Un box pour Alan Parson Project

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Du contenu, pas du tape-à-l’œil

Écrit par Bernard Dagnies - lundi, 24 janvier 2011
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Gang Of Four
24-01-2011

Fondé à Leeds, en 1977, Gang of Four (NDR: la ‘Bande des Quatre’, patronyme inspiré d'un groupe de dirigeants chinois, parmi lesquels figuraient l’épouse de Mao Zedong, Jiang Qing, dont les membres avaient été arrêtés et démis de leurs fonctions en 1976, peu de temps après la mort de Mao) est considéré comme une référence majeure, dans l’histoire de la musique pop/rock. Une multitude d’artistes se réclament ou se sont réclamés de cette formation insulaire, parmi lesquels figurent Red Hot Chili Peppers, INXS, REM, Nirvana et même U2. Sans oublier le mouvement punk funk, au sein duquel on épinglera The Rapture, Radio 4, Bloc Party, !!! et Futureheads. Fin des seventies, début des eighties, on qualifiait alors leur style de funk blanc, un mouvement auquel relevait également A Certain Ratio. De leur histoire, on retiendra un engagement sociopolitique très marqué, des prestations scéniques explosives, quelques singles incontournables (‘Damaged Goods’, ‘What we all want’, ‘To hell with poverty’ et ‘I love a man in a uniform’), un album culte (‘Entertainment’, publié en 1979) ainsi que plusieurs séparations, réunions et changements de line up. Seuls John King le chanteur et Andy Gill, le guitariste, sont toujours au poste. Leur dernière reformation remonte à 2004. Un album était paru en 2005, ‘Return the Gift’, mais il ne s’agissait que d’une nouvelle mouture d’anciennes compos. Si bien que leur dernier opus studio, ‘Shrinkwrapped’ datait de 1995. Un nouvel elpee sort donc ce 25 janvier, ‘Content’. Ce qui explique la présence d’Andy Gill, en Belgique, pour accorder quelques interviews. Et le guitariste nous a accordé un très long entretien. Très intéressant, par ailleurs. Musiczine vous en livre l’essentiel…

Mais attaquons directement un sujet qui doit interpeller notre interlocuteur. Alors que Gang of Four n’a jamais récolté qu’un succès d’(e) (grande) estime, quel est son sentiment profond vis-à-vis d’un mouvement (NDR : le punk funk) que le groupe a engendré et qui a permis à des formations contemporaines de récolter un succès certain. Andy concède : « J’en suis relativement heureux. Et pour cause, ce sont eux qui nous ont permis de conquérir un nouveau public. Des mélomanes qui n’auraient jamais connu Gang of Four autrement. Ce courant nous a été favorable. Lorsque Franz Ferdinand est devenu énorme, la critique a dit qu’il y avait Gang of Four derrière. C’est ainsi qu’on s’est fait connaître. Et lorsqu’on se produit en concert, on se rend compte qu’une partie du public a moins de 20 ans. Et l’autre réunit des quinquas. C’est superbe ! J’aime beaucoup ce mix démographique. Je suis enchanté que notre musique plaise aussi à la jeune génération. Finalement, ce qui se produit aujourd’hui confirme nos prévisions. Et c’est un juste retour des événements. Des événements que nous avons vécus il y a 30 ans. » Mais pourquoi avoir attendu si longtemps avant d’enregistrer un nouvel album ? Andy argumente : « Les nineties n’ont pas été très favorables pour nous. Au cours de cette période, John voulais faire autre chose, mais je ne souhaitais pas le suivre dans ses projets. Il a mené une carrière solo pendant 2 ou 3 ans. Fin des années 90, Futureheads est né. Et je me suis investi pour eux, à la production. Donc, je n’avais plus beaucoup de temps pour faire autre chose. Début des années 2000, des gens du milieu nous ont suggéré de nous réunir. En 2005, on a publié un cd consacré à d’anciens morceaux retravaillés. A partir de ce moment, on a retrouvé un certain plaisir dans l’écriture et on s’est remis à bosser… » Le line up initial s’est même mis à tourner, mais le drummer Hugo Burnham, puis le bassiste Dave Allen se sont essoufflés, cédant alors le relais à une nouvelle section rythmique composée de Mark Heaney et Thomas McNeice. Et enfin, le quatuor a enregistré un nouvel elpee…  

Intitulé ‘Content’, il proposera une édition limitée luxueuse, incluant un tas de bonus, dont une BD imaginée et dessinée par Andy, racontant notamment les 40 années de leur carrière, un livret consacré à leurs lyrics et des fioles contenant leur sang. Une invitation à collecter pour la Croix-Rouge ou une grosse blague ? Et pourquoi ce titre ? Satisfait du résultat ? Andy réagit : « Il est exact que le don du sang et très important aujourd’hui. Et l’idée de cet échantillon de sang constitue la traduction extrême du don de soi, l’idée de ce qu’on peut offrir de soi-même. En fait, c’est encore la manifestation des faces de Gang of Four qui peuvent se révéler à la fois sérieuses et comiques. On a vécu des tas de discussions au sujet du titre de l’album, il y a un an et demi. Et finalement on s’est accordé à le baptiser ‘Content’. En fait, il se réfère au mot ‘contenu’ de ce qu’on peut trouver dans le hardware. Tout ce qui est l’emballage. Le ‘blabla’, c’est pour faire de la pub. Dans la société, il n’y en a plus que pour Google et Internet. Pour vendre leur marchandise, les fabricants d’ordinateurs, de téléphones et autres privilégient le tape-à-l’œil. C’est un peu la garniture du sandwiche. Donc, la pub, c’est le sandwiche et le contenu, la garniture. C’est la raison pour laquelle on a choisi ce titre. On fabrique d’abord la boîte, et puis on y met le contenu. Et donc, on a inséré du contenu dans notre box : musique, paroles, des photos du groupe, des odeurs d’activités humaines, notre sang et l’histoire des quatre décennies de l’histoire du groupe à travers une bande-dessinée (NDR : il montre les maquettes, en épinglant celle de Berlusconi face à une prostituée). On y a inséré des choses importantes, mais également stupides. Le tout sera glissé dans un box métallique. C’est la coloration externe qu’on attribue à notre travail. Comme nous avions déjà fait pour ‘Entertainment’. On voulait aller plus loin dans ce qu’il y avait à offrir ; et des choses qu’on ne peut pas télécharger, comme notre sang… »

Penchons-nous, maintenant sur le contenu de l’album. Tant au niveau des textes que de la musique. ‘It was never gonna turn out too good for me’ est une compo qui parle de l’histoire d’un immigrant débarquant d’Europe de l’Est. On lui reproche d’avoir piqué le travail des autochtones. Explications : « J’ai écrit cette chanson à la première personne du singulier, pour la rendre autobiographique. Je suis né à Manchester. La population s’inquiète parce qu’elle ne trouve pas d’emploi et colporte que ces jobs leur sont piqués par les immigrés, alors que la plupart de ces demandeurs d’emploi n’accepteraient pas de faire ce boulot. On manifeste de la sympathie vis-à-vis des gens qui se plaignent, parce qu’on a l’impression qu’ils ont perdu leur propre dignité. Et cette chanson parle justement de quelqu’un qui perd son amour-propre. J’utilise un vocodeur, sans quoi cette compo serait trop sentimentale. C’est un peu comme si c’était un robot qui parlait ». Dans sa chanson ‘You don’t have to be mad’, on y parle du nouvel esclavage dans le travail. La conséquence du néo-libéralisme qui s’est imposé en Europe, faute de plate-forme sociale commune ? Andy nuance : « Oui, mais l’Europe est beaucoup plus sociale que les Etats-Unis. Là-bas le marché est beaucoup plus libre que chez nous. Sur le Vieux Continent, il y a encore un équilibre entre le privé et le public. Est-ce que le retour à un plus grand socialisme est envisageable ? Ce n’est pas nécessairement une utopie. Les événements évoluent. On devrait davantage s’inspirer du modèle scandinave… » Sur ‘A party all the time’ on entend des chœurs féminins. Les choristes de Chic sont-elles revenues leur filer un coup de main ? Eclaircissements : « Non, en fait, c’est Eddie Reader qui a participé aux sessions. Au début des années 80, elle nous avait accompagnés en tournée comme choriste. A cette époque, nous étions parvenus à la sortir de Glasgow, et surtout de son Ecosse natale. On l’avait d’abord invitée à Londres. C’est une excellente chanteuse, mais très timide. Il y a deux ans on a fait un périple en Ecosse, et elle a téléphoné pour nous demander si elle pouvait venir nous accompagner sur les planches. On a renoué nos relations et elle est revenue à Londres pour participer à la confection de notre album. C’est une vielle copine. »

Andy a un jour déclaré que dans la musique, il aimait la rencontre entre le passé et le futur. Ce qui méritait une explication. « Davantage le passé que le futur. En réalité, il s’agit de la rencontre entre le passé et le présent. Le sens premier a tendance à faire penser que le temps s’arrête au moment présent. Comme si le moment présent était la fin de l’histoire. Bien, sûr, d’un point de vue abstrait, on sait bien qu’il existe un futur. Et on doit se rendre compte, même si on sait que les conditions actuelles pourraient être meilleures, qu’on se trouve au point suprême de notre développement. Nous sommes cultivés. Notre espérance de vie est bien plus conséquente. On dispose de GSM et de l’Internet. Et quand on regarde dans le passé, on se dit que les gens devaient être bizarres. Etaient-ils vraiment comme nous ? Je pense que quel que soit le moment de l’histoire, les événements sont en constante évolution. Imagine les Victoriens des années 1890, ce qu’ils devraient penser de nous. Parce qu’on est au sommet de la civilisation. Et quand on observe leur organisation, on se dit qu’ils avaient des idées singulières. Notamment au niveau se la sexualité. Vous savez, les pays occidentaux ont toujours tendance à se considérer comme les plus civilisés, alors que lorsqu’on analyse les tranches d’histoire, elles sont émaillées d’actes de sauvagerie. Sur ‘Do I say’, une chanson de l’album, je joue le rôle de l’exécuteur et John de l’exécuté. Attaché à un pieu, il va être brûlé pour des raisons idéologiques. Il y a un dialogue entre nous deux. L’exécuteur dit que le coupable a tort ; et ce dernier lui répond qu’il n’est pas un mauvais type, qu’il est semblable à son bourreau. C’est comme si cette histoire se déroulait au XVIIème siècle et soudain, elle rebondit, au XXIème… En fait, on crée un lien entre ces deux époques. Au cours de la première, il y avait les sorciers et aujourd’hui, les terroristes… »

Punk funk ou funk blanc ? Quelle est la réaction de Gang of Four par rapport à toutes ces étiquettes collées par les journalistes ? « Il existe beaucoup d’influences chez Gang Of Four. Chacun d’entre nous a grandi en écoutant des choses différentes. Depuis James Brown à la Motown en passant par Bob Dylan et le reggae primaire de Desmond Dekker. Pourtant, aucun d’entre eux n’a été une influence majeure pour notre musique. Et si cela a été le cas, c’était de manière très subtile. A nos débuts, on a essayé de créer notre propre langage musical. On n’a pas voulu reprendre un rythme de batterie conventionnel, mais créer un rythme typique, qu’on ne retrouve pas ailleurs. On est parti de zéro. On a créé le beat sur lequel on a greffé la basse. A vrai dire, j’ai toujours été davantage fasciné par le rythme que par la mélodie. Pour le rock’n roll. Alors que notre culture occidentale a été, pendant des siècles, bien plus branchée sur la mélodie que le rythme. C’est ce qu’on appelle le groove. Ce qui fait bouger les gens. C’est ce que je cherche. Et certainement pas plagier James Brown. Simplement développer un concept qui rend le métier plus excitant. Et au final, il reste à poser des mots sur ce rythme. Des mots qui ont du sens. Des mots qui collent au rythme. Ce qui contribue à créer un univers fascinant… » Le blues opère un retour en force. Des formations comme White Stripes ou Jim Jones Revue en sont les plus belles illustrations. Andy a toujours admiré Dr Feelgood. Mais qu’aime-t-il chez cette formation de pub rock ? Andy s’explique : « Il sont arrivés au beau milieu des années 70. Bien avant le punk. C’était un groupe dont la musique était rafraîchissante et excitante en même temps. Il véhiculait une image menaçante et fascinante. Il était aux antipodes de Grateful Dead. Leurs sets étaient efficaces, mécaniques, bourrés d’énergie et recelaient une petite dose de sexualité. Une alternative à Muddy Waters. Mais interprétée d’une manière magistrale, puissante. Il faut les avoir vus en public (NDR : je partage son avis…) Ils m’avaient impressionnés. Probablement un des meilleurs sets auxquels j’ai pu assister. C’était une célébration de l’artificiel. Ils s’amusaient sur scène. Les Sex Pistols sont également importants, mais ils étaient négligés. Dr Feelgood aimait la précision. Il me faisait penser à une voie de chemin de fer. Linéaire. Tout était en place. Les Sex Pistols, c’était du barbouillage. L’influence que nous avons retirée de Dr Feelgood, c’est son sens de la dramatisation sur scène et la rythmique… »

L’album ‘Content’ sort ce 25 janvier 2010 !

Merci à Vincent Devos





 
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