²

Spectrale
Metal/Prog/Noise
Les Acteurs de l’Ombre
...Lire la suite...

Pour The Wombats , tout ce qui brille n’est pas or

“Beautiful People Will Ruin Your Life”, c’est le ...Lire la suite...

There's a magic in everything !

Écrit par Grégory Escouflaire - mardi, 06 juin 2006
Image
Gravenhurst
31-12-2005
{jumi [includes/jumies/fp_intro.php]}

Il y a deux ans paraissait le fabuleux « Flashlight Seasons », d'un dénommé Nick Talbot, alias Gravenhurst : du folk mélancolique aux couleurs mortifères, chanté d'une voix hantée sur une guitare en berne. Quel pied : on n'était désormais plus tout seul à déprimer les jours de grisaille, et la biture existentielle de devenir notre sport quotidien. Qu'elle se pare d'oripeaux électriques ne changera pas la donne : « Fire in Distant Buildings », troisième album de Gravenhurst, sonne dès lors comme le témoignage pressant d'un homme qui n'a plus rien à perdre. L'esprit échaudé par la tournure maligne que prend notre société, Nick Talbot fait péter les guitares et cite My Bloody Valentine. Rencontre.

Ce troisième album révèle de nouvelles directions, moins acoustiques que prévues...

Oui, il n'y a plus autant d'éléments acoustiques qu'auparavant, même s'il en subsiste... Je n'avais pas envie de reproduire le même schéma que sur mes deux premiers albums. On va peut-être perdre quelques fans à cause de ce changement, mais on espère en gagner d'autres ! En fait il s'agit pour moi d'une sorte de retour aux sources, puisque avant de fonder Gravenhurst j'avais un groupe rock, Assembly, et d'ailleurs « Down River » date de cette époque : j'ai écrit cette chanson en 1998. Le fait d'avoir gagné un peu d'argent avec Warp m'a permis d'entrer dans un vrai studio et d'enregistrer le disque rock que je voulais faire... S'il m'avait fallu rester coincé dans ma chambre à composer à l'aide d'un micro et un 4-pistes, j'aurais sans doute encore sorti un album folk… Tout dépend des circonstances, en fin de compte ! En fait mes racines musicales sont à chercher du côté de l'indie rock : Joy Division, The Cure, Sonic Youth, ce genre de trucs. Je me suis mis au folk bien plus tard, à l'instar de Nick Drake, Bert Jansch,... Les seuls trucs folk que j'écoutais petit, c'était les Simon & Garfunkel de mes parents ! J'ai vraiment découvert le folk après My Bloody Valentine...

Il y a deux ans au Pukkelpop ton concert était de fait très noisy, et puis tu es revenu à l'AB Club, seul à la guitare. Ca n'avait rien à voir !

Pendant tout un temps je ne pouvais pas me permettre financièrement d'emmener avec moi tout un groupe, mais quand c'était possible, forcément j'avais envie de faire péter la sauce ! Ta réflexion est marrante, parce que l'autre jour on jouait à Londres en première partie de John Parish, et il y avait cette fille au premier rang qui n'arrêtait pas de gueuler : 'J'ai écouté ta musique sur Internet, c'était vraiment joli et calme, pourquoi tu ne joues plus ça ?!?'... C'est d'autant plus amusant que la même semaine sortait dans les bacs ce documentaire sur Bob Dylan (« No Direction Home »), où tu vois tous ces folkeux réac' qui le traitent de Judas parce qu'il se met à jouer électrique... Bordel ! Rien n'a changé depuis les sixties ! C'est comme s'il n'y avait jamais eu le Velvet Underground, c'est n'importe quoi !

Tu évoques ton premier groupe, Assembly... Existe-t-il des enregistrements ?

Non, nous n'avons jamais réussi à choper un contrat avec une maison de disques... Il y a juste un live qui circule sur le net. A l'époque on a donné quelques showcases à Liverpool. On a même eu une review dans le NME... Mais au moment où on a commencé à prêter un peu plus attention à notre sort, Luke, notre bassiste, est décédé dans un accident de voiture... C'était pas de bol, et comme j'avais pas de blé je me suis mis à jouer de la musique plus calme, seul dans mon coin.

Qui sont les autres membres de Gravenhurst à l'heure actuelle ? Des potes ?

Dave (Collingwood), le batteur, joue avec moi depuis des années. Je le connais depuis 7-8 ans. Pour le reste le line-up a souvent changé, mais ce qui est sûr, c'est que Gravenhurst est aujourd'hui un vrai groupe : c'est d'ailleurs la raison pour laquelle il ne s'appelle pas Nick Talbot ! Parce que j'ai toujours voulu chanter dans un groupe, avoir cette dynamique. De ce point de vue, le jeu de Dave est phénoménal, et son influence est énorme sur la manière dont sont écrits les arrangements. Il bénéficie même d'une partie des royalties, c'est dire...

Ce qui frappe à l'écoute de cet album, c'est son énergie, sa puissance. S'agit-il d'un enregistrement live ?

Oui, nous avons enregistré toutes les guitares et la batterie ensemble, dans la même pièce, au studio Toybox de Bristol. Ce studio est incroyable. Il appartient en partie à John Parish. Il n'empêche qu'il coûte cher d'y bosser. C'est pouquoi j'ai dû continuer à chipoter à la maison, notamment pour les lignes de basse. Mais un morceau comme « See My Friends » n'aurait pas pu être enregistré autrement qu'en live : il suffit d'écouter Dave, qui pète un câble à la fin, c'est démentiel !

Et l'on décèle également un peu plus d'éléments électroniques aux détours de certains titres... Etait-ce une volonté de ta part d'offrir à tes fans quelque chose de nouveau ?

Absolument ! Quand j'ai signé chez Warp pour mon deuxième album « Flashlight Seasons », Steve Beckett voulait savoir comment je voyais l'avenir, et j'étais bien forcé de lui répondre que je n'avais pas envie de m'enfermer dans un seul style. Que ce soit de l'acid folk, du rock à la Sonics, à la Velvet, à la Spaceman 3 ou des trucs à la Stereolab, peu importe ! Et c'est ce qui est formidable chez Warp : ce label te laisse le champ libre à l'expérimentation. C'est pourquoi j'ai signé chez eux.

Et le fait que la réputation du label prenne souvent le pas sur le reste, ça te gêne ?

En fin de compte, tout le monde chez Warp s'en tape : il semblerait qu'il n'y ait que le public et les médias qui y accordent tant d'importance... Les gens s'avèrent, ma foi, fort conservateurs ! C'est la dictature de la génération IDM, qui pense qu'Autechre est le fin du fin… J'ai lu des réactions assez comiques sur certains forums, quand Warp venait de me signer. Un songwriter folk, et puis quoi encore ?!? Les mecs qui me cassaient n'avaient même pas encore écouté ma musique (rires). Brillant !

N'empêche que c'est plutôt nouveau chez Warp, cette tendance au crossover... On sent dans ta musique l'influence du post-rock et du krautrock, par exemple.

Oui, c'est vrai qu'il y a un lien avec toutes ces musiques noisy, basées sur le drone... Ca n'a rien à voir avec « Flashlight » en tout cas, mais il y avait déjà ce genre d'influences sur « Black Holes in the Sun » (le EP 6 titres sorti en 2004) : ce mélange d'idiomes folk et noisy. C'est pareil pour ce disque.

A cet égard, peut-on considérer « Black Holes in the Sun » comme un disque de transition ?

Oui, c'est un disque qui montre une certaine progression, mais j'ai toujours écouté une grande variété de styles. Dans ma discothèque il y a autant du Sandy Denny que du Whitehouse ! Je ne fais pas de distinction : c'est de la musique, point barre !

Parlons de l'album : sur « Down River », le morceau d'ouverture, on dirait qu'il y a de la reverb sur ta voix. Pourquoi cet effet ?

J'avais envie d'un gros son bien spatial à la Talk Talk, de bosser à fond là-dessus, que ça dégage de la puissance. Pareil pour « See My Friends », où je voulais qu'il y ait de la distorsion sur ma voix. Que ça soit bien dantesque ! Il y a pas mal de conservatisme dans le music business, mais ce n'est pas toujours la faute des musiciens eux-mêmes... Le problème, c'est qu'une fois qu'un groupe signe un contrat avec une maison de disques et que son premier album rencontre un certain succès, il subit pas mal de pression pour le suivant. Les fans veulent réentendre le même truc, la maison de disques aussi, et il devient difficile de se remettre en question et d'oser faire quelque chose de différent... Une fois que cette activité devient vraiment ton gagne-pain, tu finis donc par te faire entuber, et c'est le bordel. Mais moi ça ne m'a pas affecté outre mesure, parce que de toutes façons je ne vends pas de disques ! (il se marre) Pour des artistes qui vendent plus, cette situation doit par contre être pénible... A part peut-être pour Jack White, qui peut sortir ce qu'il veut sans s'inquiéter, puisque depuis le début il se fait passer pour un non-conformiste...

Ce qu'il fait sonne pas mal, mais son discours sur la musique est par contre assez regrettable. Quand il déclare fièrement qu'« Elephant » a été enregistré sans l'aide d'aucun ordinateur, c'est un peu pathétique, non ?

Ouais, tout le monde s'en fout ! Son discours conservateur, réac', technophobique, c'est n'importe quoi ! Il s'enlise dans une espèce de théorie mystique sur les bienfaits du rock à l'ancienne, tsss... Tu crois que mon disque, je l'ai enregistré sur un 4-pistes ou un ordinateur ?

C'est absolument impossible de le savoir. Ca ne s'entend pas ! En fait on l'a enregistré sur bandes, puis on a musclé le tout sur ordi. Si tu me fais écouter n'importe quel disque, je ne pourrais pas te dire s'il a été enregistré sur bandes ou sur ordinateur. Ce fétichisme du tout-analogique, c'est une vaste connerie ! Prends le « Blue Lines » de Massive Attack, un putain de classique : il a été enregistré de manière analogique, et franchement qui l'eût cru ? Il sonne pourtant comme un disque super sophistiqué ! J'ai du mal à piger des types comme Jack White, ça me fait bien marrer...

De quoi parle « The Velvet Cell » ? Tu chantes que 'pour comprendre un tueur, il faut le devenir'... C'est une référence au « Dragon Rouge » de Thomas Harris, à « Element of Crime », le film de Lars von Trier ?

Oui, c'est dans le même ordre d'idées. Si tu veux comprendre quelque chose, c'est mieux de te l'approprier, et quand c'est le cas ça commence à t'affecter, à t'influencer... Il y a par exemple cette histoire d'un flic qui s'est fait passer pour un sympathisant du British National Party, le parti extrémiste, et qui devait rendre des comptes au gouvernement. A force de jouer le jeu, inconsciemment il s'est senti influencé par l'idéologie raciste qui sous-tend la politique du BNP... C'est pareil pour ces types qui écrivent des bouquins sur les criminels et les psychopathes. Ce qui est incroyable, c'est que ça te met dans une position où tu n'es plus capable d'avoir un regard critique. Or il s'avère essentiel d'avoir du recul pour émettre un jugement moral. La chanson parle de cette tension palpable.

Pourquoi y a-t-il une reprise instrumentale, plus loin dans le disque, de cette même chanson ?

Parce qu'elle déchire ! Tu l'as écouté au casque ? Fume un pétard, mets le volume à fond, et tu comprendras ta douleur ! Stereolab a fait la même chose, et j'aimais bien l'idée. Les Beatles aussi, sur « Sgt Pepper's »... En fait, pour être honnête, j'avais envie de pousser Dave dans ses derniers retranchements. La version initiale durait plus de 10 minutes : mon but, c'était de le torturer !

On a l'impression que la plupart des plages de l'album pourraient subir ce genre de traitement...

Oui, d'autant qu'il y a pas mal de ruptures de rythme dans des titres comme « Song From Under The Arches » ou « See My Friends », qui laissent la place à ce genre de délire. Ca peut alors durer des plombes, mais tout dépend de l'état mental de Dave... J'adore ça ! Parce qu'il n'y a rien de pire que voir des groupes qui jouent sur scène leur musique comme sur leurs disques... J'aime quand t'as l'impression que les musiciens vont se planter, qu'ils sont au bord de l'implosion, de l'évanouissement : tu n'es pas sûr qu'ils vont s'en sortir, et c'est ce genre de tension que je recherche. Parfois ça fonctionne et c'est terrible, parfois c'est pompeux à mort et vaut mieux en finir. Ca dépend des jours, en fait.

Comme l'écrivait Salinger, 'la plus courte distance entre deux points est un cercle parfait' !

C'est intéressant, tiens, sauf que ça veut rien dire du tout ! La plus courte distance entre deux points, c'est une ligne droite, mmm ? Je ne vois pas trop ce que Salinger a voulu dire par là, mais c'est sûr que ça sonne bien !(rires)

Peux-tu nous en dire plus sur le titre de l'album, « Fire in Distant Buildings » ?

Il vient d'un article que j'ai lu sur Brian Wilson. En pleine paranoïa et tandis qu'il composait une chanson sur son piano, il alluma sa télé et contempla stupéfait qu'un immeuble près de chez lui était en train d'être détruit par les flammes. Comme il était un peu loin dans sa tête, il arriva à la conclusion que c'était sa chanson qui avait provoqué l'incendie... J'y ai vu une belle métaphore de notre société moderne, où tout le monde se sent un peu responsable des merdes qui pourrissent notre civilisation. C'est comme si l'humanité se rendait compte qu'elle avait foiré, mais qu'en même temps elle savait bien qu'elle ne pouvait rien y faire. D'où ce thème de la paranoïa qu'on retrouve sur le disque : on culpabilise, mais en fin de compte c'est de notre faute.

Dans ce contexte, quel est le rôle de la musique ? Peut-elle changer, selon toi, les mentalités ?

Je n'en sais foutre rien, vraiment ! Pour moi la musique, c'est comme un truc transcendantal, parce que de toute façon je suis athée... Je lis énormément d'essais politiques, c'est très stimulant intellectuellement, mais au final ça ne m'apporte aucune paix intérieure – et c'est là qu'intervient la musique. J'ai eu une éducation très rationaliste, ce qui m'empêche de croire en une quelconque religion, et la musique, même si elle n'explique rien, me permet d'accéder à une sorte de stade primal que je ne connais pas via la religion ou que sais-je... En fin de compte, le monde, pour moi, reste un mystère, et j'aime bien cette idée. C'est la raison pour laquelle j'essaie d'écrire mes paroles de manière la plus ambiguë possible, pour laisser place à ce mystère, qui symbolise pour moi une espèce de puissance ancestrale. C'est ce qui donne un sens à ma vie...

On retrouve en effet cette thématique dans les titres et les paroles de tes chansons : ce sentiment de perte, d'abandon, d'ensevelissement...

Oui, prends « Cities Beneath The Sea » par exemple : il s'agit sans doute du morceau le plus optimiste de l'album, qui traite du fait que les pires choses peuvent nous arriver, il y a toujours cette espèce de mystère qui nous sauvera du marasme. Je ne pense pas que l'humanité soit en soi importante : même si la race humaine était rayée de la terre, le monde aurait toujours un sens. Je pense qu'il existe un sens intrinsèque au monde, même sans êtres humains. Il n'y a certes pas de preuves tangibles à cet argument, c'est juste une idée transcendantale... 'No matter how bad the world seems, there's a magic in everything !' 





 
MusicZine - Actualité musicale © 2017
ASBL Inaudible – 2, rue Raoul Van Spitael – 7540 Kain
Design: Nuno Cruz - Joomla integration: Edustries
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement
Advertisement