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Le succès, c'est ce qui peut arriver de pire.

Écrit par Bernard Dagnies - mardi, 30 novembre 1993
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Front 242
30-11-1993
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Front 242 est à un tournant de son existence. Période difficile à négocier, parce qu'elle se situe au moment ou il entreprend des expérimentations audacieuses. Comme celle qu'il vient de mener en compagnie du groupe new-yorkais Spill. Une situation qui ne fait pas que des heureux, et qui inévitablement entraîne des dissensions au sein de cette institution nationale. Malgré la contestation, Patrick Codenys et Daniel B ont décidé de faire front! La survie du groupe en dépend. Nous avons recueilli, pour vous, les confidences du second nommé...

Comment c'est déroulé la dernière tournée Lollapalooza?

Couci-couça. Alternant des temps forts et des temps plus faibles. Côté ambiance, nous n'avons pas eu à nous plaindre. Mais si on aborde l'aspect musical, l'optique est différente. Nous avons rencontré des problèmes. Techniques surtout. Nous ne sommes pas un groupe de festival. Tout le monde a pourtant fait le maximum, mais le changement de line-up nous a joué de vilains tours.

Qui est la nouvelle chanteuse?

Ce n'est pas une nouvelle chanteuse! Nous l'avons engagée pour participer à notre album "Off", mais nous ignorons toujours si nous allons poursuivre cette expérience. Elle joue en fait dans un trio new-yorkais que nous aidons : Spill. Le compositeur/percussionniste Eran Westvood participe d'ailleurs à notre tournée.

Comment êtes-vous entrés en contact avec ce groupe?

Un hasard! Après avoir donné un concert à New York, nous sommes sortis en boite. La chanteuse nous a glissé une cassette. Nous l'avons écoutée. Elle nous a plue. Nous les avons contactés. Et depuis, nous avons sympathisé.

Comment Richard a t-il réagi à son éviction du groupe?

Pas très bien! Mais il faudrait plutôt lui demander. Cela ne s'accepte pas de gaieté de coeur. C'est humain! Se sentir évincé? Je crois qu'il n'y a que lui qui puisse le croire. Il n'a aucune raison de se sentir écarté du groupe. Nous avons simplement voulu expérimenter une formule différente. Par exemple, mixer en "live" ne m'intéresse plus. J'ai fixé mes limites. Je ne me sens pourtant pas exclu parce que j'ai demandé d'engager un technicien pour me remplacer. Il faut savoir relativiser les événements. Le timbre vocal d'un homme est différent de celui d'une femme. Le chanteur ne va pas improviser une petite voix haute, un falsetto quoi! Lorsque tu souhaites incorporer une voix féminine, tu fixes ton choix sur une chanteuse. L'inverse aurait d'ailleurs pu se produire, si nous avions toujours fonctionné avec une chanteuse. Probablement, qu'à un certain moment, nous aurions senti le besoin de nous tourner vers un chanteur. Je pense que cette expérience traduit un besoin d'explorer de nouveaux paysages sonores...

Etes-vous toujours aussi enthousiastes pour vous produire 'live'?

Personnellement, je n'ai jamais été enthousiaste pour me produire en public. Parce que je suis trop difficile. Le degré de qualité atteint 'live' est toujours insuffisant. Donc ne me satisfait pas. Mais demande plutôt à tous ceux qui assistent à nos concerts ce qu'ils en pensent. Parce que moi, je ne serai jamais content.

Le succès engendre-t-il chez Front 242 une plus grande liberté d'action ou provoque-t-il une accumulation de contraintes? N'existe-t-il pas un risque de tomber dans l'autosatisfaction?

Le succès, c'est ce qui peut arriver de pire. Il exige une grande force de caractère, susceptible de surmonter les épreuves. Parce qu'il entrave la liberté d'expression. Aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du groupe. La pression des labels s'accentue. Celle des fans aussi, freinant alors l'évolution de notre création. Je m'en suis plaint récemment. Un type nous a menacés de nous dynamiter si nous nous présentions avec une chanteuse sur scène! Une partie de notre public ne souhaite pas que nous progressions. Il veut que nous reproduisions "Headhunter" ou "Welcome" jusque la fin des temps. Dans ces conditions, je préfère décrocher...

La musique électronique n'est-elle pas au bout du rouleau?

Le monde a évolué. Front aussi. La musique typiquement électronique pratiquée, voici dix ans, n'a plus aucun avenir. La musique hybride bien! Hybride parce qu'elle n'exclut rien. Ni les guitares, ni les drums, ni les samplings.

Un peu à la manière des Young Gods?

En général, j'évite de donner mon avis sur les autres groupes. Pour les Young Gods, c'est un peu différent. Je n'aime pas tout ce qu'ils font, mais leur démarche me plaît beaucoup. Leur musique est pourtant sous-estimée. C'est peut-être un peu de leur faute. Parce qu'ils ne cherchent pas à occuper la place qu'ils méritent. Front est probablement dans le même cas. Je reconnais qu'il existe un parallèle entre les deux groupes dans la manière de concevoir la musique. Avec un résultat différent, c'est vrai! Mais des problèmes identiques. Sur scène par exemple. Nous devons absolument trouver une solution. Et je pense que si, ni les Young Gods, ni Front ne parviennent pas à donner une nouvelle impulsion à cette musique, nous allons déboucher sur une impasse. C'est la raison pour laquelle nous avons expérimenté une nouvelle chanteuse et mené des collaborations avec d'autres artistes. La tentative peut avorter. Mais elle mérite d'être vécue. J'estime d'ailleurs que ces expérimentations mèneront à une porte de sortie. Mais ce n'est plus le moment de tergiverser!...

En soulevant des thèmes comme la manipulation, le stress, l'individualisme, la surinformation, la pollution, n'êtes-vous pas occupés de faire le procès de la société contemporaine?

Pas seulement la société contemporaine. L'histoire nous a prouvé et le futur nous démontrera qu'elle recèle davantage d'aspects négatifs que positifs. Chaque individu doit se battre pour se faire une petite place au soleil. Pour y trouver son petit bonheur. C'est un combat permanent, impitoyable que mène l'homme depuis sa naissance...

Tu ne sembles pas tellement optimiste à l'égard du futur de l'humanité. Est-ce la raison pour laquelle on vous a reproché de défendre des idées d'extrême droite?

Il serait nécessaire de recommencer le processus d'éducation de ceux qui se trompent de cible. Nous n'avons jamais prononcé, ni suggéré de discours semblable. Nous avons dû, même, nous justifier récemment. Ce qui ne devrait jamais se produire dans la vie de quelqu'un. Il est malsain de devoir se justifier lorsqu'une critique est dénuée de tout fondement. Il existe des individus chez qui je pourrais facilement coller une étiquette d'extrême droite ou d'extrême gauche, parce que leur discours reflète une doctrine bien précise. Mais ce n'est pas parce que tu incorpores deux ou trois collages dans une demi-heure de musique que tu en adoptes l'idéologie. Il est indispensable de dépasser les idées préconçues. D'essayer de comprendre la personnalité des autres avant de les juger. La culture devient de plus en plus superficielle; et le pire, c'est que certains médias entretiennent cette situation. Il est plus facile de coller une étiquette sur le dos de quelqu'un que d'essayer de nuancer une opinion ou de comprendre la véritable nature d'un être humain. Tant au niveau politique que musical.

Est-ce que Front est un produit de consommation recyclable?

Oui, je le pense. Je suis étonné que nous ne soyons pas samplés plus souvent. Prodigy nous l'a demandé. Il n'y avait aucune raison de refuser. D'abord, parce que nous n'avons jamais refusé l'opportunité de puiser dans notre répertoire. Et puis nous apprécions sa démarche.

Vous n'avez jamais eu l'idée de composer la musique d'un film?

Nous l'avons souvent proclamé. Mais j'ai l'impression que personne ne nous écoute. N'importe quoi! Même si cette bande sonore n'est pas destinée à un film de science fiction. Tu sais, mon rêve le plus secret serait de sonoriser une œuvre de Peter Greenaway... Mais apparemment cet univers semble plutôt hermétique...

Lors d'un concert, la prestation est interrompue par une panne de courant.
a) vous empoignez des guitares acoustiques, et vous improvisez un set folk.
b) vous entamez des vocalises a capella.
c) vous vous barrez, furieux, et on ne vous voit plus de la soirée.
d) vous persuadez le public d'organiser une émeute.
e) vous filez droit sur la cabine, et tentez de réparer les circuits défaillants.

Une aventure qui nous est déjà arrivée! Mon sequencer continue néanmoins de fonctionner, parce qu'il est alimenté par une batterie... Nous n'improvisons certainement pas un set acoustique. Nous ne sommes pas furieux, sauf si après avoir prévenu l'organisateur de cette défaillance survenue lors du soundcheck, elle se répète au moment du concert. Mais en général, nous attendons patiemment la suite des événements. Et si l'incident perdure, nous plions bagages. C'est un cas de force majeure! Je nous vois mal entamer un exercice a capella (rires)!

Version originale de l'interview parue dans le n° 17 (novembre 93) du magazine MOFO

 

 

 

 

 

 





 
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