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La vision panoramique de Gomez

Écrit par Bernard Dagnies - mardi, 30 juin 1998
Image
Gomez
30-06-1998
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Ils sont jeunes. Très jeunes, même. Et nous viennent du Nord de Liverpool. De Southport, très exactement. Un quintette qui compte, à son actif, quatre singles, dont le remarquable " 78 stone wobble ", et puis un premier album, " Bring it on ", qui a été très bien reçu dans toute la presse spécialisée. Excellents musiciens, les membres de Gomez ne sont cependant pas très loquaces, surtout lorsqu'ils doivent assurer une interview, préférant, soit éluder les questions, soit les tourner en dérision…

La pochette.

Le graphisme du booklet interpelle immédiatement. Des gravures très réussies, mais aux coloris ténébreux et aux motifs torturés qui vous flanquent instantanément une impression troublante de claustrophobie, de désenchantement. Une impression qui pourrait facilement s'expliquer par la situation économique du Merseyside, en proie à un taux de chômage effrayant. Et puis, par l'attitude du multi-instrumentiste, Tom Gray, le moins taciturne des cinq. Il a, en effet, participé aux marches organisées en faveur des mineurs en Angleterre. Maintenant, lorsqu'on lui rappelle cet épisode, il imagine qu'on le charrie. Et si on lui demande si Billy Bragg, régulièrement impliqué dans ce type de manifestation, est pour lui un modèle, il nous rétorque être davantage sensible à l'engagement social et politique de Woodie Guthrie. Mais revenons au graphisme du booklet. En couverture, un homme se pince le nez. Pourquoi ? Paul Blackburn, le bassiste, mais également le responsable de ces fresques n'aime pas trop voir analyser son art pictural. Ses répliques cinglantes corroborent ce point de vue. " Qu'est ce qui pue ? C'est l'haleine de Tom ! "  Et Tom d'en remettre une couche : " Oui, oui, c'est vrai, elle est tout à fait toxique ! "  En ouvrant le dernier feuillet, on découvre un bâtiment lugubre, blafard, jouxtant un autre tableau aussi sinistre, illustré par un visage en détresse, qui contemple cinq traits verticaux biffés d'une ligne horizontale. Est-ce le symbole d'un camp de concentration ? Le cri de détresse d'un détenu qui compte les jours qui lui restent à passer à l'ombre. Paul se défend de véhiculer de semblables desseins. " La tronche du personnage ne transpire pas le bonheur, c'est vrai ; mais le bâtiment n'est ni une prison, ni un camp de concentration ; c'est une usine. J'ai simplement voulu faire passer un message. Celui de l'allergie au travail. C'est tout ! "  (NDR : si on veut bien !)

Le style.

Difficile de comprendre comment de si jeunes musiciens, dont la moyenne d'âge est de vingt-deux ans, ont pu assimiler des styles aussi peu contemporains que le blues, le rythm'n blues, de l'école " Stax " en particulier, le psychédélisme de la fin des sixties ou la country ; et reconnaître pour influences majeures des artistes tels qu'Isaac Hayes, Curtis Mayfield, Marvin Gaye, Canned Heat, les Doors, le Floyd, Flying Burrito Brothers, Robert Johnson et même Ornette Coleman. Leur éducation musicale a-t-elle été tracée par leurs parents ? Tom réagit instantanément. " Pas du tout ! Nos parents n'écoutaient certainement pas Marvin Gaye ou Otis Redding. Un style beaucoup trop sensuel, lubrique pour eux (rires). Ils préféraient se brancher sur une musique plus douce, plus décente. Si nous reconnaissons ces influences, c'est parce que ce sont les disques que nous écoutons depuis notre plus tendre enfance. En fait, nous fréquentions régulièrement les disquaires. De vrais accros. Et dès qu'un vinyle était à notre goût, nous l'achetions. Ce qui explique pourquoi nous possédons une vision aussi panoramique de la musique. Il y a beaucoup d'espace et de volume dans ce que nous faisons. Nous nous intéressons à tous les courants musicaux, pourvu qu'ils correspondent à notre sensibilité. Nous ne nous limitons pas à parcourir un seul style, à adopter une seule formule. Nous élargissons notre paysage sonore, en mélangeant les sonorités les plus diverses. Cela nous permet d'accomplir notre propre voyage sonique, d'affirmer notre propre identité…" Une philosophie partagée par des artistes américains et surtout contemporains tels que Fun Lovin' Criminals, Cake et surtout Beck. Ben Ottewell, chanteur ou plus exactement crooner au timbre vocal aussi rocailleux que Tom Waits concède : " Cake est un très bon groupe. Leur dernier album n'est peut être pas très consistant, mais il recèle d'excellents morceaux. Cependant, je dois admettre ne pas suffisamment connaître ce groupe, pour pouvoir me prononcer à leur sujet. " Tom revient à la charge : " Les comparaisons, on s'en fout. Il faut bien que les médias trouvent matière à disserter. M'enfin, il vaut mieux être comparé à Suede qu'à Slade ! "  (NDR : on voit pas le rapport !) " Je ne vais quand même pas en faire une maladie parce que le groupe est bombardé de références. A priori, elles ne nous dérangent pas, mais il y en a tellement, qu'il faudrait un camion pour pouvoir les transporter ". Intervention soudaine de Ian Ball, le guitariste/harmoniciste : " Je n'aimerais pas que nous soyons comparés à Barbara Streisand ou à quelque chose dans le genre… " Finalement, il est à se demander si Gomez n'incarne pas la réponse britannique au funk post moderniste yankee des Fun Lovin' Criminals, et surtout de Beck. Encore que, côté groove, Gomez semble plutôt marcher sur les plates-bandes de Primal Scream. Et c'est loin d'être une critique négative. Ce qui n'empêche pas Ben de réagir : " Primal Scream ? Ils ont presque tout piqué aux Stones. Même le feeling de 'Gimme Shelter'. Enfin, nous ne sommes pas contre, surtout lorsque c'est bien fait. Leur dernier album m'a, en tout cas, beaucoup plu… " Et nous aussi !

L'identité.

Gomez est un nom qui colle bien à la formation. Parce qu'intrinsèquement, dans sa musique, on y ressent des influences latines, comme la bossa nova. Pourtant, aucun des musiciens n'a d'ancêtre espagnol, brésilien ou mexicain. En fait, Gomez est tout simplement le nom de famille d'un de leurs potes. Jason. Asiatique de surcroît. Mais alors, pourquoi diable, cette sensibilité latino ? Ben confesse : " Il n'y a rien de secret là-dessous. En fait, le rythme a beaucoup d'importance dans la structure de nos compositions ; et lorsque nous interprétons une chanson, un feeling latin domine instinctivement, naturellement, le tempo. Ce n'est pas le fruit du hasard. Ce sont des effets que nous recherchons. Et si c'est un hasard, c'est un hasard heureux. "

Une flopée de labels souhaitait signer le combo. Mais c'est finalement Hut, dont le catalogue épingle notamment Smashing Pumpkins, Verve et Placebo, qui a coiffé tous ses concurrents sur la ligne. (NDR : avec ou sans doping ?). Tom conteste l'idée reçue que le groupe aurait choisi cette firme de disques, en fonction de la notoriété de son catalogue : " Non, non, nous n'y avions pas pensé. Nous avons simplement signé ce contrat, parce que les gens qui travaillent dans cette boîte son sympas. Tout comme le boss, Dave Boyd, d'ailleurs. Et puis, nous sommes libres d'être aussi fous que nous le souhaitons, et aussi pop que nous le désirons… "

Merci à Vincent Devos.

(Version originale de l'interview parue dans le n° 65 - Août 1998 - de Mofo)

 





 
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