se retrouver seul face à la mort. Mais tu dois toujours conserver une part d'enfance en toi, car c'est ce qui te sauve ! Parler de la mort sur un ton léger ne m'est pas étranger. Cela fait partie de moi.

A la fin de « Jasseron », on entend des bruits étranges. Qu'est-ce que c'est ?

Ce sont les bruits de ma rue, à Belleville, à Paris. Mais comme j'ai du double vitrage, aucun problème !

Le titre de ton album est aussi le titre d'une des chansons de l'album. Pourquoi ? Résume-t-elle ton disque ?

Le résumer ? Non, ce serait réducteur pour l'album. C'est la chanson dont je me sens la plus fière. Cette chanson me parle. Elle évoque un monde imaginaire, comme sur la carte qui accompagne le livret du disque. C'est une sorte de vieille carte du 16e siècle dont les pays imaginaires sont baptisés du nom des chansons. On va penser que je suis obsédée. Mais le thème du cauchemar est de nouveau d'actualité dans cette chanson. « L'autre bout du monde » parle d'un rêve où je rencontre quelqu'un qui est mort et qui m'a manqué. Et cette personne me soutient que je me suis trompée, qu'elle n'était pas décédée, qu'elle vivait juste à l'autre bout du monde. En règle générale, je me souviens très peu de mes rêves. Mais celui-là est récurrent. Ce rêve est à la fois magique et tragique. D'un côté, on se dit que c'est génial de retrouver cette personne en chair et en os. Et d'un autre côté, c'est horrible, puisqu'on se rend compte qu'on l'avait oubliée. Oublier une personne qui nous manque, c'est l'évocation d'une culpabilité énorme. Pour le reste, « L'Autre Bout du Monde », c'est un peu mon pays des merveilles !





 
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