Garciaphone, mangeur de rêve…

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Mes chansons me parlent… - In memoriam : 1958 –2006

Écrit par Sophie Jassogne - mardi, 29 novembre 1994
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Grant McLennan
30-11-1994

Après avoir enregistré 6 elpees, les Go-Betweens se sont séparés, tout en restant en bons termes. En décembre 1989. Robert Forster et Grant McLennan ont alors embrassé des carrières individuelles. "Horsebreaker Star" constitue le troisième opus studio de l’Australien. Il est venu nous en parler. Tout au long de cette interview, il semble détendu et heureux. Il a laissé poussé une barbichette, comme lui avait demandé sa fiancée et n’est pas trop affecté par la relative modestie de ses ventes. Pour lui, ce n’est d’ailleurs pas une priorité. L’important, c’est d’être créatif et de voir ses disques sortir. Le reste est secondaire…

1994 est une année bénie pour moi ! J’écris un script en compagnie de Robert. On a toujours été attiré par le cinéma. Mon nouvel album, "Horsebreaker Star", sort bientôt ; et il sera double. J'ai aussi enregistré le second disque de Jack Frost, un projet que je partage avec Steve Kilbey de Church. Il ne paraîtra cependant que début de l’an prochain, puisque le mien et celui de Church viennent à peine d’être mis sur le marché.

Nomination aux Grammy…

Bien sûr, je suis quand même attentif aux chiffres de vente. Mais je sais que je ne décrocherai jamais de nomination aux Grammy Awards, de toute façon… J’ai réalisé l’album que je souhaitais. Donc tout va bien. D’autant plus que j’ai la chance de pouvoir montrer ce que je fais et de le faire comme je l’entends. Je reste modeste. Et puis Jacke a vendu des milliers de copies de son bouquin soft-porn. Maintenant, bien vendre signifie-t-il que la qualité est au rendez-vous ? C’est une autre histoire. Si j’écoulais énormément de disques, je serais plus riche. Seraient-ils meilleurs pour autant ? J’en doute ? Néanmoins, après ma mort, ce sera mon seul patrimoine. Peu importe combien j’en aurai vendu. Le premier de Television n’avait quand même pas cartonné ; et pourtant, j’en parle encore.

Tu voudrais un jour être reconnu, que tes LPs soient considérés comme des classiques ?

Je serais déçu si je devais escompter une quelconque attente particulière. Mais je ne cherche pas la reconnaissance, et franchement je n'attends rien. J'espère simplement être écouté par le plus de monde possible ; car je pense que ma musique est bonne. Evidemment, quelle importance mon propre avis peut-il avoir ?

La musique te permet-elle de gagner ta vie ?

Je ne me tracasse pas trop de savoir si je vends peu ou beaucoup de disques. Mes amis à Brisbane, où je vis, s’en chargent. En fait, ma seule préoccupation c’est de penser aux composions de mon prochain album…

Reprises

As-tu écouté l'elpee de Robert Forster, ton ancien partenaire chez les Go-Betweens, consacré à des reprises ?

Oui, un bon choix éclectique. Je lui en ai parlé au moment d’opérer la sélection. Quelques morceaux ne me plaisent pas trop, même si c'est Robert qui les chante... Le son est très... très Robert. Très chaud. Sa voix est superbe, fascinante, mais je suis quand même un de ses grands fans. Maintenant, je sais aussi qu'il a déjà écrit quelques nouvelles chansons pour un album qui devrait sortir, je suppose, l’an prochain. Je le préfère sous cet angle.

Et toi, pas envie de graver un elpee de covers ?  

‘Chais’ pas si je pourrais y consacrer un album entier. Il est trop difficile d’opérer une sélection. Sur "Horsebreaker Star", j’ai inclus une version du "Ballad of Easy Rider" de Roger McGuinn. Mais tout un album ! Bien sûr, le concept pourrait être amusant, mais il faudrait de toute manière que j'y réfléchisse.

Pedal steel et banjo

Sur ton nouvel opus, tu a régulièrement recours à une pedal steel guitar, ce qui communique aux compos une coloration plus country. Pourquoi ? Etonnant, quand on sait que Robert emprunte la même voie...

Son disque sonne bien plus country que le mien, même si j’y ai glissé quelques titres typiques, comme "Late afternoon in early august", "That's That" ou "Do your own thing"… J’apprécie le style, il a bercé mon enfance. Et parfois j’aime écrire ce type de chansons. Mais tu sais, ce sont elles-mêmes qui déterminent, en fait, comment je dois les jouer. Et je ne fais jamais que suivre leur feeling. Elles me parlent et me conseillent de les jouer en puissance ou rapidement ; si je dois avoir recours à une guitare ou une pedal steel.

La décision ne t’appartient donc pas ?

Si, si, elle m'appartient. J'ai composé les chansons et connais celles qui doivent sonner country. Mais bon je suis aussi conscient que vu ma façon d’écrire et de chanter, ce ne sera jamais Nashville! L’atmosphère ‘cow-boy’ et la présence d’instruments inhabituels peut aussi donner une nouvelle impulsion, un peu comme lorsqu’on bénéficie du concours d’un invité en studio! Et puis j’aime le son du pedal steel et du banjo. C'est fun.

Tu es un type optimiste?

Dans mes chansons, je ne lésine pas sur l’humour. Mais mon optimisme est teinté de réalisme. Je ne suis pas un pessimiste, c'est trop désespéré.

Tu as connu des moments difficiles? Ton précédent album n'était pas particulièrement joyeux !

Tout le monde traverse des moments difficiles, de solitude ; est confronté aux idées noires... mais j'ai eu la chance d'y survivre, de ne pas m'être tiré une balle dans la tête.

Tu veux évoquer le suicide de Kurt Cobain, là?

Je n'y pensais pas, non. Quand j'ai commencé les sessions d’enregistrement de mon cd, aux States, je me rappelle que la radio était allumée. Elle avait annoncé qu'on venait de découvrir son corps. Il était très triste, je pense, mais il avait aussi un côté pathétique, parce que ce gars avait tout pour vivre ; et puis il était père et avait des responsabilités à l'égard de cet enfant. Il a fui ses responsabilités. C’est son choix.

Tu aimes ce qu'il faisait ?

C'était un sacré bon guitariste et compositeur. Ce type d’artiste ne court pas les rues. Il y en a bien plus de médiocres. Mais, je ne crois pas que sa mort m'ait vraiment affecté. A l'époque, j'étais dans un état de bonheur très profond, c'était le printemps, il faisait beau, je me sentais comme renaître. Et je continue à penser que l'époque que nous vivons est vraiment géniale, passionnante à vivre!

(Article paru dans le n°29 du magazine Mofo de novembre 1994)

 





 
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