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Du bons sens au délire...

Écrit par Bernard Dagnies - mercredi, 30 avril 1997
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Gong
30-04-1997

Délirant! Gong l’était franchement au début des années 70 ; surtout lorsqu’il était conduit par Daevid Allen. Remis en selle en 1996, ces hippies adeptes d’une imagerie humoristique (camembert électrique, théière volante) étaient peut-être aussi, pour leurs climats volontiers atmosphériques, de vrais précurseurs de la scène ambient.

Un mot d’histoire tout d’abord. C’est en 1969 que Daevid Allen lance Gong à Paris, où cet Australien s’est installé sur une péniche après une tournée de Soft Machine. C’est que les douaniers britanniques sont parfois tatillons pour les sans papiers… De son doux délire, Allen mène ensuite ce groupe du bout du nez ; puis le quitte en 1975, laissant le soin au violoniste Didier Malherbe de continuer. Le groupe survit ainsi jusqu’en 1979, sous la houlette du percussionniste Pierre Moerlen. Aujourd’hui, Gong vient donc de refaire surface. En réunissant l’essentiel de son noyau initial : Daevid Allen donc, mais aussi Didier Malherbe, Gilly Smith et Pip Pyle (NDLR : il est malheureusement décédé le 28 août 2006). Pyle puis Allen se succèdent à l’interview. Une question évidente d’abord. Pourquoi cette reformation ?

Pip : Au début des années 90, la télé britannique m’a demandé de remettre sur pied, le temps d’une émission, à la fois Gong et Hatfield and the North (NDR : Pip a aussi joué au sein de Caravan dont il ne parlera pas lors de cette conversation). Pour Gong, Didier, Gilly et Daevid ont répondu immédiatement. Puis, après l’émission, Daevid a lancé l’idée de refaire par exemple, une tournée de 2 à 3 semaines. En 1994, nous avons ainsi fêté à Londres le 25ème anniversaire du groupe. Un moment inoubliable… Après cet épisode, la demande s’amplifiant, on a pu tourner au Japon et aux Etats-Unis.

On établit parfois un lien entre les vieux disques de Gong et la scène ambient contemporaine. Aves-vous une explication ?

P. : Steffy, notre guitariste, est assez branché techno et trance. On touche donc un peu à ces styles. A Los Angeles, la presse nous a même qualifiés de ‘godfather’ de la trance, mais ça me laisse dubitatif… La technologie a quand même évolué. A ses débuts, Gong n’avait pas un seul ampli de 30 watts. Par après, nous avons acquis toute une panoplie de gadgets, mais sans jamais disposer d’un matériel aussi sophistiqué que la plupart des musiciens actuels.

Quelle est ta réaction lorsqu’un groupe comme Ozric Tentacles se réclame de Gong ?

P. : il existe beaucoup de jeunes formations soi-disant psychédéliques. J’ai vu Ozric Tentacles lors d’un festival, mais je n’y ai pas trouvé l’influence de Gong. Pas de prime abord, en tout cas. Gong a été un des premiers groupes à utiliser des synthés, des rythmes hypnotiques, des effets ‘glissandi’… les spécialistes s’accordent à dire que la trance et la rave ont puisé des éléments chez Gong.

Quelle est la part d’improvisation dans la musique de Gong, aujourd’hui ?

P. : les arrangements définis assez vaguement, permettent de développer des riffs répétitifs, hypnotiques, sur lesquels il est possible de broder, et donc d’improviser. Didier improvise d’ailleurs tout le temps. En fait, seul le bassiste respecte une ligne de conduite plus construite.

Didier est même assez proche du jazz moderne. Lorsqu’il a repris Gong à son compte, le style du groupe s’est fait plus jazzy, un peu comme Weather Report ou Chic Corea.

P. : c’est vrai, Didier est plus attiré par le jazz, mais il s’intéresse aussi à des trucs ethniques par exemple. Moi aussi, j’ai joué du jazz. Surtout du jazz d’ailleurs… Dans Gong, beaucoup de styles se côtoient. Les musiciens apportent leur propre coloration musicale : un peu de jazz, de rock, de trance, de hard… C’est à la fois la force et la faiblesse du groupe.

Steve Hillage, qui a joué avec Gong dans le temps, est aujourd’hui connu comme producteur. Pourquoi ne pas l’avoir rappelé ?

P. : il a pris une direction trop orientée vers la techno, la trance, etc. Je le considère comme un bon guitariste, mais j’avoue ne pas trop aimer ses bidouillages électroniques.
Daevid Allen : Steve Hillage ? Mais il fait de la merde aujourd’hui ! (Daevid frappe sur la table, puis s’assied dessus). Qu’on ne me parle plus de ce type !

Même pour son travail de producteur ?

D. : là, il est très bon. Mais comme guitariste, il est horrible ! Le pire qu’ait connu Gong. Seul Christian Vander (NDR : le drummer de Magma a un jour joué de la guitare pour Gong), était meilleur que moi…

Tu rentres parfois en Australie ?

D. : non, non ! Je ne peux plus y retourner. J’ai trop d’enfants là-bas. Sans blague…

Daevid, tu t’es fait très discret après la sortie de « Good morning », un album enregistré en 1976, en compagnie de l’ensemble espagnol Euterpe.

D. : après avoir publié ce disque, j’ai quitté Virgin. Je déteste ce label. Il a détruit ma carrière, parce que je n’entrais pas dans les plans de leurs combines. Un jour, à Londres, j’ai envahi les bureaux de Virgin pour protester contre leur acharnement à empêcher le public de se rendre à mes concerts… Par la suite, j’ai signé chez Charly Records. J’ai monté mon studio et commencé à répéter avec des guitaristes de flamenco. Ceux-ci m’ont permis de réaliser la fusion presque parfaite entre l’acoustique et l’électronique.

On a vu aussi cet album de New York Gong (« About time ») en 1980, enregistré, entre autres, avec Gary Windo, Fred Maher et Bill Laswell.

D. : oui, j’ai aussi enregistré, avec Chris Cutler et d’autres, l’album « Daevid Allen n’existe pas ». Un titre en français ! C’est plus ou moins à cette époque que j’ai arrêté de fumer, et exigé que plus personne ne fume pendant les séances d’enregistrement, pour que la musique soit la plus précise, la plus planante, la plus claire possible… J’ai toujours préféré la musique acoustique, plutôt femelle même, précise et sensuelle. Je n’aime pas le jazz rock. Tu sais la musique de mecs… (NDR : il pose en soliste de hard, puis entame la danse du scalp)

Vois-tu encore les anciens de Soft Machine : Robert Wyatt et Mike Ratledge ? Ou encore Kevin Ayers, avec lequel tu as tourné aux Etats-Unis, et qui, comme toi, vit aux Baléares.

D. : mais on ne se voit jamais (il réprime un rire franc). Sans doute Kevin ne sort-il que le matin. Et moi, je vis la nuit… Pour cette tournée aux Etats-Unis, quand il était sur scène, j’attendais mon tour dans les toilettes… On se croisait constamment. Sans jamais se voir.

Tes dessins délirants ornent une bonne partie des pochettes de ta discographie. Tu dessines toujours ?

D. :  tout le temps, mais c’est juste pour le fun. Lors des concerts, les fans me présentent souvent les pochettes pour que je les signe. Et je dessine, pardon, je barbouille dessus. Oui, je fais de l’artwork… (NDR : je lui soumets celle d’« Angels Egg »). Il la jette par terre et, dans l’hilarité générale, bondit et feint de la piétiner)

Interview parue dans le n° 52 (avril 97) du magazine Mofo.

 





 
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