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Au bout du tunnel?

Écrit par Bernard Dagnies - jeudi, 31 mai 2001
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Frank Black
31-05-2001
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Depuis le split des Pixies, Frank Black éprouve toutes les peines du monde à faire décoller sa carrière solo. Il a pourtant gravé 'Teenager of the year' en 1993, 'The cult of Ray' en 1996, 'Frank Black & The Catholics' en 1998 et 'Pistolero' en 1999. Des albums de bonne facture, variés, oscillant du punk au métal en passant par le surf et la new wave. Mais dont le succès n'a été que trop confidentiel. En fait, le fantôme des Pixies hante encore la musique de Frank. Un spectre dont il ne parvient d'ailleurs toujours pas à se débarrasser sur les planches. Un passé qui lui est aujourd'hui plus préjudiciable que profitable. Pourtant, si Frank n'est pas encore au bout du tunnel, il faut reconnaître que son nouvel opus embrasse un nouvel horizon sonore. C'est d'ailleurs principalement au sujet de ce 'Dog in the sand' que nous avons eu un long entretien…

" Au départ, le disque devait s'intituler 'Lano del Rio', mais le manager penchait plutôt pour 'The swimmer', alors que le batteur avait un faible pour 'I'll be blue'. Un jour, en me promenant, j'ai vu chien dans le sable, et cela a fait tilt ". Pas d'ordre alphabétique pour enchaîner les titres, cependant, comme sur les précédents opus ; même si au départ Frank en avait l'intention. " Nous avons décidé, après en avoir débattu entre nous, que 'Blast off' entamerait le CD et que le titre maître l'achèverait ". Enfin, à l'intérieur du booklet, des fossiles marins apparaissent en trame de fond, conférant à la pochette un petit aspect arty tellement caractéristique du design 4AD. A propos de son ancien label, la sortie simultanée de 'Complete B sides' des Pixies ne le dérange pas trop. Bien du contraire. " Rien de tel pour attirer plus de monde lors de mes concerts. Et puis pour la santé de mon compte en banque ! " Pour Frank, si les fans incarnent son inspiration, c'est parce que ce sont les mécènes. Il est l'artiste qui donne la représentation, et ils apportent l'argent. Un peu comme jadis…

Frank aime beaucoup la France. Sa cuisine, sa culture. Mais il ne baragouine que quelques mots dans la langue de Molière. Sur 'Blast off', il a ainsi glissé une phrase ('Union pour la promotion de la propulsion photonique') qui méritait bien une explication. " Il s'agit d'une organisation que je connais mal, mais qui s'intéresse à la planète Mars, en développant des arguments pour justifier le voyage pour s'y rendre. Robert Zubran est un personnage qui est beaucoup respecté dans l'industrie aéronautique. Il a travaillé autrefois dans la NASA avant de devenir interlocuteur privilégié chez CNN. En fait c'est un fameux personnage qui a toujours des bonnes idées à propos de ce périple. Il est même allé jusqu'à suggérer la méthode la plus efficace et la moins coûteuse pour réaliser le projet ; mais personne ne l'écoute. Faut dire que la bureaucratie et la lenteur du monde politique ralentissent considérablement les prises de décision ". 'Blast off' s'intéresse donc à ce voyage difficile entre la terre et Mars. Un voyage qui devrait durer entre 6 à 9 mois. " Je me demande ce que les passagers vont pouvoir faire pendant tout ce temps. Du point 'A' au point 'B' ". Mais pourquoi, alors évoquer dans la même chanson Samuel Beckett ? " Personnellement, voyager dans l'espace et vivre sur une autre planète est quelque chose de très abstrait. Et les abstractions me font penser à Samuel Beckett. Il était Irlandais, mais avait fait de la France sa deuxième patrie. Du moins, il avait décidé que sa deuxième culture deviendrait française. Ainsi donc, pour aller de la terre à Mars, tout le monde a son propre programme. Ses propres idées. Qu'elles soient politiques, économiques, financières, religieuses ou autres. Ce qui fait beaucoup d'opinions différentes à propos de ce qu'on devrait faire avec le nouvel espace à découvrir. Donc le sentiment qui circule dans la chanson c'est ma propre façon de voir les choses. Je retrouve ainsi l'Irlandais qui est en moi, le Beckett qui est en moi… "

Sur 'St. Francis Dam Disaster' il évoque un raz-de-marée qui a endeuillé la Californie en 1928. Un événement qui ne date pas d'hier, mais qui semble encore marquer la population de cette région, et surtout celle de Los Angeles. " J'ai vécu et grandi en Californie. On y voit de belles choses, mais aussi d'affreuses. Notamment dans le domaine de l'environnement. L.A. n'est pas une ville type comme on pourrait la connaître en Europe. C'est une métropole. Elle ne s'est pas américanisée. Elle est en quelque sorte futuriste. Et le responsable de cette situation est William O'Land (NDR : orthographe du nom pas garantie !), un ingénieur des eaux qui a imaginé la construction d'un immense barrage pour alimenter la ville en eau. La Californie pour le meilleur ou pour le pire ! Et sans cette alimentation en eau, L.A. serait un désert. L'eau détient donc ici le pouvoir. La métropole est-elle une bonne ou une mauvaise chose ? L'eau, la terre, le feu et l'air sont les quatre éléments fondamentaux de la nature. Ils sont plus puissants que l'être humain. L'eau va de la montagne à la mer. La détourner de son chemin naturel n'est techniquement plus un gros problème. Mais l'accident est toujours possible, car l'eau essaie toujours de trouver son propre chemin. L'eau a sa propre vision de son futur. C'est ce qui s'est produit en 1928. Il y a eu une gigantesque inondation qui a tout emporté sur son passage… et cette situation pourrait survenir un peu partout dans le monde… "

Frank a une aversion profonde pour les spots publicitaires, et il communique ce dégoût sur 'I've seen your picture'. Sympa, il me remercie pour avoir bien compris le sens de la chanson. " Parce qu'il y a beaucoup de monde qui en donne une interprétation erronée. Ce qui m'amuse. Nous sommes bombardés d'images. Je ne veux pas qu'on me prenne pour un socialiste, mais je suis opposé à cette publicité à outrance. J'ignore pourquoi ? Mais elle me rend malade. Tu sais, j'ai lu dans des magazines qu'on envisageait de mettre des panneaux d'affichage dans la stratosphère. Ce serait vraiment un comble ! On verrait la pub dans les cieux. Comme si on allait à la rencontre de la lune ou des étoiles. J'ignore si ce truc va se réaliser, mais j'ai des appréhensions. C'est un peu comme pour l'affaire des immenses panneaux solaires que la Russie imaginait y placer pour rendre la Sibérie plus lumineuse. Au premier instant, tu te dis que c'est génial, mais après mûre réflexion ; c'est une idée horrible et dangereuse… "

Joe Santiago est venu donner un petit coup de guitare sur 'Rober Onion', mais si cette chanson possède un climat proche des Pixies, ce n'est pas parce que l'ex guitariste des Pixies tient la guitare solo ; il s'est juste contenté de jouer de la rythmique. Autre invité de marque, Eric Drew Feldman. Ce vétéran qui a sévi dans le passé chez Captain Beefheart et Pere Ubu, avait déjà travaillé en compagnie de Frank. Mais sur le nouvel album, il y épand généreusement ses notes de clavier et de piano. Pourtant, Frank avait un jour déclaré que le recours à ce type d'instrument ne correspondait pas à l'esprit de sa musique. Il admet avoir changé d'avis, même si Eric avait déjà prodigué un peu de clavier sur 'Teenage of the year'. Et il remercie les Stones pour lui avoir ouvert les oreilles à ce sujet. Notamment à travers la chanson 'Sympathy for the devil'. Des Stones, le groupe a beaucoup écouté l'album 'Exile on main street' dans la camionnette. " Il était chargé dans un lecteur à 10 CD, et c'était toujours le premier qui passait. Parfois on en avait marre de l'écouter, et puis on le laissait quand même parce qu'on se disait qu'il était vraiment bien. "

Influence inattendue sur son nouvel opus : c'est celle de Dylan. Ce qui explique sans doute pourquoi le groupe a eu recours à une steel guitar et une pedal steel. Il faut croire que la formation voulait s'imprégner du climat laissé par le Zim, parce que 'Blonde on blonde' était également dans le fameux chargeur… " J'ai toujours aimé la musique de Dylan, depuis ma tendre jeunesse. Surtout son attitude faite de mystère et d'intellect, qui est intéressante. C'est difficile à comprendre. Il projette des images fortes dans ses chansons. Tu sais dans les années 60, un kid qui écoutait Dylan devait se demander ce qu'il racontait. L'impact politico-culturel d'une chanson comme 'Blowin' in the wind' est considérable, mais il faut avoir une certaine maturité pour comprendre son message… "

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Eric Burdon, un autre mythe des sixties a également exercé une influence sur le nouvel opus de Black. Et on le ressent très fort sur 'The swimmer'. " Exact ! J'ai un jour lu la critique d'un journaliste qui comparait ma voix à celle de Burdon. Et j'en étais fier. Oui, sur cette composition j'ai fait une fixation sur les Animals. Mais c'est particulièrement difficile à réaliser. On était un peu sur le mode de 'The house of the rising sun'. Dans le même style on a longtemps essayé de reprendre 'Sister isabel' de Del Shannon. Mais j'étais obligé de chanter une octave plus basse. Trop difficile, on a abandonné le projet ". Pour 'Stupid me', Frank a utilisé la reverb dans la voix, un peu comme Lennon. " J'allais oublier l'influence qu'il a eu sur moi. Jusqu'au jour ou un journaliste m'a dit que cette chanson lui faisait penser à Lennon. Teenager, j'ai beaucoup écouté ses disques…"

L'album a été enregistré sans retouches, ni overdubs. En prise directe quoi. " Il y a des groupes qui enregistrent en 4 à 5 jours, et d'autres qui campent pendant des semaines. Mixer et tout le bataclan pour ne tirer que le meilleur. Un peu comme si on voulait atteindre la perfection technique de Steely Dan. Après 15 années de route, cela fait du bien de se sentir musicien. S'asseoir près du producteur et discuter avec lui. Faire une prise et s'entendre dire : elle est bonne ! Le timing est là, les notes sont là, tout y est. Et c'est mieux que de toujours créer des fac-similés d'un morceau. On a déjà donné quand on était jeunes. "

Et pour terminer l'entretien, nous avons causé des OVNIS, mais vous ne saurez rien de la conversation, nous risquerions d'être fichés par les aliens…

Merci à Vincent Devos, Danièle (Aéronef) à Alice (Naïve).

(Version originale de l'interview parue dans le n° 91 - mars/avril/mai 2001 - de Mofo)

 

 

 

 





 
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