Les Nuits Plasma 2017 : la programmation (update 23/10/2017)

L’édition 2017 des Nuits Plasma se déroulera ...Lire la suite...

Un box pour Alan Parson Project

Dans le cadre du 35ème anniversaire du chef ...Lire la suite...

Mes chansons sont instinctives....

Écrit par Gaëtan Dewilde - jeudi, 10 mars 2016
Image
Giedré
11-03-2016

Giedré, c’est un phénomène. Pas seulement parce que cette chanteuse –mignonne comme tout– se prend pour tout, sauf une princesse qui fait des cacas papillons. Surtout parce qu’elle propose un répertoire particulier et est la seule à le vendre si bien aujourd’hui. Surtout parce que cette artiste n’a pas d’ambition dans ce métier. L’entretien se déroule dans le hall de son hôtel. D’un côté, Giedré et sa manager. De l’autre, votre serviteur. Nous nous installons dans des fauteuils un peu plus loin, au sein du hall. J’ai l’impression d’être passé dans son salon. Sa manager s’éloigne.

C’est encore plus sympa chez vous que chez moi (rires).

Oui mais c’est normal, car je suis dans le showbiz. Légitime que vous ne disposiez que de chaises et moi de fauteuils. D’ailleurs, je devrais demander qu’on vous installe sur des tabourets. Il existe quand même une certaine hiérarchie sociale à respecter…

Ces premiers mots sont prononcés dans la bonne humeur ; des propos qui restent dans le cadre d’une plaisanterie. Il y a de ces artistes qui jouent aux intouchables, prennent parfois leur interlocuteur de haut. Giedré, certainement pas. Il ne manque plus qu’une bière sur la table pour s’imaginer être occupé de discuter avec une copine perdue de vue depuis longtemps qui vous raconte ce qu’elle est devenue.

En regardant un peu vos interventions dans la presse, on a l’impression qu’on vous pose toujours les mêmes questions. Quelles sont les trois questions auxquelles vous êtes fatiguée de répondre?

Ah, c’est une bonne question ! On ne me l’avait pas encore posée, d’ailleurs… Vous n’avez pas l’impression d’aller trop loin? Ca c’est le top 1 ! Giedré, c’est votre vrai prénom? A quel moment, peut-on dire qu’il a été choisi comme nom de scène ? Et la troisième, vous auriez pas l’heure ? Parce que je n’ai pas de montre alors…

L’entretien est lancé. Au cours de cette grosse demi-heure, elle va balancer réponses hyper sensées et intéressantes ainsi que plaisanteries ou autres jeux de mots rigolos.

Aussi, qu’aimeriez-vous qu’on vous pose comme question pour la promo de votre album ? Celle qu’on ne vous a jamais posée ?

Heu… Bonne question ! Vous n’avez que des bonnes questions en fait. Il faut venir en Belgique pour entendre de bonnes questions. Celle qu’on ne m’a jamais posée ? Quel est le poids du disque, par exemple. Ou ses dimensions exactes. Il pèse 60 grammes environ et doit mesurer 12 centimètres. J’en suis sûre, parce que je l’avais pesé et mesuré pour les faire-part de naissance ; c’était important !

Question un peu par l’absurde. Qu’est-ce qui, musicalement, ne vous inspire pas du tout, voire vous révulse ?

En fait, ce qui pourrait me révulser me motive pour passer à autre chose. De positif ! Restons donc positifs ! Chimène Badi, par exemple. Ou la collégiale des Enfoirés. C’est ce qui pourrait me dégoûter.

Pas sûr que vos chansons soient toujours très positives. Exact ?

C’est la raison pour laquelle j’aime les blagues, sans quoi il n’y aurait plus qu’une seule issue, le suicide.

L’Homme, vous n’y croyez pas trop, les enfants, on n’en parle même pas. En quoi croyez-vous ?

Je crois que ça pourrait être mieux sinon je ne composerais pas des chansons. Enfin, je ne sais pas. J’en sais rien. En tout cas, je pense qu’il faut commencer par regarder les choses en face. Et alors à ce moment-là, on pourra se poser d’autres questions que ‘Est-ce que j’envoie larguer au 8 12 12 ?’

A quel moment décide-t-on de l’écriture de ce type de chansons ?

Vers 16h. Et c’est souvent un mardi (rires). Non, mais j’ai débuté l’écriture très tôt. Lorsque j’ai commencé à jouer de la guitare, je voulais trouver un écho sur la plage. Je devais avoir 14-15 ans. Mes chansons sont instinctives. Mais ma chance, c’est que je n’ai jamais eu l’ambition d’en faire un métier. D’attirer du monde lors des concerts pour chanter mes chansons. C’est arrivé vraiment par surprise. Et quand on n’a pas d’ambition, on ne se pose pas les mauvaises questions, on ne cherche pas à plaire. Ce qui préserve de l’orgueil, de l’égo et tout le reste…

Quelles sont les limites de l’inspiration de Giedré ? Dans les sujets par exemple?

Je ne conçois pas mon inspiration en terme de sujets. Je crois qu’on peut composer 20 chansons sur le même thème, selon l’angle abordé, et elles peuvent être toutes différentes. Je ne vois pas l’inspiration comme ‘Oh tiens, j’ai jamais écrit une chanson sur les obèses tétraplégiques, il faut absolument que j’en fasse une’. C’est plutôt : ‘Qu’est-ce qu’on pourrait dire d’intéressant ?’ Et alors une chanson consacrée à un fauteuil peut être bien plus ‘transgressive’ qu’une autre sur la politique. Tout dépend de l’histoire du fauteuil qu’on veut lui donner.

A qui on devrait offrir l’album de Giedré ?

Mon rêve serait de l’offrir aux enfants. Mais on a rencontré des problèmes avec les services sociaux. Aussi, je suis encore en pourparlers pour les régler. Je suis persuadée qu’on pourrait leur économiser des années de doutes et de tortures… Au moins, ils ne seraient pas déçus en grandissant et en vivant la vraie vie.

Il y a quelques chansons, vous racontiez que les femmes étaient ‘Toutes des putes’. Maintenez-vous cette opinion ? Quel est votre tarif ?

Oui, je maintiens. En fait, je me fais la messagère, hein, de ce propos universellement répandu, que nous sommes toutes des putes. Et mon tarif ? Je sais pas. A Bruxelles ? 14€ ou 20€… On essaye de rendre les prix accessibles, quand même.

Vos apparitions publiques reflètent-elles un personnage construit de toutes pièces ou y a-t-il un peu de vous là-dedans ?

En fait, ça exige énormément de préparation. Ce qui explique pourquoi j’étais un petit peu en retard à l’interview parce qu’au quotidien je m’investis plutôt dans la cordonnerie. Je possède un petit atelier dans le Nord de la France et surtout, j’ai 45 ans, je mesure 1m50 et je suis Congolais. C’est drôle parce qu’on me pose toujours cette question. Et pourtant, je pense qu’il faudrait plutôt interroger ceux qui chantent des chansons hyper fédératrices sur le partage, l’humanisme… et sont pourtant des exilés fiscaux en Suisse. Perso, c’est à eux que j’aimerais demander : ‘Votre personnage, est-ce que vous pourriez nous en parler ?’ C’est rigolo parce qu’on ne leur demande jamais de parler de leur personnage public. Et c’est rigolo, parce que je mets juste des fleurs et des couleurs et on me pose constamment la question du personnage. Quand on est en représentation, on choisit ce qu’on veut montrer de soi, on n’est plus dans le contrôle. Sinon, si c’était la vraie vie, en plein milieu du concert, je m’arrêterais pour manger un sandwich et passer un coup de fil à ma mère. Tout en soi n’est pas intéressant à montrer. Ce n’est pas une question de personnage, c’est une question de représentation. Quand on est regardé, on a le choix de ce qu’on va montrer à l’autre.

Essayez-vous de faire passer un message à travers vos chansons ou est-ce juste de la déconne?

Je n’ai pas vraiment envie de répondre à cette question, parce que j’ai toujours fait partie de ceux qui, dans les musées, ne lisent pas les petits encarts à côté des œuvres d’art. Je n’ai jamais souhaité qu’on m’en explique la signification. J’accorde suffisamment de confiance aux gens qui m’écoutent pour comprendre, parce que je pense qu’ils sont beaucoup moins bêtes que ce qu’on leur dit à longueur de journée. Et puis je ne suis pas vexé quand on perçoit mon message au premier degré et qu’il fait bien rigoler ; c’est déjà bien de pouvoir juste rigoler.

Et qu’est-ce qui vous plaît le plus dans cette aventure puisque vous ne cherchez pas la gloire ?

Les putes, la drogue, le showbiz… (rires) Vous me demandiez tout à l’heure en quoi je crois ? Partir en tournée donne moins envie de mourir parce que tous les jours on rencontre des gens qui comprennent ce qu’on raconte. Que finalement on est peut-être nombreux à penser de la même manière. Et peut-être qu’un jour on va se mettre tous debout.

Giedré, elle n’est définitivement pas comme les autres. Elle a répondu avec simplicité, sincérité et humour. Mais toujours d’une manière sensée et pleine d’intelligence. Il y a des fans de ses chansons. Il y a et y aura des fans de ce qu’elle raconte. Merci à elle pour ce moment délicieux…

 





 
MusicZine - Actualité musicale © 2017
ASBL Inaudible – 2, rue Raoul Van Spitael – 7540 Kain
Design: Nuno Cruz - Joomla integration: Edustries
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement